CD critique. VERDI : Ildar Abdrazakov / Orchestre Métropolitain de Montréal, Yannick NEZET-SEGUIN (1 cd DG Deutsche Grammophon)

Verdi ildar abdrazakov cd annonce critique classiquenews verdi orch metropolitain de montreal classiquenewsCD critique. VERDI : Ildar Abdrazakov / Orchestre Métropolitain de Montréal, Yannick NEZET-SEGUIN (1 cd DG Deutsche Grammophon). Voilà le déjà 2Ú cd réalisé par la basse vedette et le chef à qui tout semble réussir, pour Deutsche Grammophon.
ATTILA fait valoir l’élasticitĂ© sombre et noble du ruban mĂ©lodique dont est capable la basse Ildar Abdrazakov : le chanteur colore, Ă©tire, sur le souffle, sans jamais Ă©craser. Dans la priĂšre langoureuse du roi Felipe II, monarque auquel est refusĂ© le bonheur et l’amour : Ella giamma m’amo! (DON CARLOS), il faut un diseur capable de nuancer toutes les couleurs de l’amertume frustrĂ©e, mais lĂ  aussi, dignitĂ© de la personne, dans la noblesse et aussi une certaine tendresse, car cet air contrairement Ă  ce qui prĂ©cĂšde dans l’opĂ©ra, concerne la dĂ©voilement d’un sentiment (voire d’une tragĂ©die) intime : osons dire que la basse malgrĂ© son souci du texte et du caractĂšre de la piĂšce, Ă©crase un peu, lissant le tout dans une couleur monochrome
 Dans NABUCCO I (« Sperate, o figli » de Zaccaria), le soliste plafonne davantage dans un air qui manque de ciselure, déçoit par son gris terne, rond certes mais dĂ©pourvu de relief caverneux, ce qui est d’autant plus dommage car le chƓur et l’orchestre (basson) sont impeccables, riches en vitalitĂ© intĂ©rieure. Dans la cabalette, la voix pourtant intense, manque de brillant ; finit par ĂȘtre couverte par les choristes et les instrumentistes. Et si les vrais vedettes de ce rĂ©cital verdien orchestralement passionnant, Ă©taient les instrumentistes montrĂ©alais et leur chef charismatique ?

Ildar Abdrazakov est-il un verdien affûté ?

Basse moyenne, un rien monochrome.
Par contre l’orchestre


Verdi a soignĂ© les barytons et basses. L’opĂ©ra Boccanegra offre des caractĂšres inoubliables pour tout chanteur acteur : l’air A te l’estremo de Fiesco respire la lassitude de l’homme, tourmentĂ©, dĂ©vorĂ© (au sens strict comme symbolique). LĂ  encore malgrĂ© la puissance (peut-ĂȘtre renforcĂ© par le niveau du micro), le timbre tend Ă  la monochromie, certes sa teinte grise et sombre Ă©clairant le mal qui ronge le hĂ©ros : « A te l’estremo addio » (plage 8 et 9), air d’adieu, de renoncement encore Ăąpre et tendu, lugubre, surtout imploratif et introspectif, la basse russe perd dans l’étendu de la ligne, sa justesse, se dĂ©timbre, manque l’éclat de sidĂ©ration et d’accent fantastique, en cela soutenu, dialoguĂ© avec le choeur, hallucinĂ© ; regrettable manque de couleurs, de nuances, d’autant que l’orchestre lui offre une palette de rĂ©fĂ©rences souvent saisissante, sous la baguette abbadesque du quĂ©bĂ©cois Yannick NĂ©zet SĂ©guin. Le second air de Zaccaria de Nabucco dĂ©voile les limites d’une voix qui tend Ă  rester dans son medium, engorgĂ©e, lissant tout le texte, au vibrato de plus en plus omniprĂ©sent. MĂȘme lassitude et vibrato gras pour son Procida (i Vespri Siciliani). Partition lumineuse et fantastique, Luisa Miller scintille ici par le jeu de l’orchestre, millimĂ©trĂ©, nuancĂ©. HĂ©las, le Walter de Abdrazakov reste d’un terne vibrĂ© qui finit par lasser tant il aplatit tout le texte.
Dommage. La direction de Yannick NĂ©zet-SĂ©guin est, elle, inspirĂ©e, hallucinĂ©e, dĂ©taillĂ©e
 d’une conviction nuancĂ©e Ă©gale Ă  son rĂ©cent Mozart en direction de Baden Baden (Die Zauberföte / La FlĂ»te enchantĂ©e : clic de classiquenews de l’étĂ© 2019). Abdrazakov n’est pas Nicolai Ghiaurov : verdien autrement mieux colorĂ©s et diseurs, mĂȘme avec sa voix ample et caverneuse.

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CD critique. VERDI : Ildar Abdrazakov / Orchestre MĂ©tropolitain de MontrĂ©al, Yannick NEZET-SEGUIN (1 cd DG Deutsche Grammophon) – Parution en France : le 15 aoĂ»t 2019.