Hyppolite et Aricie de Rameau, en direct

RAMEAU 2014 : sĂ©lection cdINTERNET, opĂ©ra en direct : RAMEAU, Hippolyte et Aricie, samedi 14 nov 2020, 20h. Les reprĂ©sentations d’Hippolyte et Aricie prĂ©vues au mois de novembre Ă  l’OpĂ©ra Comique, Salle Favart Ă  Paris, ne peuvent pas avoir lieu en prĂ©sence du public, confinement oblige. Les rĂ©pĂ©titions se poursuivent nĂ©anmoins et l’ouvrage sera jouĂ© sur internet, diffusĂ© sur ARTEconcert et le site de l’OpĂ©ra Comique. Une diffusion ultĂ©rieure sera proposĂ©e sur l’antenne d’Arte et sur France Musique.
ThĂ©Ăątre de dĂ©passement et d’enchantement, l’opĂ©ra de Rameau d’autant plus fort et signifiant en son premier opus de 1733 – le plus scandaleux aussi-, surgit dans toute sa force scĂ©nographiĂ©e dans son dĂ©ploiement matĂ©riel : jusqu’à Zoroastre, les opĂ©ras de Rameau touchent autant par leur science musicale que leur impact visuel et dĂ©coratif. Ici la tendresse (le couple Hippolyte et Aricie protĂ©gĂ© par Diane) s’oppose au pouvoir tendu, en phase d’implosion (incarnĂ© par PhĂšdre et ThĂ©sĂ©e qui apprend Ă  ses dĂ©pends que « les enfers sont chez lui » : PhĂšdre aime son beau fils, Hippolyte, contredisant toutes les biensĂ©ances et la morale. La reine en souffrance a ce tragique racinien auquel Rameau apporte une noblesse bouleversante ; tandis que ThĂ©sĂ©e, roi malgrĂ© lui, fils de Neptune, Ă©prouve la solitude du pouvoir, prĂ©fĂ©rant Ă  tout exercice temporel, son cher et tendre PirithoĂŒs. De tous les ouvrages, Hippolyte atteint un souffle spectaculaire grĂące Ă  son orchestre : l’acte des enfers, d’une puissance poĂ©tique inouĂŻe (acte II), invente le trio des Parques aux harmoniques jamais entendues jusque là


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Hippolyte et Aricie de RameauRAMEAU-jean-philippe-portrait-hippolyte-et-aricie-classiquenews
en livestream
sur ARTE Concert, sur le site de l’OpĂ©ra Comique
samedi 14 novembre Ă  20h, puis en REPLAY jusqu’au 13 mai 2021

Opéra comique
https://www.opera-comique.com/

ARTEconcert
https://www.arte.tv/fr/arte-concert/

 

 

 

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Hippolyte : Reinoud van Mechelen
Aricie : Elsa Benoit
PhĂšdre : Sylvie Brunet-Grupposo
Thésée : Stéphane Degout
Oenone : SĂ©raphine Cotrez
Neptune/Pluton : Nahuel di Pierro
Diane : Eugénie Lefebvre
PrĂȘtresse de Diane, Chasseresse,
Matelote, BergĂšre : Lea Desandre
Tisiphone : Edwin Fardini
1Ăšre Parque : Constantin Goubet*
2e Parque : Olivier Coiffet*
3e Parque : Virgile Ancely *
Mercure : Guillaume Gutierrez*
Arcas : Martial Pauliat*

ChƓur et Orchestre : Pygmalion
(artistes issus du choeur Pygmalion)
Direction musicale : Raphaël Pichon
Mise en scĂšne : Jeanne Candel

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CD. Haendel : Orlando (Archiv, René Jacobs, 2013).

Orlando rene jacobs archiv-CDCD. Haendel : Orlando (RenĂ© Jacobs, 2013). HĂ©ros aux pieds d’argile. Avant nos Batman,  Spiderman,  Hulk ou Superman…. autant de vertueux sauveurs dont le cinĂ©ma ne cesse de dĂ©voiler les fĂȘlures sous la
 cuirasse, les figures de l’opĂ©ra ont elles aussi le teint pĂąle car sous le muscle et l’ambition se cachent des ĂȘtres de sang,  inquiets, fragiles d’une nouvelle humanitĂ© tendre et faillible. Ainsi Hercule chez Lully,  Dardanus chez Rameau, surtout Orlando de Haendel
 avant Siegfried de Wagner, hĂ©ros trop naĂŻf et si manipulable. Sur les traces de la source littĂ©raire celle transmise par L’Arioste au dĂ©but du XVIĂšme siĂšcle et qui inspire aussi Vivaldi,  voici le paladin fier vainqueur des sarasins,  en prise aux vertiges de l’amour, combattant si frĂȘle face Ă  la toute puissance d’Eros. Un chevalier dĂ©risoire en somme, confrontĂ© au dragon du dĂ©sir. …

