CD, coffret événement : PHILIP GLASS, the complete Sony recordings / coffret des 80 ans (1978-2016, 24 cd Sony classical)

glass philip coffret box cd review cd critique classiquenews homepage_large.9078cd9bCD, coffret événement : PHILIP GLASS, the complete Sony recordings / coffret des 80 ans (1978-2016, 24 cd Sony classical). La musique du New Yorkais Philip Glass se plaît conjonction d’une écriture avec son époque, à s’immiscer dans la vie quotidienne américaine ; ses mélodies envoûtantes ont même été réarrangées par les plus récents créateurs, d’horizons musicaux divers : Tyondai Braxton ou Johan Hohannson… Si GLASS appartient à la musique savante dite contemporaine, c’est assurément le musicien le plus populaire qui a réussi son intégration. Pour ses 80 ans le 31 janvier 2017, Sony rassemble en un coffret qui deviendra culte, l’ensemble de ses enregistrements édités par le label. Répétitive, ou plutôt pulsionnelle et trépidante, la musique de Glass indique le tempo de notre époque, ce XXè encore tenace, actuellement persistant, plus rapide, effréné même qu’auparavant. Une course dont le compositeur bat la mesure, jusqu’où ? Influencé par Ravi Shankar et à ses débuts parisiens par Nadia Boulanger, Philip Glass incarne l’esthétique musicale contemporaine qui relie le XXè et le XXiè.

HOMMAGE A GLASS
80 ans le 21 janvier 2017…

Pour ses 75 ans en 2012, son ami et défenseur de la première heure, le chef Dennis Russel Davis dirigeait une intégrale Glass en direct sur la BBC, dont la création de la 9ème Symphonie. Dans le coffret Sony 2016, Russel Davis dirige Akhenaten (Stuttgart, 1987). En 2017, d’autres manifestations sont annoncées sur le plan planétaire avec évidemment la création de la 11è Symphonie, un défi et un record même dans l’histoire musicale si l’on porte un regard rétrospectif quant aux autres symphonistes de la tradition romantique et postromantique, de Beethoven à Mahler, pour lesquels les chiffres 9 et 10 furent… fatalement définitifs. Ici la compilation ou intégrale Sony vaut somme de référence car en plus des titre détaillés ci après, le mélomane découvre les 3 albums coproduits par Glass lui-même pour CBS Columbia masterworks ; son interview de 40 mn à propos de Glassworks (ici édité pour la première fois dans son mixage d’origine) ; enfin le texte intégral des livrets des opéras sélectionnés.

glass philip bow sony classical review critique cd classiquenews Philip-Glass-The-Complete-Sony-Recordings-BoxLe coffret Sony regroupe les opéras emblématiques (sur les 30 ouvrages composés), soit les jalons majeurs de son oeuvre, celle d’un compositeur agissant par vocation et qui eut dès ses 30 ans, le sentiment de s’être trouvé, voire déjà pleinement réalisé. La majorité des réalisations discographiques sont assurées sauf mention autre, par le Philip Glass Ensemble (Michael Riesman, direction, et remonte pour la majorité aux années 1980).
A noter, la version originelle de l’opéra Einstein on the beach (cd 5 à 8, enregistrement Riesman, New York, 1978), soit 5 heures, conformément à la commande du festival d’Avignon passée en 1976. Depuis 40 ans, et récemment lors de la tournée d’une reprise en 2012, qui est passée par le Châtelet à Paris, l’opéra de Glass, mythe musical, envoûte toujours par son caractère pictural et hypnotique, qui n’a pas perdu son caractère universel voire visionnaire.
Le cycle édité par Sony offre une belle et facile entrée en matière avec le tissu sonore de Glassworks (1982, premier recueil enregistré alors pour CBS), en son mixage d’origine (cd 1-3) : immersion envoûtante dans un monde sonore suspendu, aux évocations étirées, d’une indiscutable essence poétique (piano solo de Opening).

Les OPERAS et les PORTRAITS naturalistes… Le coffret souligne aussi allusivement la curiosité du compositeur pour des ouvrages d’ampleur où le travail en équipe est une habitude recherchée et appréciée depuis ses années de galère à New York dans les années 1960. Avec le recul, le corpus lyrique précise ainsi l’engagement de Philip Glass dans la défense de figures historiques majeures du XXè, majeures par leur richesse tant humaine que spirituelle : après Einstein, voici donc Styagraha (en réalité un portrait de Gandhi, commande de la ville de Rotterdam, cd 9-11 ; reprise récemment au Met de New York en 2011, – ouvrage réalisé sur un livret en sanskrit d’après la Bhagavad-Gita ; ici enregistré par Christopher Keene pour le New York City Opera en 1984), puis Akhenaten (cd 14 et 15 ; repris en 1983 à Londres, – ici enregistrement de Russel Davis, Stuttgart 1987), défense subjective et inspirée du souverain, fils d’Aménophis III le conquérant, devenu Akhenaton le pieux et mystique, fou du disque solaire, soucieux d’imposer à son peuple, l’adoration du soleil en un monothéisme inédit. Chanté en égyptien ancien (pour partie), le livret semble induire dans la musique une sensualité là encore d’essence enivrante, extatique, conforme aux portraits intérieurs « asiatiques » du pharaon de la XVIIIè dynastie.

