Crésus de Keiser (1710)

PIEGE-A-LOUPS-2_web2-300x225KEISER : Crésus, jusqu’au 16 octobre 2020. Le compositeur baroque germanique Reinhard Keiser (1674-1739) ressuscite, en particulier son écriture lyrique, grâce à la recréation de son opéra Crésus, qui témoigne de l’essor d’un opéra de langue allemande à l’époque des JS Bach et Haendel. Directeur de l’Oper am Gänsemarkt de Hambourg, centre musical majeur au début du XVIIIè, Keiser compose ici une partition colorée et légère voire humoristique dont les accents ont été révélés au disque par René Jacobs (grand défricheur de l’opéra vénitien du Seicento : Cavai et Cesti en tête). Crésus, roi de Lydie, est créé en 1710, repris en 1730 par son auteur. Voici donc la version scénique d’un drame qui épingle la fragilité des honneurs de ce monde, à travers « gloire, chute et grâce de Crésus »… Le chant lyrique regorge d’airs italiens virtuoses ; l’action, de situations cocasses et truculentes ; le style de Keiser, de registres et de manières, en une partition éclectique, fantasque parfois délirante. La verve de Keiser a parfaitement assimilé et compris le goût des spectateurs hambourgeois, habitués de l’opéra publique, car après Venise en 1637, Hambourg en 1678 inaugure son premier opéra « du marché aux oies », où tout un chacun, sans qu’il soit noble ou patricien, peut assister à une représentation pourvu qu’il paye sa place. Recréation événement à ne pas manquer.
Quand l’or aveugle et trompe… En Lydie (actuelle Turquie), le roi Crésus se pense invincible et supérieur grâce à la fortune amassée (et au fleuve Pactole). Mais le philosophe grec Solon l’enjoint à plus de modestie car la fortune comme la gloire sont des biens éphémères et fragiles. A travers une série d’avatars et de séquences qui relèvent du roman guerrier (guerre avec Cyrus), Crésus apprend la réalité cynique du monde comme la vanité de la condition humaine… Son fils Atys, d’abord muet, recueille les préceptes de sagesse pour une vie plus sage et raisonnable.

 

 

 

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PARIS, Athénée Louis Jouvet
jusqu’au 10 octobre 2020
RÉSERVATIONS :
https://www.athenee-theatre.com

Benoît Bénichou, mise en scène
Johannes Pramsohler et l’Ensemble Diderot

CRESUS, Opéra baroque
Musique de Reinhard Keiser (Hambourg, 1711-1730)
Livret de Lukas von Bostel

 

 

 

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Spectacle reprise

au PERREUX SUR MARNE : Centre des Bords de Marne
les 15 et 16 octobre 2020

http://www.cdbm.org

Ă  HERBLAY, Th Roger Barat
les 15 et 16 avril 2021

https://herblaysurseine.fr/mes-loisirs/culture/le-theatre-roger-barat

 

 

 

 

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NOTRE AVIS… En 1711, Keiser Ă  Hambourg renouvelle et prolonge en mĂŞme temps l’opĂ©ra vĂ©nitien lĂ©guĂ© par Cavalli : intrigue richissime aux registres mĂŞlĂ©s (tragique et comique, hĂ©roĂŻque et amoureux) dont le mordant cynique renvoie Ă  notre barbarie contemporaine. Ce théâtre souvent noir mais qui sait s’alanguir trouve un Ă©cho Ă  notre Ă©poque violente et dĂ©senchantĂ©e oĂą pèse la grande menace d’un cataclysme planĂ©taire. La mise en scène est ascĂ©tique et le jeu des acteurs rĂ©duits a minima. Le violoniste et chef Johannes Pramsohler, les vingt-deux musiciens de son Ensemble Diderot apportent un bel Ă©clairage articulĂ© Ă  une langue aussi expressive et directe que raffinĂ©e et Ă©lĂ©gante, qui se souvient autant de l’intelligence critique de Cavalli que des sensualitĂ©s lascives de Monteverdi (dĂ©sir ardent et tendre du prince Atys, le fils de CrĂ©sus). Le plateau est jeune et vert. Et cela s’entend parfois.