Jommelli : Don Trastullo Ă  Innsbruck

innsbruck-2015-vignette-DEPECHE-2015Festival d’Innsbruck 2015. Don Trastullo de Jommelli, Ă©vĂ©nement lyrique, les 19 et 20 aoĂ»t 2015.  Suite des Napolitains Ă  Innsbruck… Alessandro De Marchi nous a dĂ©ja rĂ©galĂ© ce 16 aoĂ»t avec Il Germanico de Porpora, seria enchanteur par la diversitĂ© des situations mĂ©lodiques et dramatiques, oĂą percent outre les tempĂ©rament des deux guerriers affrontĂ©s, Arminio (le germain) et Germanico (le romain), le profil des deux soeurs germaines, Ersinda et Rosmonda, toutes deux filles de SĂ©geste et opposĂ©es par la rivalitĂ© des deux clans. Après la veine historico-sentimentale, voici dans la citĂ© autrichienne, le bouffon napolitain, intermezzo de pure facĂ©tie, signĂ©e d’un maĂ®tre postĂ©rieur Ă  Porpora, Jommelli dont on connaĂ®t plus familièrement les opĂ©ras tragiques. Don Trastullo crĂ©Ă© au Teatro della Valle, pour le Carnaval Ă  Rome en 1749,  se distingue par sa cocasserie, une intelligence rare des situations comiques qui en font un joyau du genre buffa. Trois personnages s’affrontent (Don Trastullo, Giambarone et la mordante et piquante Arsenia), se mesurent en une joute oĂą se joue la suprĂ©matie des genres et des sexes, comme des âges. Et comme souvent dans la tradition napolitaine, Ă©galement illustrĂ©e par Pergolesi et sa Serva Padrona (1733), la femme est maĂ®tresse, d’une finesse espiègle dont Mozart se souviendra encore dans le personnage de Despina pour son Cosi fan tutte. Ici Arsenia parviendra coĂ»te que coĂ»te Ă  Ă©pouser son aimĂ© (Giambarone/Totaro) et l’Ă©pousera après avoir extorquĂ© Ă  Trastullo, près de 100 doublons.

de-marchi-alessandro-innsbruck-maestro-academia-montis-realisLa partition devait imposer Jommelli Ă  Paris contre Rameau et l’inscrire d’emblĂ©e comme le maĂ®tre de la scène comique aux cĂ´tĂ©s de Hasse et de Pergolèse.  En deux parties, l’intermède suit la construction symĂ©trique en vogue : pour chaque partie, les 3 personnages ont chacun un air d’exposition, de situation, de rĂ©solution. Le mince argument est centrĂ© autour de la situation typique de la commedia dell’arte prĂ©sentant un Ă©lĂ©gant riche et stupide (Don Trastullo) que berne et dĂ©pouille de son argent une fille astucieuse (Arsenia) pour se marier avec son fiancĂ©. ComposĂ©e l’annĂ©e oĂą Jommelli est nommĂ© maestro coadiutore Ă  la chapelle papale, Don Trastullo tĂ©moigne de la versatilitĂ© poĂ©tique d’un maĂ®tre du drame lyrique, qu’il soit seria ou bouffa. Comme toujours, la scène comique parodie la style noble et solennel voire hĂ©roĂŻque : ainsi la cantate de l’Acte I destinĂ©e Ă  Don Trastullo, et aussi les airs caricaturaux du benĂŞt fortunĂ©, satire du style aristocratique nourrissent un ouvrage qui n’est pas que pur divertissement : il s’agit aussi pour Jommelli, d’interroger les limites du genre, la porositĂ© entre les deux veines poĂ©tique (seria/buffa), qui alors, depuis la rĂ©forme de Zeno, sont parfaitement sĂ©parĂ©es (alors qu’ils Ă©taient mĂŞlĂ©s et avec quel Ă©clat trouble dans l’opĂ©ra vĂ©nitien du siècle prĂ©cĂ©dent).
Parodique, satirique, comique, Don Trastullo exige des interprètes fins et subtils, en particulier dans les rĂ©citatifs, piliers du drame (dont une sĂ©quence d’improvisation littĂ©raire par Trastullo qui demeure exemplaire et irrĂ©sistible.

Jommelli_portrait_250LIRE aussi notre grand dossier Niccolo Jommelli (1714-1774). Portrait et carrière de l’auteur de Didone abbandonata, Armida abbandonata, citĂ© par Balzac dans sa nouvelle musicale Sarasine. Discographie sĂ©lective par Alexandre Pham
Il existe un excellent enregistrement de Don Trastullo de Jommelli par Antonio Florio (édité dès 2000, Opus 111).