CD. Rabaud: Symphonie n°2, La Procession nocturne… Nicolas Couton, direction (1 cd Timpani)

CD. Nicolas Couton dévoile le symphonisme de Rabaud (Timpani)
Rabaud: Symphonie n°2, La Procession nocturne
Nicolas Couton, direction (1 cd Timpani)

Franckisme et wagnérisme

rabaud_symphonie_n_2_symphonie_2_procession_nocturne_timpani_cd_nicolas_coutonHenri Rabaud, fils d’une famille très musicienne, embrasse la carrière musicale avec tempĂ©rament et personnalitĂ©, comme en tĂ©moigne le flamboiement et l’ambition de sa Symphonie n°2 (ici lĂ©gitimement dĂ©voilĂ©e en première mondiale!). On regrette trop souvent le manque de dĂ©frichement et de curiositĂ© des labels moteurs; preuve est Ă  nouveau faite que l’initiative (et la justesse de vue) vient des petits Ă©diteurs, passionnĂ©ment investis pour la redĂ©couverte de la musique française. Rabaud bien oubliĂ© aujourd’hui fut pourtant un compositeur acadĂ©mique particulièrement cĂ©lĂ©brĂ© de son vivant (il devient membre de l’Institut en 1918). Celui qui nĂ© en 1873, obtient le Premier Prix de Rome en 1894 avec la cantate DaphnĂ©, se montre a contrario des romantiques sauvages et remontĂ©s tels Berlioz ou Debussy, plutĂ´t inspirĂ© par le motif romain et sa Symphonie n°2 porte avec Ă©loquence un lyrisme orchestral très marquĂ© par ce sĂ©jour ultramontain. Le futur chef Ă  l’OpĂ©ra de Paris entre 1908 et 1914, y rĂ©vèle une saine sensibilitĂ© propre Ă  embrasser le massif symphonique non sans noblesse, grandeur, souvent fièvre ardente et communicative, dans des formats parfois impressionnants.ComposĂ©e entre 1896 et 1897, livrĂ©e comme ” envoi de Rome “, puis crĂ©Ă©e Ă  Paris aux Concert Colonne en novembre 1899, la Symphonie n°2 opus 5 indique clairement la pleine maturitĂ© du jeune maĂ®tre capable d’une rĂ©elle hauteur de vue, maĂ®trisant l’Ă©criture et les dialogues entre pupitres dans une Ă©chelle souvent monumentale, comme dans l’essor d’une inspiration Ă©quilibrĂ©e, solaire, lumineuse (somptueusement apaisĂ©e: second mouvement), ou Ă  la façon d’un scherzo d’une vitalitĂ© chorĂ©graphique (allegro vivave ou 3è mouvement).
Dès le dĂ©but, le double appel des fanfares qui convoque immĂ©diatement le colossal (brucknĂ©rien) et aussi l’amertume orchestrale wagnĂ©rienne, indique un sillon ouvert par les Lalo, Saint-SaĂ«ns, surtout CĂ©sar Franck: le chef rĂ©ussit indiscutablement cette immersion immĂ©diate sans dĂ©veloppement prĂ©paratoire, en un flux tragique et solennel… oĂą l’Ă©criture joue surtout sur les cordes et les cuivres. Force et muscle des cuivres jusqu’Ă  la fin disent en particulier un sentiment de tragique insurmontĂ©. Nous sommes au coeur de la mĂŞlĂ©e: l’expression d’une catastrophe non encore Ă©lucideĂ© ou rĂ©solue.
Puis c’est l’ardente prière (cor et harpe) d’un instant oĂą l’Ă©nergie première est subtilement canalisĂ©e (2ème mouvement Andante).
Dans le 3è mouvement, plus dansant, la dĂ©tente, Ă  la façon d’un scherzo pastoral parfois un peu illustratif dĂ©pouillĂ© de toutes scories intĂ©rieures, introspectives, dĂ©nuĂ© de poison wagnĂ©rien, chef et orchestre savent mesurer leurs effets.

