CD événement, critique. HOMMAGE A VIVALDI. VIVICA GENAUX, Mezzo. Bach consort Wien, Rubén Dubrovsky (1 cd Sony classical, 2015)

vivaldi hommage a vivica genaux ruben dubrovsky sony classical cd review cd critique par classiquenews CLIC de classiquenews de septembre 2018CD événement, critique. HOMMAGE A VIVALDI. VIVICA GENAUX, Mezzo. Bach consort Wien, Rubén Dubrovsky (1 cd Sony classical, 2015). C’est une excellente idée que de souligner le génie de Vivaldi à Vienne, capitale de la pompe impériale Habsbourg où il mourut en 1741, quasiment oublié de tous. Certes le Vénitien incarne l’essor de la furià baroque au début du XVIIIè avec l’énergie et la poésie que l’on sait, instrumentalement et opératiquement. Du reste la redécouverte de sa verve lyrique reste la découverte la plus importante sur le plan musicologique des 20 dernières années. Ruben Dubrovski cisèle un orchestre pétillant et un choeur très impliqué, mais sans maniérisme aucun, revitalisant un style très identifiable, encore baroqueux en plein essor du préclassicisme (début des années 1740) : le Pretre Rosso a été à Venise même déclassé par les Napolitains, nouveaux champions de l’opéra. Mais s’il s’agissait de souligner le génie éruptif et introspectif du Vénitien, le défi est amplement relevé et réussi : les interprètes sont au niveau de l’enjeu, à commencer par l’impeccable mezzo américaine Vivica Genaux, diva de Fairfbanks (Alaska), rompue à l’exercice redoutable des vocalises acrobatiques, comme à la science de la couleur et des nuances expressives les plus ténues. Il n’y a qu’une seule autre mezzo à l’égaler dans ce type de répertoire : Ann Hallenberg. Elle aussi passionnante vivaldienne (et qui a elle aussi dédier plusieurs récitals à la légende des castrats).
CLIC D'OR macaron 200Le choix des œuvres ici abordées évoque l’âge d’or de Vivaldi à Venise, alors (en 1715), « maestro di viola all’inglese, à l’Ospedale della Pietà, sur la rive lagunaire. Sa verve quasi opératique à l’église (cf ses deux motets chantées par la mezzo : In tubato mare irato RV 627 / Sum in Medio tempestatum RV 632) impose le tempérament très contrasté d’un génie de la musique quand dans le même instant, à Vienne, Fux devient Kapellmeister à la cathédrale Saint-Etienne de Vienne…
Constamment inspirée et juste expressivement, Vivica Genaux saisit la certitude  fervente du motet d’ouverture (RV 627) avec un aplomb dramatique idéal pour des pièces qui certes sont pour l’église da chiesa mais exige un investissement total ; déjà dans le morceau préliminaire (« In tubato mare irato « ), d’une agilité redoutable puis dans le III « Resplende bella Divina stella », plage 3 où la chanteuse creuse la mystique plus sombre et sereine du texte. Entre murmure et hallucination, le verbe articulé, se colore de nuances infimes, qui affirment la sensibilité de la diva canadienne.

 

 

 

En 2015, la mezzo américaine enregistre un programme Vivaldi somptueusement chanté :
Vivica Genaux est la diva Vivaldienne d’aujourd’hui

Vivica / Vivaldi : double V gagnant !

 

 

 

L’Alleluia final, introduit alors le choeur très souple et investi fusionnant avec un continuo souple et fleuri.
Même sentiment dans la Kyrie RV 587, dont l’Allegro (plage 6) fait écouter le choeur d’enfants à la fois tendre et d’une intonation simple. La sûreté comme la musicalité du geste choral suscite l’enthousiasme.
Voilà une franchise de ton que n’a pas l’intégrale en cours de Naïve, à notre avis, au style plus sec et tendu (cf Biondi, Alessandrini). Ce qu’apporte Dubrovski chez Vivaldi, c’est une détente qui prend soin de l’équilibre des pupitres / parties et du détail dans la restitution des couleurs du continuo.
Le dernier épisode plus audacieux encore (second Allegro, plage 7) dans ses vagues harmoniques ascendantes, élabore une architecture ample ; c’est la cathédrale vivaldienne baignée de lumière (de soleil) et d’électricité que le chef fait irradier avec un naturel très appréciable.

