CRITIQUE, opéra. GENEVE, le 18 sept 2022. Halévy : L’Eclair. Guillaume Tourniaire (version de concert) 

HALEVY Fromental_Halevy_by_Etienne_Carjat-cropCRITIQUE, opĂ©ra. GENEVE, le 18 sept 2022. HalĂ©vy : L’Eclair. Guillaume Tourniaire (version de concert) - Parallèlement aux reprĂ©sentations de La Juive de Fromental HalĂ©vy (1799-1862) – (( LIRE ici notre critique de LA JUIVE :
http://www.classiquenews.com/critique-opera-geneve-grand-theatre-le-17-septembre-2022-halevy-la-juive-m-minkowski-david-alden/ qui se poursuivent jusqu’au 28 septembre prochain )), l’Opéra de Genève a eu la judicieuse idée de nous faire découvrir l’opéra-comique L’Eclair (1835), créé par Halévy dans la foulée du succès rencontré par La Juive. C’est là l’occasion de confronter le chef d’œuvre bien connu du Français avec un ouvrage on ne peut plus différent (aux dialogues ici raccourcis), mais tout aussi inspiré : loin des grandeurs tragiques du grand opéra (voir aussi La Reine de Chypre, exhumée par le Palazzetto Bru Zane en 2017 http://www.classiquenews.com/cd-opera-romantique-recreation-critique-halevy-la-reine-de-chypre-2-cd-palazzetto-b-zane/), Halévy fait preuve d’une légèreté sautillante et raffinée dès l’ouverture, avec de nombreuses ruptures de ton malicieuses.
D’abord destiné à Adolphe Adam, qui abandonne le projet après l’écriture du premier acte, l’ouvrage est repris en totalité par un Halévy très en verve, qui se régale des courtes saynètes entre les 4 personnages, entrecroisées de mélodies tout aussi brèves, en une recherche de sonorités en lien avec les effets comiques du livret. Bien que très vite redondant, le livret touche au but en moquant la superficialité bourgeoise qui pense davantage à son intérêt matériel et aux apparences, au détriment de l’expression des sentiments. Si les femmes semblent en prendre seules pour leur grade dès le premier duo misogyne : « Pas de toilette, pas d’amour », les librettistes n’épargnent pas non plus le personnage de George, pour qui toute épouse en vaut une autre, en bon philosophe pragmatique ayant fait ses études à Oxford.

Entre farce et raffinement
L’Éclair de Halévy mérite son exhumation genevoise

Très réussi, le premier acte se déroule sans temps mort, entre piquantes roucoulades et ravissant air du sommeil pour Lionel, avant le fameux éclair en contraste, lors d’une tempête aux effets sonores spectaculaires. Si les deux actes suivants se coulent davantage dans le moule attendu de la farce boulevardière, le raffinement de l’accompagnement orchestral donne toujours une hauteur de vue au propos. Il faut dire que la direction toujours précise et élégante de Guillaume Tourniaire, spécialiste de l’ancien élève d’Halévy, Saint-Saëns (voir notamment Hélène en 2008 http://www.classiquenews.com/entretien-avec-le-chef-guillaume-tourniaire-propos-du-pome-lyriqueen-un-acte-hlne-de-camille-saint-sans-1904/ et Ascanio en 2017, déjà à Genève) est un régal tout du long, à juste titre applaudi chaleureusement en fin de représentation. L’assistance est malheureusement un peu maigre pour l’occasion, ce que déplore le directeur Aviel Cahn en début de représentation, tout en annonçant que le rôle de Lionel est exceptionnellement incarné à deux voix, avec d’une part le chant pour Edgardo Rocha et de l’autre les dialogues parlés pour le comédien Leonardo Rafael.