Mais impuissant et rongĂ© par la jalousie le pauvre hĂ©ros s’effondre dans la folie. Que ne peut-il pourtant fier conquĂ©rant inflĂ©chir le coeur de la belle asiatique Angelica qui n’a d’yeux que pour son Medoro. En un effet de miroir subtil, Haendel construit le personnage symĂ©trique mais fĂ©minin de Dorinda, tel le contrepoint fraternel des vertiges et souffrances du coeur : elle aime Orlando qui n’a d’yeux que pour la belle AngĂ©lique.

Passionanntes Angelica et Dorinda

La musique exprime le souffle des hĂ©ros impuissants, la toute puissance de l’amour, sait pourtant s’alanguir en vagues et dĂ©ferlantes pastorales (l’orchestre est somptueux en poĂ©sie et teintes du bocages), annonce comme Rameau quand il nous parle d’amour (Les Indes Galantes), cet essor futur du sentiment, nuançant en bien des points les figures un rien compassĂ©es et mĂ©caniques du sĂ©ria napolitains.  GorgĂ© d’une saine vitalitĂ©, RenĂ© Jacobs sĂ©duit immĂ©diatement par sa frĂ©nĂ©sie dramatique qui sait caractĂ©riser les personnages et les situations. C’est nerveux parfois secs et tranchant mais toujours vif et exaltĂ©. Christie reste indĂ©passable par le sentiment et l’alanguissement.

Car seule faiblesse de l’enregistrement le contre-tĂ©nor en couverture : Bejun Mehta a certes une projection fluide et claire mais le style aguicheur et fleuri Ă  l’excĂšs manque singuliĂšrement de simplicitĂ© et de naturel. A force de vouloir en dĂ©montrer, le chanteur rate son incarnation et demeure rien que maniĂ©rĂ© : un contresens qui lui est fatal. A contrario de sa contreperformance, les chanteuses sont
 superlatives, en particulier, l’Angelica de Sophie KarthĂ€user (qui allie la grĂące mozartienne Ă  la prĂ©cision de ses vocalises) et la soprano vedette de l’écurie Jacobs depuis des lustres, l’irradiante et diamantine Sunhae Im, d’une fraĂźcheur juvĂ©nile et tendre capable d’expressivitĂ© ardente et naturelle : un modĂšle d’élocation dramatique qui rĂ©Ă©claire le rĂŽle de Dorinda, en fait bien cette sƓur en douleur de l’impuissant Paladin devenu fou. L’orchestre fiĂ©vreux, bondissant redouble de nuances et dynamiques : voilĂ  un chef qui comprend sans cependant en exprimer les teintes mordorĂ©es voire tĂ©nĂ©bristes (Ă©couter ici Christie), le roman de l’Arioste entre l’illusion de l’amour, la sincĂ©ritĂ© du cƓur, la folie de la jalousie : de fait, l’orlando de Haendel est contemporain du choc orchestrĂ© par Rameau son contemporain (Hippolyte et Aricie, 1733), et de 20 ans plus tardif que les sommets lyriques prĂ©cĂ©dents signĂ©s Vivald Ă  Venise
  Aucun doute cet Orlando – rĂ©serve Ă©mise au chanteur dans le rĂŽle-titre, est Ă  classer parmi les meilleures rĂ©ussites de la discographie dĂ©jĂ  riche. Avec un chanteur plus simple en tĂȘte d’affiche, la lecture aurait dĂ©crochĂ© le « CLIC ». Avec le rĂ©cent Belshazzar de William Christie (et ses chƓurs des Arts Florissants rien moins qu’inouĂŻs), Haendel dĂ©ploie Ă  nouveau ici sous la baguette acĂ©rĂ©e, vive du gantois Jacobs, son irrĂ©sistible invention lyrique. Coffret trĂšs trĂšs recommandable.

Haendel (1685 – 1759) : Orlando, 1733. Bejun Mehta, Sophie KarthĂ€user, Kristina Hammarström, Sunhae Im, Konstantin Wolff
 B’Rock Orchestra. RenĂ© Jacobs, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© au Concertgebouw de Bruges Ă  l’étĂ© 2013. 2 cd ARCHIV Produktion 0289 479 2199 8