CD, compte rendu, critique. « Mémoire et Cinéma » : Isabelle Durin, violon et Michaël Ertzscheid, piano (1 cd PARATY)

DURIN memoire et cinema cd presentation par classiquenews critique annonce presentation video Paraty-HarmoniaMundiCD, compte rendu, critique. « Mémoire et Cinéma » : Isabelle Durin, violon et Michaël Ertzscheid, piano (1 cd PARATY). Voilà un programme qui touche d’abord par la finesse de sa musicalité, la recherche d’un son flexible et chaleureux, doué d’une finesse d’intonation, idéalement en adéquation avec son sujet : l’âme juive,… telle qu’elle transparaît et semble se réinventer à chaque séquence, à travers 12 films ici revisités. “Mémoire et cinéma” : le titre tient ses promesses. La valeur de la réalisation tient surtout à la complicité évidente entre les deux interprètes, violon et piano, d’une facétieuse entente, pleine d’équilibre et d’imagination dans La vie est belle entre autres, duo jubilatoire par son sens des rebonds et des répliques… Evidemment aux côtés des deux indémodables Yiddish Mame et Yidl mitn Fidl, ouvertement inscrits dans la mémoire, Le violon sur le toit (1971), est ici mosaïque et condensé de tous les visages de la tradition Ashkenaze ; la séquence semble incarner l’essence même du projet de la violoniste Isabelle Durin. L’agilité inspirée du violon dépasse l’évocation militante : elle atteint une poésie critique qui outre sa séduction mélodique immédiate, se pose la question du sens, de ce qui est dit voire suggérer entre les notes, sous l’articulation souvent brillante mais jamais creuse.

 

 

 

Entre élégance et conscience,
Isabelle DURIN, le violon cinématographique

 

 

3174__2__-_Copie-1495643876Parmi quelques jalons convaincants d’un parcours aussi personnel qu’intensément défendu et finement habité, distinguons entre autres, la tendresse sacrifiée, – tragédie en filigrane – de La Liste de Schindler de John Williams (plage 1), en ouverture : d’emblée c’est la lumière de la sonorité du violon, jamais appuyé mais allusif et aérien dans son dernier énoncé, qui saisit l’écoute. On a déjà dit toutes les qualités vivantes et palpitantes de La Vie est belle (3) : où le chant du violon exprime cette volonté d’insouciance et une espérance indéfectible pour le genre humain à travers une invitation à la danse / c’est un appel à la légèreté, avec des ornementations, libres, quasi improvisées, qui semblent divaguer mais garder le cap salutaire, entre détermination et délire. Saluons surtout la belle complicité entre le piano (Michaël Ertzscheid) qui varie continuellement ; auquel répond l’énoncé juste, l’intonation crédible et tendrement humaine, l’élocution ardente et millimétrée du violon qui sait par sa souple volubilité, cultiver imagination et liberté avec une dose de tact très suggestif, là encore jamais appuyé dans aucun de ses traits. La musicalité rayonne, d’autant plus étourdissante qu’elle contraste avec le sujet de l’épisode cinématographique, plutôt grave voire terrifiant… Dans la fameuse prière de Yentl (Papa, can you hear me? – plage 8), fixée dans la légende par la chanteuse Barbara Streisand, la vocalité du violon trouve là aussi l’intonation parfaite, entre intériorité et déclamation : la ligne s’embrase, devient brûlure, grâce à la délicatesse du violon. 
Tout en contraste et enchaînements maîtrisés, le programme sait aussi s’alanguir dans une indicible tristesse (La passante du Sans-Souci de Georges Delerue, 10) ; auquel succède du même compositeur le Concerto de l’Adieu, de la Rafle, de plus de 9 mn : un gouffre sombre et âpre s’ouvre alors, mais tout en finesse. Enfin citons le dernier jalon : Les Insurgés / défiance dans une Suite développée (d’après James Newton Howard) qui touche tout autant par sa gravité tenace et mordante, mais pour lequel le violon rayonne toujours par son tact et sa finesse dans la ligne de chant qui articule constamment ; Isabelle Durin à mesure qu’elle nous fait traverser les paysages et les tableaux cinématographiques, malgré l’horreur de la barbarie, allège a contrario du sentiment de tragédie ; on s’incline devant l’honnêteté de l’intention et la probité du geste musical. Les deux complices s’entendent d’autant plus qu’ils ont façonné la réécriture des airs originaux, réussissant souvent de très belles transcriptions. Sans texte et sans sujet explicite, airs et mélodies dont il est question, affirme alors une abstraction purement poétique, où rayonnent l’élégance et l’éloquence d’un violon inspiré par sa quête, son devoir de mémoire, sa lumineuse conscience. Magistral.
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CLIC_macaron_2014CD, compte rendu, critique. « Mémoire et Cinéma » : Isabelle Durin, violon et Michaël Ertzscheid, piano (1 cd PARATY). Enregistrement réalisé en mars 2017. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars et avril 2018.

 TEASER VIDEO “Mémoire et cinéma” : le violon cinématographique d’Isabelle DURIN :

video teaser isabelle durin

Track List

 

 

1- La Liste de Schindler/ Schindler’s List : Thème (John Williams)

2- Oyfn Pripetshik/La Liste de Schindler  (Mark Warshawsky)

3- La Vie est Belle/La vita è bella (Nicola Piovani/I.Durin, M. Ertzscheid)

4- Yiddish Mame ( Arr.Dov Seltzer/M. Ertzscheid/I.Durin)

5- Yidl mitn Fidl (Abe Ellstein/I.Durin/M.Ertzscheid)

6- Un Violon sur le Toit/ Fiddler on the Roof (Jerry Bock/Arr. John Williams)

7- Un Violon sur le Toit : Ah ! Si j’étais riche/ Fiddler on the Roof : If I were a rich man ! (Jerry Bock/arr. A. Banaszkiewicz, I.Durin, M. Ertzscheid)

8- Yentl : Papa, can you hear me ? (Michel Legrand/ Arr. J. Williams)

9- Yentl : A piece of Sky (Michel Legrand/Arr. I.Durin, M. Ertzscheid)

10- La passante du Sans-Souci (Georges Delerue/ Arr. I. Durin/ M. Ertzscheid)

11- Le Concerto de l’Adieu / La Rafle  (Georges Delerue)

12-  La vie devant soi (Philippe Sarde/arr.I.Durin et M. Ertzscheid )

13- Le journal d’Anne Frank/Anne Frank’s Diary (Alfred Newman/arr. I.Durin, M. Ertzscheid)

14- Suite : Exodus (Ernest Gold/ Arr. I.Durin, M. Ertzsdcheid)

15- Suite : Les Insurgés/Defiance (James Newton Howard/ Arr. I.Durin, M.Ertzscheid)

 

 

 

 

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