Compte tenu de l’absence de surtitres (contrairement aux représentations de La Juive), on peut regretter le choix de deux chanteurs non francophones sur les 4 en présence. Quoi qu’il en soit, Edgardo Rocha assure crânement sa partie, faisant valoir une technique sure et fluide dans ce qui constitue le rôle le plus redoutable de la soirée. Parfois mis à mal dans les changements de registres, le ténor uruguayen compense une projection modeste par un engagement d’une expression dramatique soutenue. A ses côtés, la soprano canadienne Claire de Sévigné fait entendre un léger accent anglophone, mais séduit par sa grâce lumineuse, très touchante dans sa prière. Elle est toutefois plus en retrait dans les ensembles, où ses interventions manquent de caractère. Rien de tel en revanche pour la jubilatoire Mme Darbel d’Eléonore Pancrazi, à l’abattage scénique impayable dans les dialogues. La Française souffle davantage le chaud et le froid dans les parties vocales, avec une émission veloutée et parfaitement projetée, mais parfois au détriment du texte, trop approximatif. Plus grande satisfaction de la soirée, Julien Dran compose un George d’une aisance naturelle dans tous les registres (parlé ou chanté), mêlant ses qualités de comédien à une diction parfaite (bien qu’un peu nasale par endroit). Son éclat et sa vivacité ne sont pas pour rien dans le plaisir apporté à chacune de ses interventions, tout du long.
On retrouvera toute cette fine équipe au disque, Aviel Cahn ayant annoncé son enregistrement dans la foulée de cette représentation. A suivre.

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CRITIQUE, opéra. Genève, Grand Théâtre, le 17 septembre 2022. Halévy : L’Eclair. Eléonore Pancrazi (Mme Darbel), Claire de Sévigné (Henriette), Edgardo Rocha (Lionel), Julien Dran (George). Orchestre de chambre de Genève, Guillaume Tourniaire (direction musicale). A l’affiche du Grand Théâtre de Genève jusqu’au 28 septembre 2022.

GENEVE : La Juive d’HalĂ©vy (15 – 28 sept 2022)

halevy la juive opera de geneve annonce critique classiquenews allenGENEVE, HALÉVY : la Juive. 15 – 25 sept 2022. Suite du cycle genevois dĂ©diĂ© au grand opĂ©ra français romantique. Après les Huguenots, voici donc la Juive, drame Ă  la française, crĂ©Ă© en 1835, contemporain des Puritains ou de Lucia di Lammermoor. Auprès de Meyerbeer, et dans le sillon tracĂ© dès 1829 par Rossini et son drame français Guillaume Tell, le parisien Fromental HalĂ©vy connaĂ®t avec La Juive, un Ă©clatant succès. Le maĂ®tre de Bizet (qui deviendra son gendre), fixe les Ă©lĂ©ments constitutifs de l’opĂ©ra français romantique, gĂ©nĂ©reux en dĂ©cors, en scène collective spectaculaire, en drame sanglant, sacrificiel, en particulier Ă  la fin, oĂą l’horreur et la terreur le disputent au coup de théâtre. Proche de Meyerbeer, HalĂ©vy sait Ă©crire de superbes airs, et aussi souligner combien le destin implacable est une machine irrĂ©pressible qui broie les individus. En cela il rĂ©pond Ă  l’esthĂ©tique grand spectacle souhaitĂ© par le directeur de l’OpĂ©ra, VĂ©ron, dĂ©sireux de sĂ©duire un public toujours plus nombreux parmi les bons bourgeois de la Monarchie de Juillet. La Juive fit l’admiration de Wagner.

Abouti, l’ouvrage – très librement inspirĂ© d’IvanhoĂ© de Walter Scott, sait impressionner mais aussi convaincre car il aborde des sujets toujours acides : intolĂ©rance religieuse, impĂ©rialisme, fanatisme.

Sur la scène du théâtre social, Halévy joue des identité et filiations supposées : l’orfèvre juif Éléazar et sa fille, la belle Rachel, hébergent un jeune homme, « Samuel », aimé de Rachel, mais qui en réalité est Léopold, prince très chrétien marié à la Princesse Eudoxie. Mais le père ici est-il le protecteur légitime de sa fille Rachel ? Car celle ci est-elle réellement sa progéniture ? Au moment fatal et tragique où la haine et la folie fanatique précipite le sort des deux juifs, le père et sa fille supposé, Eleazar dévoile l’identité de Rachel, au cardinal Brogni : sa propre fille, très chrétienne, qu’il croyait morte. Le propre de l’opéra français est de ménager rebondissements et confrontations jusqu’à la scène finale, ultime qui exacerbe les passions.