La présentation du coffret éclaire la notion de trilogie, chaque héros étant inspiré par une vision supérieure, intime, irrépressible qui a marqué leurs contemporains.
Sony présente aussi une autre trilogie inspirée des films Qatsi – d’après les légendes et la culture des amérindiens Hopi,
(en coopération avec le réalisateur pour le cinéma Godfrey Reggio), amorcée avec Koyaanisqatsi (« la vie déséquilibrée » créé en 1982), puis complétée par les volets Powaqqatsi (« la vie en transformation » de 1988), puis Naqoyqatsi (« la vie en tant de guerre », cd 22, enregistré à New York par Riesman, avec Yo Yo Ma, violoncelle en octobre 2002) : le lyrisme de la musique dialogue avec toute une technique d’images soit en ralenti renforcé, soit précipitées… hymne pour une terre violée, c’est à dire notre paradis planétaire massacré, … défense personnelle, que certains diront écologique ou environnementale, encore approfondie dans Itaipú / The Canyon (cd 20, enregistrement Robert Shaw, juin 1993)) qui brosse un véritable portrait de la Nature.
Cette incursion renforce les liens entre Glass et le cinéma hollywoodien dont la musique de « The Hours » (réalisé par Stephen Daldry) marquent un sommet, artistique, poétique et populaire.
The Photographer, – commande du festival de Hollande de 1982, (cd 4 : enregistrement Riesman, New York, 1983), est quant à lui un portrait du photographe du début du XXè, Muybridge, passionné par la décomposition du mouvement, en séquences détaillées. Editorialement, saluons le soin de Sony, de publier (en anglais) pour la plupart des ouvrages, une présentation par Glass lui-même et des commentaires sur la partition ou le livret.

POUR LA DANSE… Préoccupé par la transe extatique produite et cultivée par la danse, Glass a aussi collaboré avec les chorégraphes de son temps : Dances 1-5 (cd 16-17, enregistrement Riesman, avril 1988) pour lesquelles il retrouve la chorégraphe de Einstein on the beach : Lucinda Child ; puis Dancepiece (cd13, Riesman, New York, 1987), conçu pour la chorégraphe Twyla Tharp.
Eclectique, curieux, interdisciplinaire, le travail de Glass rejoint aussi la variété et la chanson contemporaine (Songs from liquid days, cd 12 ; enregistré par Riesman en 1985).
Enfin, le coffret des 80 ans évoque la carrière tout aussi fascinante du Glass pianiste solitaire : Solo piano (cd 18), enregistré en mars 1989, qui indique la force de concentration, émotionnelle, expressive (le compositeur seul donc sur son piano Baldwin) d’un parcours qui vaut rite intérieur, hors temps (Metamorphosis I-V ; Wichita Vortex Sutra – d’après le poème d’Allen Ginsberg avec lequel Glass collabora pour Hydrogen Jukebox-, enfin la dernière pièce, Mad Rush). Pour ceux qui douteraient encore que l’univers de Glass manque d’invention mélodique, nous recommandons d’écouter d’urgence le cd 19 : « Songs from the Trilogy », compilation synthèse des airs les plus célèbres et en effet mémorables des opéras ainsi mis en avant : d’Einstein on the beach (Trail / Prison avec la voix de Lucinda Childs) à Satyagraha, sans omettre Akhenaten (Hymne au soleil par Paul Eswood…).

CLIC D'OR macaron 200Hors normes, apparemment diverse et profuse, l’oeuvre de Philip Glass est en réalité l’une des plus cohérente qui soit. Le dernier cd (cd 24), montre l’indiscutable influence que le créateur continue d’exercer sur notre époque et auprès des interprètes de la nouvelle génération, lesquels aiment jouer ses pièces : la saxophoniste australienne Amy Dickson, le mianiste See Siang Wong, les musiciens de l’ensemble Lautten Compagney Berlin… La somme ainsi édifiée force l’admiration. Coffret indispensable.

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CD, coffret événement : PHILIP GLASS, the complete Sony recordings / coffret des 80 ans (1978-2016, 24 cd Sony classical) — CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2016, idéal pour les cadeaux de Noël 2016.

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