COMPTE RENDU, critique. ARTE, le 3 août 2019. MASCAGNI : Cavalleria Rusticana, production du San Carlo de Naples dans les rues de Matera (Juraj Valcuha)

mascagni Pietro Mascagni1COMPTE RENDU, critique. ARTE, le 3 aoĂ»t 2019. MASCAGNI : Cavalleria Rusticana, production du San Carlo de Naples dans les rues de Matera. En dĂ©but de soirĂ©e, au moment de la prĂ©sentation de l’opĂ©ra par les Ă©quipes d’ARTE, soit 3 prĂ©sentateurs (pas moins) en français, italien (langue locale) et allemand, on a commencĂ© par avoir trĂšs peur : problĂšme de son, confusion des textes de chacun qui se tĂ©lescopent, mĂ©li mĂ©lo entre les traductions simultanĂ©s
 ce fut un joyeux chaos, d’autant plus dĂ©routant que les animations populaires, Ă©voquant le combat du bien contre le mal dans les rues de la citĂ© Ă©lue de Matera, – capitale europĂ©enne de la culture 2019, Ă©taient pour le moins mal filmĂ©es et tombaient comme un cheveux dans la soupe
quel rapport avec le sujet de l’opĂ©ra qui suit ? Pas facile de programmer de tels directs lyriques.

 
 

 
 

PĂąques sanglantes Ă  Matera

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‹matera-piazza-san-pietro-caveoso opera arte juillet 2019 critique opera mascagni classiquenewsEnfin la partition commence et le flux naturel du spectacle s’organise : de fait, la bonne surprise attendue se rĂ©alise et les dĂ©cors de la ville utilisĂ©s dĂ©jĂ  par Pasolini pour sa Passion du Christ font miracle, d’autant plus Ă©clairĂ©s de nuit, avec des vues aĂ©riennes que permettent les drones.
Le souffle de l’opĂ©ra vĂ©riste de Pietro Mascagni (1890), chef d’Ɠuvre absolu de la scĂšne italienne a pu se concrĂ©tiser par la force visuelle d’un spectacle d’opĂ©ra en plein air, oĂč solistes et choristes professaient parmi la foule des spectateurs massĂ©s sur une grande place de la citĂ© minĂ©rale (Piazza San Pietro caveoso).
Le vĂ©risme assumĂ© et abouti de Mascagni s’accomplit dans ce drame simple des petites gens, paysans laborieux, filles entiĂšres, charretier bourru mais droit dans ses bottes
 La passion qui anime Santuzza (ardente et tendre Veronica Simeoni, pilier de cette production) Ă©clate au grand jour vis Ă  vis de Mama Lucia ; elle aime toujours Turiddu qui revient au village le dimanche de PĂąques (trop fragile et instable Roberto Aronica, le maillon faible de cette soirĂ©e : voix engorgĂ©e, Ă©mission Ă©trange et peu naturelle, piĂštre prĂ©sence scĂ©nique).

Mais celui ci la délaisse pour une autre, Lola (sulfureuse Leyla Martinucci au soprano velouté et sensuel). Pourtant la belle est mariée
 au travailleur Alfano (impeccable George Gagnidze : solide et bestial)

D’une jalousie l’autre, passant d’une Ăąme dĂ©vastĂ©e Ă  une autre, de Santuzza Ă  Alfio, l’agent du pire se concrĂ©tise (soit l’Ɠuvre de la jalousie) : Santuzza rĂ©vĂšle la liaison de Lola et de Turiddu au mari cocufiĂ© Alfio
 lequel ne tarde pas au couteau Ă  saigner le sĂ©ducteur.