Grand spectacle fanatique
Sacrifice individuel

Après sa vision des Huguenots (Deutsche Oper Berlin), l’Américain David Allen aborde le grand opéra français avec l’ironie et ce goût de la comédie noire qu’on lui connaît désormais.

Dans le rôle légendaire d’Éléazar, incarné hier par les grands ténors Caruso, Carreras, Neil Shicoff, débute à Genève John Osborn, impressionnant Raoul dans Les Huguenots en 2020, et dans le rôle-titre de Rachel, Ruzan Mantashyan, somptueuse Natacha de Guerre et Paix en 2021.

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Fromental Halévy  : LA JUIVE
Livret d’Eugène Scribe
Créé en 1835 à l’Académie royale de musique
Dernière fois au Grand Théâtre de Genève en 1926-1927

6 représentations à Genève, à 19h30 boutonreservation
jeudi 15, samedi 17, mardi 20, vendredi 23,
dimanche 25 septembre 2022 (15h)
mercredi 28 septembre 2022.

RÉSERVEZ VOS PLACES
directement sur le site de l’Opéra de Genève
https://www.gtg.ch/saison-22-23/la-juive/

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DISTRIBUTION

Rachel : Ruzan Mantashyan
Le Juif Eléazar : John Osborn
LĂ©opold : Ioan Hotea
La Princesse Eudoxie : Elena Tsallagova
Le Cardinal de Brogni : Dmitry Ulyanov
Ruggiero / Albert : Leon Košavić

Chœur du Grand Théâtre de Genève
Orchestre de la Suisse Romande
Coproduction avec le Teatro Real de Madrid
Direction musicale: Marc Minkowski
Mise en scène : David Alden

OperaVision, opĂ©ra on line : Maria Stuarda de Donizetti depuis l’Irish National Opera

maria-malibran-maria-stuarda-rossini-donizetti-opera-classiquenewsOPERAVISION, opĂ©ra on line : DONIZETTI : Maria Stuarda, depuis le Irish National Opera. Dès le 8 juil, 19h. EnregistrĂ© et filmĂ© le 11 juin 2022 – Londres, 1587. Deux reines sont contemporaines mais l’une d’elles doit se dĂ©mettre. L’une est catholique et Ă©cossaise : c’est Maria (Stuarda, soprano), l’autre est protestante et anglaise, c’est Elisabeth (Tudor, mezzo-soprano). Entre les deux : un homme partagĂ© entre amour et loyautĂ© (Leicester). L’une a fait emprisonner l’autre, qui la gratifie en retour (confrontation tendue de l’acte II) de « Vile bâtarde » : c’en est trop Elisabeth humiliĂ©e, signe l’arrĂŞt de mort de Maria. Car Elisabeth dĂ©cide la mort de sa cousine, quitte Ă  en faire une reine martyr. Le drame s’achève quand les gardes emmènent Maria sur de le chemin de l’échafaud…

L’opera seria en 3 actes de Donizetti est crĂ©Ă© en 1834 au San Carlo de Naples, dans une version Ă©dulcorĂ©e (intitulĂ©e « Buondelmonte », dĂ©placĂ© Ă  la Renaissance !) qui devait plaire au Roi. Donizetti frustrĂ© obtient de la Scala la crĂ©ation de son opĂ©ra originel, avec Maria Malibran dans le rĂ´le-titre (cf portrait ci dessus, DR). Dans la caractĂ©risation sublime des portraits des deux femmes, – leur violente altercation Ă  l’acte II, point d’orgue de toute l’action, Donizetti annonce le rĂ©alisme franc, direct, hautement dramatique de Verdi.

