Compte-rendu : Herblay. ThĂ©Ăątre Roger Barat, le 28 mai 2013. Mascagni : Zanetto ; Weber : Abu Hassan. Mariam Sarkissian, Maria Virginia Savastano… Iñaki Encina OyĂłn, direction musicale. BĂ©rĂ©nice Collet, mise en scĂšne

Poster ZANETTO ABU HASSANPour son ouvrage lyrique annuel, le ThĂ©Ăątre Roger Barat d’Herblay a vu double : le rarissime Zanetto de Mascagni mis en parallĂšle avec Abu Hassan, Ɠuvre de jeunesse de Weber.
ComposĂ© en 1896, soit six ans aprĂšs Cavalleria Rusticana, Zanetto se rĂ©vĂšle comme un petit bijou d’intimitĂ© et de tendresse, au lyrisme mĂ©lancolique et bouleversant. Deux personnages seulement font vivre cette allĂ©gorie de l’amour rĂȘvĂ© et perdu : Zanetto, jeune musicien des rues, croise la route de la belle et riche Silvia, déçue par l’amour. Le jeune homme s’enflamme pour la grande dame, mais elle prĂ©fĂšre le pousser Ă  garder sa libertĂ© plutĂŽt que s’attacher Ă  elle. Et c’est aprĂšs le dĂ©part du garçon, devant les larmes qui coulent de ses yeux, qu’elle comprend qu’elle a aimĂ© enfin, pour la premiĂšre fois.

 

 

Deux raretés à Herblay

 

BĂ©rĂ©nice Collet a choisi de dĂ©placer l’ouvrage dans le milieu de l’opĂ©ra : devant une superbe photographie du Foyer de la danse du Palais Garnier, Silvia devient une cantatrice adulĂ©e, et pourtant bien seule, et Zanetto un jeune machiniste de passage. La transposition fonctionne admirablement, magnifiĂ©e par une direction d’acteur pudique et mesurĂ©e, toute en intĂ©rioritĂ© et en dĂ©licatesse. La mezzo Mariam Sarkissian et la soprano Maria Virginia Savastano vivent chacune leur personnage avec une vĂ©ritĂ© poignante, et leurs voix se marient admirablement, unissant la finesse ambrĂ©e et veloutĂ©e de la premiĂšre Ă  l’éclat rayonnant de la seconde, toutes deux chantant superbement, dĂ©ployant les lignes mĂ©lodiques dans toute leur ampleur.
Reconnaissons qu’aprĂšs pareille dĂ©couverte et autant d’émotions contenues dans quarante minutes de musique, il Ă©tait difficile de faire mieux, sinon aussi bien.
Et ce n’est pas faire injure Ă  Weber que d’admettre que son Abu Hassan, composĂ© dix ans avant Der FreischĂŒtz, en 1811, reste un singspiel Ă  la structure convenue, et dont la musique se situe loin des chef-d’Ɠuvres postĂ©rieurs.
L’intrigue nous narre les dĂ©boires d’Abu Hassan et sa femme Fatime, criblĂ©s de dettes, qui dĂ©cident de jouer les morts pour obtenir de l’argent de la part du Calife et de sa femme, tout en bernant l’infĂąme Omar, crĂ©ancier Ă  leurs trousses.
BĂ©rĂ©nice Collet, jouant sur l’actualitĂ©, fait coĂŻncider l’histoire avec la crise amĂ©ricaine, et l’endettement des mĂ©nages. Pour parfaitement rĂ©alisĂ©e qu’elle soit, cette scĂ©nographie ne peut donner Ă  cette piĂšce l’intĂ©rĂȘt qu’elle n’a pas.
Plaisante pour l’Ɠil, bourrĂ©e de clins d’oeil – le Calife devenant un sosie de l’actuel prĂ©sident amĂ©ricain – permet aux chanteurs de se dĂ©penser sur scĂšne et d’exister dans les dialogues. Vocalement, chacun tient parfaitement sa partie, de l’Abu convainquant de Victor Dahhani, au mĂ©dium solide mais au potentiel audiblement plus aigu, Ă  la Fatime charmante et pĂ©tillante de Claudia Galli, en passant par l’Omar gouailleur et aux graves gĂ©nĂ©reux de Nika Guliashvili.
L’Orchestre-Atelier OstinaO rĂ©serve une belle surprise, faisant admirer des pupitres bien Ă©quilibrĂ©s et une homogĂ©nĂ©itĂ© qu’on ne leur a pas toujours connue, notamment dans Zanetto, musicalement plus intĂ©ressant pour eux, tous guidĂ©s semble-t-il par des musiciens d’un excellent niveau – un solo de violoncelle Ă  la sonoritĂ© admirablement ronde et charnue en donne la preuve –.
A leur tĂȘte, le chef Encina OyĂłn effectue un bon travail, plus Ă  l’aise cependant dans les Ă©panchements de Zanetto que dans la lĂ©gĂšretĂ© morcelĂ©e d’Abu Hassan.
Saluons l’audace du ThĂ©Ăątre d’Herblay, et remercions toute l’équipe d’avoir permis la redĂ©couverte d’un Mascagni rare, qu’on n’oubliera pas de sitĂŽt.

Herblay. Théùtre Roger Barat, 28 mai 2013. Pietro Mascagni : Zanetto. Livret de Giovanni Targioni-Tozzeti et Guido Menasci. Carl Maria von Weber : Abu Hassan. Livret de Franz Hiemer. Avec Zanetto : Mariam Sarkissian ; Silvia : Maria Virginia Savastano ; Abu Hassan : Victor Dahhani ; Fatima : Claudia Galli ; Omar : Nika Guliashvili ; Zobeide : Djelle Saminnadin ; Narrateur : Vincent Byrd Le Sage. Orchestre-atelier OsinatO. Iñaki Encina Oyón, direction musicale ; Mise en scÚne : Bérénice Collet. Scénographie et costumes : Christophe Ouvrard ; Chef de chant : Ernestine Bluteau.