Le cœur poétique du programme, encadré par les 2 motets, reste le NISI DOMINUS (ailleurs traité par tous les haute contre parmi les plus célèbres dont évidemment Andreas Scholl qui en avait laissé une sublime version avec 415, Chiara Banchini). Dubrovsky et Vivica Genaux soignent l’intensité poétique de chaque section, le geste et les accents du chef, s’inspirant directement du chant ciselé de la diva. Vitalité et nervosité sont idéales, élaborant un Nisi dominus à la fois plein de certitude et de simplicité grave.
VIVICA GENAUX, sublime vivaldienne !Vivica Genaux éblouit par un timbre souple, agile, riche en couleurs, une intelligence des nuances dont la palette en passages raffinés surclasse tous ces alters égos masculins lesquels n’ont pas son agilité ni sa articulation millimétrée du verbe (tels les Cencic, Jaroussky, Fagioli… au delà de la question de la tessiture, nous parlons surtout de la question du style et des nuances vocales : sur ces deux derniers points, la tenue de l’Américaine est exceptionnelle). Une telle articulation rend immédiatement passionnants, la projection et le sens du texte. La mezzo de Fairbanks (où elle est née en 1969) en a encore à nous apprendre sur l’arche palpitante d’un Vivaldi touché par la grâce.

Le sublime III (Surgite, presto, plage 10) cultive les agissements étatiques d’une magicienne enivrée, douée de mille séductions, d’autant que le continuo la suit ensuite dans une traversée hallucinée et nocturne d’un engagement purement poétique (captivant Andante : Cum dederit, le morceau le plus long du cycle) où Vivaldi tire la pâte instrumentale et la corde vocale en une suspension d’essence fantastique à laquelle la mezzo inspirée, enchantée, déploie sa science des nuances introspectives, des couleurs ténues, rares.
Qui aujourd’hui peut l’égaler dans cet art majeur de la couleur, du legato, de l’intonation ? Aucun haute contre actuel (y compris le splus célèbres): c’est dire sa maestrià.

Le Credo RV 591 est une belle réalisation dont le chef interroge avec un choeur nuancé là encore, la courbe énigmatique (Et incarnatus est) ; ciselant même en une coupe sèche parfaite, le rythme plus narratif du Crucifixus, tel un balancement inquiet et dramatique pourtant de plus en plus serein à mesure que le grand choeur s’en empare…
La prise de son, l’impact très contrôlé du collectif (bien électrisé par le chef) donnent l’impression d’une célébration heureuse et investie saisie sur le vif dans l’espace de l’église (en réalité l’enregistrement a eu lieu en mars 2015 à la Chapelle de Hofburg à Vienne, haut lieu impérial viennois).

On ne peut s’empêcher de songer à l’opéra dans le second et dernier motet (RV632 : « Sum in medio Tempestatum »), tant le timbre élargi et généreux, souple et royalement agile de la mezzo enchante par sa justesse acrobatique. Évidement le premier épisode est uniquement de virtuosité mais d’une superbe affirmation textuelle, et linguistique. Comme on l’a dit précédemment : qui chante ainsi aujourd’hui ? Répond à ce préliminaire pétaradant, la séquence introspective plus grave et sombre, d’une noblesse de ton presque élégiaque : « Semper maesta,sconsolata ».
L’intonation de l’orchestre comme de la soliste sont superlatifs :
ce Vivaldi est stupende / c’est une formidable réalisation qui brille par son intelligence, sa nervosité, son engagement, sa subtilité. Portée par un collectif qui partage sa finesse, Vivica Genaux est aujourd’hui, – avec Ann Hallenberg, la mezzo vivaldienne la plus convaincante de l’heure. Superbe récital. CLIC de classiquenews de septembre 2018.

 

 

 

 

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CD événement, critique. HOMMAGE A VIVALDI. VIVICA GENAUX, Mezzo. Bach consort Wien, Rubén Dubrovsky (1 cd Sony classical, 2015)

 

 

 

 

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Engagements de Vivica Genaux d’ici le printemps 2019
Une diva à suivre
Ressource : http://www.vivicagenaux.com

15 septembre 2018, Festival de Fénétrange (France) : airs d’opéras de Vivaldi
7 et 8 octobre 2018 : Vivaldi, Gloria et Imeneo (Madrid, Auditorio nacional de Musica)

20 – 30 octobre 2018 : Ljubljana (Slovenie) : SERSE (Arsamene) de Haendel – production reprise au

Capitole de TOULOUSE, les 7 et 9 novembre 2018

Prise de rôle
ARTASERSE de HASSE (Mandane)
Sydney (Australie) / Pinchgut Opera
29 nov – 5 décembre 2018

+ d’infos : visiter le site officiel de Vivica Geanux
http://www.vivicagenaux.com/engagements.html

 

 

 

 

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A NOTER : Vivica Genaux reprendra en concert son programme déjà enregistré déidé à Farinelli, au prochian Festival international de Musique Baroque de La Valette à Malte, « BROSCHI, Handel : hommage à Farinelli », Teatru Manoel, Valletta, le 11 janvier 2019

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