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Maria Stuarda _ INO2022__0161_ Anna Devin sings Queen Elizabeth 1 - INO chorus_ Pics Pat Redmond

 

 

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VOIR Maria Stuarda depuis le Irish National Opera
sur operavision, dès le 8 juil et jusq’8 janv 2023 :
https://operavision.eu/fr/performance/maria-stuarda

La CrĂ©ation affichĂ©e en 1834 doit ĂŞtre reportĂ©e et la partition, modifiĂ©e… L’insulte est si violente que la première reprĂ©sentation de la tragĂ©die lyrique de Donizetti Ă  Naples est annulĂ©e Ă  la dernière minute par une intervention royale. Une rĂ©vision Ă©dulcorĂ©e Ă©choue Ă  la Scala l’annĂ©e suivante, lorsque la grande Maria Malibran dĂ©cide de chanter les paroles originales. Il faudra plus d’un siècle pour que Maria Stuarda ne fasse enfin son entrĂ©e dans le monde de l’opĂ©ra. Pour les rĂ´les fĂ©minins principaux, Irish National Opera fait appel Ă  deux chanteuses irlandaises aux carrières brillantes et internationales : la mezzo-soprano Tara Erraught et la soprano Anna Devin. La nouvelle production de Tom Creed promet un aperçu contemporain de ce qu’il se passe lorsque les grands États impĂ©riaux empiètent sur leurs petits voisins et lorsque les Ă©motions viennent troubler la politique.

DISTRIBUTION
Maria Stuarda : Tara Erraught
Elisabetta : Anna Devin
Anna : Gemma NĂ­ Bhriain
Leicester : Arthur Espiritu
Cecil : Giorgio Caoduro
Talbot : Callum Thorpe
Chœurs : Irish National Opera Chorus
Orchestre : Irish National Opera Orchestra

Musique : Gaetano Donizetti
Texte : Giuseppe Bardari
Direction musicale : Fergus Sheil
Mise en scène : Tom Creed
DĂ©cors et costumes : Katie Davenport
Lumières: Sinéad McKenna
Chef de Chœur : Elaine Kelly

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CRITIQUE, opéra. GSTAAD, le 28 août 2021 (19h30). BELLINI: I Puritani. Orchestre de la Suisse Romande. D. HINDOYAN.

CRITIQUE, opĂ©ra. GSTAAD, le 28 aoĂ»t 2021 (19h30). BELLINI: I Puritani. Orchestre de la Suisse Romande. D. HINDOYAN. En version de concert (avec quelques mouvements de scène), les puritains poursuivent la flamme lyrique Ă  Gstaad, scène dĂ©sormais incontournable pour s’y dĂ©lecter de situations opĂ©ratiques très ardemment dĂ©fendues (oĂą l’on constate ainsi ce soir combien Bellini prĂ©figure le meilleur Verdi). Les festivaliers sous la tente de Gstaad bĂ©nĂ©ficient d’une acoustique gĂ©nĂ©reuse surtout pour l’orchestre, l’Orchestre de la Suisse romande qui dĂ©taillĂ©, frĂ©missant au sein de ses vents (bois finement articulĂ©s), de ses cuivres, sollicitĂ©s dès l’ouverture (cors profonds, onctueux, mystĂ©rieux…) ses cordes, flexibles et nuancĂ©es, nous fait rĂ©viser notre connaissance de l’orchestre du dernier Bellini : I Puritani composĂ©s Ă  Puteaux crĂ©Ă©s sur la scène parisienne du Théâtre italien en janvier 1835 (l’annĂ©e de sa mort), regorge de drame, de contrastes, surtout de cette ivresse Ă©chevelĂ©e suspendue oĂą brĂ»le l’amour hyper romantique des fiancĂ©s Edgardo et Elvira. D’autant que les deux protagonistes sont emportĂ©s malgrĂ© eux dans un tourbillon aux inextricables pĂ©ripĂ©ties… Edgardo abandonne sa fiancĂ©e le soir mĂŞme de leurs noces sans lui expliquer l’intrigue politique ni l’exfiltration royale dont il est l’acteur improvisĂ© ; Elvira ne s’en remet pas et devient folle, hallucinĂ©e, impuissante aux actes I et surtout II. Livret invraisemblable pas si sĂ»r, tant il est pĂ©pite pour l’expression des passions humaines les mieux exacerbĂ©es.