Entre temps de sublimes airs, qui fouillent et Ă©treignent l’ñme tourmentĂ©e des protagonistes (Santuzza s’adressant Ă  Mama Lucia qui est la mĂšre attĂ©rĂ©e de Turiddu / puis Turiddu Ă  sa mĂšre, dans une scĂšne d’adieu dĂ©chirante) hissent la partition au niveau du meilleur Puccini. Il faut dire que la direction du chef Juraj Valcuha ne manque ni de tension, ni de lyrisme ni d’accents expressifs, intelligemment nĂ©gociĂ©s pour cette captation en direct et en plein air : le maestro fait preuve d’une grande cohĂ©rence et d’une solide sensibilitĂ© (superbe intermĂšde orchestral au mi temps du drame). Les instrumentistes du Teatro San Carlo ont relevĂ© le dĂ©fi de la performance avec une rĂ©elle finesse, qualitĂ© moins Ă©vidente de la part du chƓur. Globalement, la ville de Matera ne pouvait trouver meilleure publicitĂ©.

 
  
  
 

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COMPTE RENDU, critique. ARTE, le 3 août 2019. MASCAGNI : Cavalleria Rusticana, production du San Carlo de Naples dans les rues de Matera.

Pietro Mascagni : Cavalleria Rusticana
Opera en un acte – livret de Giovanni Targioni-Tozzetti et Guido Menasci, d’aprĂšs la nouvelle de Giovanni Verga
Création : Roma, Teatro Costanzi, 17 mai 1890

Juraj Valčuha, direction
Orchestra e Coro del Teatro di San Carlo

Santuzza, Veronica Simeoni
Turiddu, Roberto Aronica
Mamma Lucia, Elena Zilio‹Alfio, George Gagnidze‹Lola, Leyla Martinucci 
  
  
 

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LIRE aussi notre présentation de Cavalleria Rusticana à Matera sur ARTE
http://www.classiquenews.com/arte-cavalleria-rusticana-de-mascagni-dans-les-rue-de-matera/

 
  
  
 

ARTE, CAVALLERIA RUSTICANA de MASCAGNI dans les rue de MATERA

arte_logo_2013mascagni-pietro-550ARTE, sam 3 aoĂ»t 2019, MASCAGNI : CAVALLERIA RUSTICANA (1890). Dans les rues du village de MATERA, l’opĂ©ra saisissant et tragique du jeune Mascagni, Cavalleria Rusticana (1890) se dĂ©ploie, dans les airs jaloux de Sentuzza ; Ă  travers l’amour rĂ©chauffĂ© de Turiddu, rabibochĂ© avec Lola. Mais c’est sans compter la haine frustrĂ©e et l’impuissante folie de Sentuzza qui dĂ©nonce l’adultĂšre Ă  l’époux de Lola, le riche Alfio dont le tempĂ©rament sanguin, bestial aura raison du jeune homme. Il a trahi Sentuzza : il doit le payer de sa vie. Mascagni signe un chef d’Ɠuvre lyrique absolu, aussi court et fulgurant que passionnel et ardent. L’orchestration est somptueuse (et compte l’un des intermĂšdes les plus bouleversants de tout l’opĂ©ra italien) ; l’écriture moderne, rĂ©aliste et incandescente : le modĂšle dramatique, efficace et franc de Verdi est assimilĂ©, mais dans cette veine vĂ©riste qui traite dĂ©sormais les gens du petit peuple et les drames de la rue, plutĂŽt que les romans chevaleresques ou les hĂ©ros de la littĂ©rature « noble ». En Sicile, ainsi en ce dimanche de PĂąques, la passion trĂšs profane d’une maĂźtresse dĂ©laissĂ©e et abandonnĂ©e se mue en horreur vengeresse


 

 

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ARTE, sam 3 août 2019, 20h50.  MASCAGNI : CAVALLERIA RUSTICANA (1890). Dans les rues du village de MATERA

 

 

 

