Compte rendu, ballet. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 4 septembre 2016. La Belle au Bois Dormant. Alexei Ratmansky, mise en scĂšne et chorĂ©graphie. Hee Seo, Marcelo Gomes… American Ballet Theatre, compagnie invitĂ©e. Tchaikovski, compositeur. Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris. David LaMarche, direction.

L‘American Ballet Theatre est invitĂ© en ouverture du cycle chorĂ©graphique de la saison 2016-2017 Ă  l’OpĂ©ra National de Paris. Le spectacle proposĂ© est le ballet multidiffusĂ©, La Belle au Bois Dormant mais selon le regard d’Alexei Ratmansky. La fantastique musique de Tchaikovski est interprĂ©tĂ©e par l’Orchestre de l’OpĂ©ra dirigĂ© par le chef invitĂ© David LaMarche. Pour la soirĂ©e de notre venue, les « Principals » Hee Seo et Marcelo Gomes, jouent la Princesse Aurore et le Prince DĂ©sirĂ©. Un Ă©vĂ©nement en pertinence et en importance, qui rĂ©sident souvent au-delĂ  de la danse !

 

 

 

 

Vertus des troupes invitées : Petipa revisité

 

 

la-et-sleelping-beauty-review-pictures-003Ratmansky aime revisiter les classiques. Sur ce, il s’inscrit dans une lignĂ©e d’artistes amoureux et respectueux du patrimoine tel le grand Rudolf Noureev. En ce qui concerne cette premiĂšre collaboration entre Tchaikovski et Petipa (1890), il s’agĂźt juste, en principe, de l’oeuvre-phare de la danse acadĂ©mique, d’un ballet symphonique emblĂ©matique. L’histoire en un prologue et trois actes est inspirĂ©e du conte Ă©ponyme de Charles Perrault. Une princesse tombe dans un sommeil inĂ©luctable Ă  cause de la mĂ©chancetĂ© d’une fĂ©e. Seule le baiser d’un prince la rĂ©veillera. La narration est mince mais riche en couleurs, s’agissant en effet d’un ballet dĂ©monstratif.

Mais qu’est-ce que veut dĂ©montrer, Ratmansky, dans cette production ? A part une baisse frappante des exigences techniques et une volontĂ© assez quelconque de donner aux femmes des attributs burlesques avec plumes et paillettes « so Las Vegas », on ne sait pas. L’actuel artiste en rĂ©sidence au sein de la Compagnie amĂ©ricaine parle de sa rĂ©vision de la partition chorĂ©graphique existante en notation StĂ©panov (datant de la fin du 19e siĂšcle, le systĂšme associe mouvements et notes musicales) ; il dĂ©fend le dĂ©sir de faire une production plus Petipa que les autres… Si l’aspect thĂ©Ăątral et comique mis en valeur dans la production a un certain effet chez le public, avec la fabuleuse entrĂ©e de Carabosse sur un char tirĂ© par des rats dansants, le kitsch est peut-ĂȘtre un peu trop prĂ©sent, et apparemment sans le vouloir. Au niveau de la danse, il s’agĂźt sans doute d’un Petipa Ă  part.

 

 


Parlons technique
. Au niveau de la danse, le couple des protagonistes est beau et solide. Hee Seo est une Princesse Aurore toute sourire mais aussi toute frĂȘle ; ses pointes sont belles, et elle rĂ©ussi ses pas redoutables du 1er et 3e actes. Marcelo Gomes en Prince DĂ©sirĂ© correspond parfaitement au personnage, par son physique et sa prestance tout Ă  fait… dĂ©sirables. Il se montre un excellent partenaire lors du pas de deux avec Aurore au 3e acte. AprĂšs sa variation, il est rĂ©compensĂ© par les bravos (y compris ceux d’un jeune Premier Danseur du Ballet de l’OpĂ©ra assistant Ă  la reprĂ©sentation). C’est sympa et c’est beau, ma non troppo. Si leurs performances sont bien, voire amĂ©ricainement « cool », comme celles, d’ailleurs, d’une dĂ©licieuse Betsy McBride en Chaperon Rouge, ou encore celle, virtuose ma non tanto, de l’Oiseau Bleu de Gabe Stone Shayer, nous n’avons pas beaucoup plus de commentaires Ă  faire.

 

 

VERTUS des Ă©changes interculturels… L’aspect le plus remarquable de la venue de cette production Ă  Paris est prĂ©cisĂ©ment le fait qu’il s’agĂźt d’une compagnie Ă©trangĂšre avec une technique et une rĂ©alitĂ© diffĂ©rente Ă  celle de la danse classique en France. Une occasion d’une grande importance pour stimuler la crĂ©ativitĂ© et motiver davantage nos danseurs. Toujours dans la continuitĂ© philosophique du grand mandat de Noureev, ces Ă©changes et expĂ©riences reprĂ©sentent de la nourriture pour les artistes. Il est question ici, comme cela l’a toujours Ă©tĂ©, d’un art bel et bien vivant, et le fruit des ces Ă©changes et frottements est le seul remĂšde Ă  la maladie si fantasmĂ©e de la stagnation artistique. Alexei Ratmansky, russe, assumant avec fiertĂ© son cĂŽtĂ© « old school », a l’ouverture et le courage de dire qu’il ne voit pas de problĂšme avec des cygnes noirs. L’American Ballet Theatre, compagnie anciennement dirigĂ©e par Mikhail Baryshnikov, se prĂ©sentant partout dans le monde, -y compris Ă  Paris, sommet souvent inatteignable de ce que maints bon diseurs croient ĂȘtre la tour d’ivoire de la Culture-,  n’a aucun problĂšme avec une Princesse Aurore corĂ©enne et un Prince DĂ©sirĂ© venant de l’Amazonie. Cette expĂ©rience paraĂźtrait donc confirmer (et il y en a qui doutent encore!) qu’on peut survivre, crĂ©er, briller, dans l’acceptation de la diversitĂ© inhĂ©rente Ă  la rĂ©alitĂ©. MatiĂšre Ă  rĂ©flexion, cette production par une troupe Ă©trangĂšre est rĂ©jouissante et d’un principe interculturel des plus positifs.

 

 

 

 

A voir ce classique revisitĂ©, sur la musique toujours irrĂ©sistible de Tchaikovski (David LaMarche, direction) Ă  l’OpĂ©ra Bastille les 7, 8, 9 et 10 septembre 2016.

LIRE aussi notre compte rendu complet Seven Sonatas / Ratmansky prĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra Garnier, Ă  Paris en mars 2016