 
 
 

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Francesco Demuro et Zuzana Marková / Arturo et Elvira © Raphael Faux 2021 / Gstaad Menuhin Festival 2021

 
 
 

Dans cette version raccourcie qui fait l’Ă©conomie des rĂ©citatifs mais expose la majoritĂ© des airs, le spectacle se concentre sur les confrontations sans temps morts.
Se distinguent en particulier les profils masculins de Giorgio et de Riccardo. Du premier le baryton argentin Erwin Schrott assure une classe des grands soirs soulignant le caractère protecteur, compatissant du patriarche Valton pour sa nièce Elvira qu’il considère comme sa fille. Leur relation prĂ©figure dĂ©jĂ  un poncif du théâtre verdien: la relation père / fille, si justement brossĂ©e dans Rigoletto, Boccanegra, mĂŞme dans Traviata, et dĂ©jĂ  Stiffelio.

Le duo entre les deux Puritains au II entre Riccardo et Giorgio se fait serment d’alliance martiale, fraternelle, de surcroĂ®t appel au pardon car ici Riccardo, rival malheureux, renonce Ă  se venger d’Edgardo : voix moins naturellement puissante que celle de Schrott, George Petean est timbrĂ© et nuancĂ©, toujours juste, en somme vrai baryton… verdien. L’accord des deux solistes fait mouche. Certes on aimerait plus de texte et un legato plus raffinĂ© mais n’allons pas bouder notre plaisir : leur duo avec trompette obligĂ©e restera dans les mĂ©moires. Plus tard au III pour les retrouvailles Arturo / Elvira, le tĂ©nor dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© dans le mĂŞme rĂ´le sur la scène du Palais Garnier parisien (Francesco Demuro), ose toutes les notes et des aigus crânement projetĂ©s : son ardeur et sa vaillance se distinguent aussi nettement (mĂŞme parfois serrĂ©, le timbre est aussi Ă©clatant qu’une lame affĂ»tĂ©e).

 
 
 

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George Petrean et Erwin Shrott / Riccardo et Giorgio © Raphael Faux 2021 / Gstaad Menuhin Festival 2021
 
 
 
 

Remplaçant Lisette Oropesa, la soprano praguoise Zuzana Marková fait le job. Souvent juste dans ses intentions, la jeune cantatrice (qui chante aussi Traviata aux Arènes de VĂ©rone, et a dĂ©jĂ  chantĂ© le rĂ´le bellinien Ă  Liège et zurich) souligne chez Elvira cette fragilitĂ© maladive, son hypersensibilitĂ© romantique que redoute son tuteur Giorgio car elle pourrait bien “mourir d’amour” et ne se remettre jamais d’avoir Ă©tĂ© ainsi abandonnĂ©e par Arturo. La cantatrice chante toutes les notes, s’engage parfois au delĂ  de ses possibilitĂ©s rĂ©elles, dommage que dans les ensembles on doit tendre l’oreille pour la repĂ©rer dans des tutti qui avantagent surtout l’orchestre.
Ce dernier est d’ailleurs somptueux, intensĂ©ment dramatique mais aussi murmurant et subtilement attĂ©nuĂ© pour porter les airs solistes de pur bel canto. Domingo Hindoyan sculpte la matière orchestrale avec un sens dĂ©lectable des Ă©quilibres, offrant des couleurs et des dĂ©tails instrumentaux insoupçonnĂ©s.
Car la magie de Gstaad c’est aussi ces moments symphoniques qui font du festival MENUHIN, un Ă©vènement incontournable pour ressentir le grand frisson musical. Qui peut dĂ©fendre aujourd’hui l’idĂ©e d’un Bellini faible orchestrateur? Son Ă©criture orchestrale sait ĂŞtre Ă©videmment languissante, Ă©perdue, extatique mĂŞme dans le duo du III [avec harpe], martiale aussi dans l’exposition du dĂ©but qui met en scène le chĹ“ur des soldats puritains. Rien ne manque ici ni l’ardeur virile ni l’ivresse Ă©motionnelle [dans les airs d'Arturo comme d'Elvira] ou l’art de la coloratoura peut s’Ă©panouir avec naturel.
Sans les tĂŞtes d’affiche annoncĂ©es initialement (Javier Camarena et Lisette Oropesa donc dans les rĂ´les d’Arturo et d’Elvira) la production de ces Puritains 2021 a tenu ses promesses, rĂ©vĂ©lant ou confirmant l’excellente partition de Bellini, sa maĂ®trise du drame comme de l’extase vocale pure. Rv est dĂ©jĂ  pris pour l’Ă©tĂ© prochain (66è Ă©dition) oĂą Fidelio de Beethoven est dĂ©jĂ  annoncĂ©... au sein de la thĂ©matique Vienne initialement programmĂ© en 2020, reportĂ©e pour cause de covid, et donc rĂ©alisĂ© en 2022.