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SYNOPSIS
La jalousie dĂ©vorante et criminelle fait les bons drames passionnels en particulier sur la scĂšne lyrique. En Sicile, le dimanche de PĂąques, Santuzza se dĂ©sespĂšre, dĂ©munie et trahie : elle a perdu l’amour de son ancien amant Turiddu qui en aime une autre Lola, l’épouse du charretier Alfio. Santuzza a beau se confier Ă  la propre mĂšre de Turiddu (Mamma Lucia), rien ne peut adoucir le ressentiment et la haine, le dĂ©sir de vengeance et la tentation du meurtre qui envahissent l’esprit de l’amoureuse humiliĂ©e. L’action se dĂ©ploie comme un relief antique : sans dilution, droit au but, Ă©pure, expsoition, embrasement, catastrophe. Mascagni compose sa partition en 1890 (deux annĂ©es avant I Pagliacci de Leoncavallo, autre partition courte et fulgurante avec laquelle Cavalleria est souvent couplĂ©e dans la mĂȘme soirĂ©e) : c’est le manifeste de toute une esthĂ©tique Ă  l’opĂ©ra. Franche, immĂ©diate, rĂ©aliste : l’opĂ©ra vĂ©riste ou naturaliste est nĂ© sous sa plume car le drame est court, concis, resserrĂ©, d’une irrĂ©pressible activitĂ© et sur une durĂ©e trĂšs limitĂ©e (ici 1h10mn selon les versions). A la fin du siĂšcle oĂč se rĂ©pand le poison du wagnĂ©risme, l’Italie post verdienne a trouvĂ© la forme lyrique capable de proposer une alternance Ă  l’opĂ©ra allemand et français. Production 2019 du San Carlo de Naples / Juraj Valcuha, direction.

 

 

PÂQUES SANGLANTES

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GENESE et ENJEUX d’une partition Ă©blouissante
L’ouvrage est une commande de l’éditeur Sonzogno, soucieux d’organiser un concours musical pour repĂ©rer de nouveaux talents. Pietro Mascagni (1863-1945) remporte haut la main la compĂ©tition: il n’a que 27 ans. Cavalleria Rusticana est crĂ©Ă© au Teatro Costanzi de Rome le 17 mai 1890. La violence des passions, le huit clos s’intĂ©ressant aux petites gens de la campagne sicilienne, surtout les pages orchestrales qui rĂ©tablissent le drame dans le souffle des Ă©lĂ©ments, au sein d’une nature Ă  la fois flamboyante mais indiffĂ©rente, renforcent l’impact tragique et poĂ©tique de l’ouvrage sur les spectateurs. Cavalleria rusticana est un immense succĂšs dĂšs sa crĂ©ation et depuis lors jamais dĂ©menti.

Personnages
Santuzza, une jeune paysanne (soprano)
Turiddu, un jeune paysan (ténor)
Mamma Lucia, la mĂšre de Turiddu (contralto)
Alfio, un charretier (baryton)
Lola, la femme d’Alfio (mezzosoprano)
Villageoises et villageois (chƓurs)

Argument
DĂšs le dĂ©but, Mascagni joue le contraste : l’ouverture dĂ©veloppe le dĂ©sespoir de Santuzza auquel succĂšde la sĂ©rĂ©nade de Turiddu Ă  Lola, sa nouvelle maĂźtresse; alors que le village entier rentre dans l’église en ce jour de PĂąques, Santuzza interroge Lucia, vendeuse de vins, afin de savoir oĂč se trouve son fils, Turiddu.
Survient Alfio le charretier qui dĂ©sire boire du vin
 mais Turiddu qu’il a pourtant aperçu prĂšs de chez lui, est parti en chercher pour sa mĂšre Lucia.
AprĂšs qu’elle confesse Ă  Lucia, son amour malheureux avec Turiddu, Santuzza se querelle avec ce dernier devant l’église. Le jeune homme la maltraite et Santuzza le maudit. Alfio sort alors de l’église et pour se venger, Santuzza lui apprend la liaison de sa femme Lola avec Turiddu : Alfio furieux et accablĂ© quitte la place du village, Santuzza prise de remords part Ă  sa suite.
Mascagni place alors un sublime intermezzo qui exprime et le souffle de la campagne, la violence du drame, et l’annonce de la catastrophe à venir

De fait, sur la place, Turiddu propose un verre à Alfio mais celui ci refuse tout net, provoquant le jeune homme en duel au couteau. Les deux hommes se battent et Turiddu y laisse la vie : sur la place, sa mort est annoncée. Mamma Lucia et Santuzza pleurent leur désespoir.

 

 

 

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