Révélation symphonique

Rien n’est comparable aux dĂ©ferlements suivants qui citent et Franck et surtout Saint-SaĂ«ns… Sans appui ni Ă©paisseur, le chef souligne avec Ă©clat tumulte et orage, ce bain de symphonisme Ă©clectique, voire oriental… poison et aspiration d’un vortex cataclysmique aux relens irrĂ©sistibles et immaĂ®trisĂ©s. La direction reste Ă  l’Ă©coute des nombreux plans sonores, des multiples climats expressifs d’un mouvement particulièrement dĂ©veloppĂ© (comme s’il s’agissait d’un poème symphonique souverainement assumĂ©, de près de 14 mn): opulence et suavitĂ© symphonique… clartĂ© polyphonique des cuivres… inquiĂ©tude et Ă©trangetĂ©… dans un final Ă  la fois plein de mystère, de forces menaçantes et d’espoir Ă  peine filigranĂ©, le chef indique non sans nuances, ce tissu sonore, particulièrement riche et allusif finalement tournĂ© vers la lumière.
En en exprimant la saveur personnelle, toujours sincère, Nicolas Couton rĂ©ussit un tour de force magistral, dĂ©livrant le parfum singulier d’un franckisme hautement assimilĂ© et nettement original, oĂą aux cĂ´tĂ©s d’un wagnĂ©risme italianisĂ©, perce aussi l’Ă©cole franche et charpentĂ©e de Massenet, le maĂ®tre de Rabaud.Autour du ton axial de la bĂ©mol majeur, la Procession nocturne d’après le Faust de Lenau (composĂ©e Ă  l’Ă©tĂ© 1898), est jalonnĂ©e d’autres marqueurs stylistiques qui citent plus manifestement encore la source wagnĂ©rienne: lueurs tragiques, poisons wagnĂ©riens, immersion dans un bain de vapeurs sombres et lugubres, c’est une traversĂ©e parsemĂ©e d’Ă©clairs rauques et amers, sans issue, d’une voluptĂ© quasi hypnotique. Rabaud se montre lĂ  encore d’une Ă©loquence allusive exemplaire et d’une efficacitĂ© dramatique rĂ©ellement captivante : errance de Faust dans une nuit sombre oĂą perce comme un apaisement imprĂ©vu, le spectacle de religieux en procession, indiquant comme une clartĂ© salvatrice dans un ocĂ©an de tĂ©nèbres… ici le maudit peut percevoir un rayon inespĂ©rĂ©.LĂ  encore le geste du chef Nicolas Couton se montre d’une irrĂ©sistible richesse poĂ©tique: dans son dĂ©nouement, la marche vers la lumière, pleine d’espĂ©rance et de ferveur reconquise, captive. Tandis que le sentiment profond d’accomplissement et d’irrĂ©versible, d’inĂ©luctable voire d’irrĂ©parable… dĂ©voile une connaissance intime de la partition.Belle complicitĂ© enfin entre le chef et les instrumentistes du Philharmonique de Sofia: l’Eglogue (composĂ©e Ă  Rome vers 1894 et crĂ©Ă©e en 1898) fait souffler un vent printanier oĂą s’accomplit la magie des cordes avec le hautbois aĂ©rien, d’une angĂ©lique inspiration. Rien Ă  reprocher ni Ă  discuter au geste d’une rare subtilitĂ© de ton, sachant laisser s’Ă©panouir la caresse voluptueuse des instrumentistes solo (cor magnifique entre autres). De sorte que comme l’envisage la notice, il flotte dans cette Ă©glogue essentiellement classique, des rĂ©miniscences du PrĂ©lude Ă  l’Après midi d’un faune de Debussy: mĂŞme aspiration Ă  une harmonie rĂŞvĂ©e et miraculeuse avec la nature, mĂŞme enchantement d’un orchestre Ă©blouissant par ses teintes mordorĂ©es et glissantes.
Autant de signes passionnants d’un crĂ©ateur opportunĂ©ment dĂ©voilĂ©, orchestrateur impĂ©tueux et ciselĂ© dans la veine debussyste, Ă  redĂ©couvrir dont l’opĂ©ra Mârouf savetier du Caire crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 1914 reste le plus beau succès lyrique au dĂ©but du XXè et avant la grande guerre. La musique de Rabaud ne pouvait obtenir meilleur hommage, compter ambassadeurs plus inspirĂ©s.
Henri Rabaud (1873-1949): Symphonie n°2, La Procession nocturne, Eglogue. Orchestre Philharmonique de Sofia. Nicolas Couton, direction. 1 cd Timpani. Référence 1C1197. Enregistré à Sofia (Bulgarie), en mai 2012.

Timpani: les 20 ans. Reportage vidéoParis, Schola Cantorum

Paris, Schola Cantorum
Timpani
Les 20 ans

Sonate de Vincent D’Indy
Alexis Galpérine, violon. François Kerdoncuff, piano
 


Les 20 ans de Timpani

 


Pour ses 20 ans, le label Timpani retrouve deux artistes qui ont participĂ© dès ses dĂ©buts, Ă  l’essor de son catalogue, majoritairement dĂ©diĂ© Ă  la musique française. Le violoniste Alexis GalpĂ©rine et le pianiste François Kerdoncuff interprètent un extrait de la Sonate pour violon et piano en ut majeur de Vincent D’Indy, dans la salle oĂą l’oeuvre fut crĂ©Ă©e en 1905, Ă  la Schola Cantorum Ă  Paris, en prĂ©sence de StĂ©phane Topakian, fondateur du label Timpani. (mai 2010). Reportage vidĂ©o exclusifRetrouvez tout le catalogue du label Timpani sur www.timpani records.com