 
 
  
 
  
 
 

Concerto pour piano de CLARA SCHUMANN

clara-schumann-piano-robert-schumann-concerto-pour-pianoARTE, dim 8 mars 2020, 18h55. CLARA SCHUMANN : Concerto pour piano, opus 7. En 2019, Ă  Leipzig, sous la direction d’Andris Nelsons, l’Orchestre du Gewandhaus interprète le “Concerto pour piano” de Clara Schumann (1819-1896), nĂ©e alors il y a deux siècles. L’épouse de Robert Schumann, compositrice comme lui, et surtout immense virtuose pour le piano, mĂ©ritait bien cet hommage pour son bicentenaire.
Créatrice précoce âgée de seulement 14 ans, le Concerto pour piano en la mineur indique un tempérament étoilée, lumineux, d’une passion tendre et somptueuse même, d’une étonnante vibration et sensibilité si l’on pense à l’âge de la jeune compositrice.

Le piano amoureux de Clara

Clara le joue à Leipzig à 16 ans, en 1835, sous la direction de Felix Mendelssohn qui dirigeait alors l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig. Réservée, secrète, la jeune femme exprime une émotivité pianistique qui respire et sait élargir le champs musical. Son Concerto pour piano respire ample, réserve des plages d’éloquente langueur enivrée… Trois mouvements enchaînés : Allegro maestoso / Romance : andante non troppo con grazia / allegro non troppo. L’Andante « avec grâce » et déjà certaines séquences du premier Allegro font jaillir cette tendresse ardente (le violoncelle solo dans la Romance… annonçant mais de façon aérienne Brahms qui a tant aimé lui aussi Clara), effusion qui scellera le destin de Clara à celui de Robert, union parfaite et légendaire, unique dans l’Histoire de la musique européenne, et dont le vocable « RARO », personnage de l’imaginaire de Robert, reste l’emblème. Ra de Clara, Ro de Robert, l’équation miraculeuse d’où naîtront sous la plume des deux auteurs, tant de pages remarquables. En écho à l’ivresse pianistique précoce de son épouse tant adorée, Robert écrira lui aussi son Concerto pour piano, chef d’oeuvre tout autant, que créa évidemment Clara en 1846… au Gewandhaus de Leipzig.

 

 

 

ARTE, dim 8 mars 2020, 18h55. CLARA SCHUMANN : Concerto pour piano, opus 7 – LEIPZIG, 2019, concert pour le bicentenaire de CLARA SCHUMANN (1819-1896)

 

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NOTRE AVIS : pas sûr que cette version convainc tout à fait : la pianiste lettone Lauma Skride a un jeu épais et lourd, en rien nuancé ni détaillé et la direction d’Andris Nelsons malgré tout le bien que l’on pense de lui chez Chostakovitch ou Bruckner, peine lui aussi à ciseler une écriture qui regarde davantage vers Mozart, Chopin voire Tchaikovsky que Brahms et Rachmaninov… Pour nous erreur de casting.

Autre œuvre au programme la Symphonie n° 1 du mari de Clara, Robert Schumann.

 

 

 

 

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VOIR un extrait du concert CLARA SCHUMANN sur ARTE
https://www.arte.tv/fr/videos/091195-000-A/clara-schumann-concerto-pour-piano-en-la-mineur/

 

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VOIR sur Youtube : le Concerto pour piano de Clara Schumann / Beethovensaal Liederhalle Stuttgart, 2015 / Orchesterverein Stuttgart, direction : Alexander Adiarte / Diana Brekalo, piano. La séquence est très mal cadrée, mais le son convenable révèle un jeu expressif qui sait nuancer…

https://www.youtube.com/watch?v=X4rhHiPUltE

 

 

 

 

 

Donizetti : Lucia di Lammermoor Ă  Limoges puis Reins

DONIZETTI_Gaetano_Donizetti_1Limoges, Reims. Donizetti : Lucia di Lammermoor. 1er novembre-1er dĂ©cembre 2015. A Limoges puis Reims, le sommet lyrique tragique de Donizetti (crĂ©Ă© en 1835 au san Carlo de Naples) occupe le haut de l’affiche. Pour Donizetti (1797-1848), Lucia est une amoureuse extatique et ivre dont la fragilitĂ© Ă©motionnelle approche la folie hallucinĂ©e. Le compositeur qui fait Ă©voluer le bel canto bellinien vers un nouveau rĂ©alisme expressif annonçant bientĂ´t Verdi, signe le chef d’oeuvre de l’opĂ©ra romantique italien, quelques annĂ©es après la rĂ©volution berliozienne (crĂ©ation de la Symphonie fantastique en 1830). Victime d’une sociĂ©tĂ© phalocratique qui dĂ©cide de son destin contre son grĂ© et son amour (pour Edgardo), la belle Lucia, parti enviable, assassine ce mari dont elle ne veut pas : Ă  peine consciente, abandonnĂ©e Ă  la dĂ©raison psychique, la diva se doit Ă  la fameuse scène de reprise de conscience, oĂą meurtrière malgrĂ© elle, elle retrouve une raison bien Ă©phĂ©mère, après avoir compris l’acte qu’elle vient de commettre et avant de mourir. Avec Lucia, Donizetti atteint un sommet dans le registre pathĂ©tique noir et sanglant.

 

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En 1835, Donizetti compose le sommet romantique italien

Lucia / Juliette : visages de la folie amoureuse

 

Le frère de Lucia (Enrico Ashton) s’entĂŞte Ă  vouloir marier sa sĹ“ur contre sa volontĂ© : or l’amoureuse aime Ă©perdument le beau Edgardo (malheureux hĂ©ritier du clan rival aux Ashton, les Ravenswood). C’est un peu comme dans RomĂ©o et Juliette : les deux amants ne peuvent pas se marier car ils s’aiment a contrario de la loi fratricide qui oppose les deux clans adverses dont chacun est l’enfant. L’amour ou le devoir : les sentiments ou la famille. Tout l’acte I expose la force de leur amour pur et sans calcul.

Au II, Marieur pervers et terrible manipulateur, Enrico force donc Lucia Ă  Ă©pouser le mari qu’il a choisi : Arturo Bucklaw. Revenu de France, Edgardo humilie celle qui pourtant l’aimait… En un sextuor final, concluant le II, tous les protagonistes expriment chacun, son incomprĂ©hension et sa solitude dans un climat d’inquiĂ©tude oppressant.

Au III, la rivalitĂ© entre Enrico et Edgardo redouble. Pendant sa nuit de noce, la jeune mariĂ©e tue cet Ă©poux imposĂ© avant de tomber inconsciente et morte (au terme de sa fameuse scène de la folie) ; quant Ă  Edgardo, trop naĂ®f, trop manipulable, se donne lui aussi la mort sur le corps de son aimĂ©e après avoir compris qu’il avait Ă©tĂ© abusĂ© par Enrico…

Comme RomĂ©o et Juliette, Edgardo et Lucia sont deux flammes amoureuses, interdits de bonheur, victimes expiatoire d’un monde oĂą les hommes n’ont qu’une motivation, se faire la guerre et dĂ©fendre leur intĂ©rĂŞt. Une sĹ“ur est une monnaie d’Ă©change ou le moyen de contracter alliance. La barbarie Ă©crase le cĹ“ur des amants purs.

 

 

Limoges, Opéra
Les 1er, 3, 5 novembre 2015

Reims, Opéra
Les 27, 29 novembre puis 1er décembre 2015

Allemandi – Vesperini
Gimadieva, Lahaj, Pinkhasovitch, Vatchkov, de Hys, Casari

 

 

Illustration : robe ensanglantĂ©e, silhouette Ă©vanescente bientĂ´t abandonnĂ©e Ă  la mort, Lucia (ici la lĂ©gendaire Joan Sutherland) erre sans but après avoir assassinĂ© l’Ă©poux qu’on lui avait imposĂ©…