COMPTE-RENDU, concert. LILLE, Nouveau Siècle, le 28 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n°5. Orchestre national de Lille. Alexandre Bloch, direction.

COMPTE-RENDU, concert. LILLE, Nouveau Siècle, le 28 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n°5. Orchestre national de Lille. Alexandre Bloch, direction. Le nouveau concert Mahler à l’Auditorium du Nouveau Siècle est un jalon passionnant à suivre, confirmant l’évidente affinité du chef avec l’écriture mahlérienne, comme l’éloquence collective des instrumentistes du National de Lille, en particulier après plus d’une heure de jeu… comme libérés, naturels, dans le dernier et 5è tableau : le Rondo-Finale / Allegro, marqué par l’urgence et une joie rayonnante, indéfectible. Un bel engagement qui a dû certainement ravir la petite fille du compositeur, présente ce soir : Marina Mahler. Outre son sens de la spatialité, son imagination sans limites, c’est aussi la très riche palette de timbres, la recherche constante de texture et de caractère qui fondent la modernité de Mahler au XXIè. Tout s’entend admirablement dans l’Auditorium du Nouveau Siècle sous la baguette du chef, directeur musical de l’Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch.

 

 

 

L’ONL et Alexandre Bloch jouent la 5è de Gustav Mahler…

1001 nuances de la passion mahlérienne

 

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Le premier mouvement (mesuré, sévère, funèbre) est grave ; initié par la trompette brillante, sublime appel initial, qui introduit la riche texture de la fanfare pour qu’émerge le chant à la fois tendre et douloureux des cordes ; on apprécie immédiatement l’articulation intérieure de ces dernières dont le chef cisèle et ralentit, explicite et illumine les arrières plans entre blessure rentrée et sentiment tragique. Peu à peu se précise la plainte amère et retenue d’une éternelle souffrance (assise des 8 contrebasses comme un mur de soutien, alignés au fond de la scène).
La souplesse, le sens du détail des timbres (clarinette, flûtes, cors et bassons), l’équilibre cordes, cuivres… tout est détaché, fusionné, souligné avec un sens de la mesure ; et de la morsure aussi. La marche funèbre (Trauermarsch) qui se déploie progressivement, surgit alors avec une finesse irrésistible.
A la fois gardien de la transparence et du détail, le chef veille aussi au relief des contrastes saisissants qui agitent en un mouvement panique tous les pupitres (dans les deux trios) ; l’activité est précise, et toujours, l’architecture de ce premier mouvement, parfaitement exposée ; la direction, d’une clarté constante, avec une direction nettement explicitée : de l’ombre tenace voire lugubre … à la lumière finale.
Chaque reprise se colore d’une intention renouvelée, offrant des teintes ténues entre mélancolie, adieu, renoncement, espérance. Ce premier mouvement est davantage qu’une marche : c’est une mosaïque de sensations et de nuances peints à la manière d’un tableau tragique. Ce travail sur l’articulation, la transparence de chaque phrase, intense et spécifique dans sa parure instrumentale nous paraissent les piliers d’une approche très articulée et fine, comme modelée de l’intérieur. Voilà qui instille à l’ensemble de cette arche primordiale, son épaisseur inquiète, un voile hypersensible qui capte chaque frémissement pulsionnel, et semble s’élever peu à peu jusqu’à l’ultime question que pose la flûte finale, véritable agent de l’ombre et du mystère (après la trompette presque moqueuse et provocatrice) : son chant retentit comme une énigme non élucidée. De sorte que de ce premier mouvement tout en ressentiment, Alexandre Bloch élucide l’écheveau des forces antagonistes : tout y est exposé en un équilibre sombre, irrésolu. Tout y est clair et des plus troubles. Equation double. L’intonation est parfaite.

Le second mouvement apporte les mêmes bénéfices, mais en une activité versatile proche d’un chaos aussi vif qu’intranquille. Morsures, agitation éperdue, perte de l’équilibre sourd du premier mouvement, on distingue la superbe phrase (par son onctuosité langoureuse) des bois et piz des cordes : se précise sous la prière des cordes (violoncelles) un ardent désir qui supporte tout l’édifice. L’élan se fait quête. Le chant wagnérien des violoncelles indique dans le murmure cette brûlure et cette question qui taraude tout l’orchestre (cuivres enflammés, crépitants), et dans l’interrogation posée par le compositeur, Alexandre Bloch trouve la juste réalisation : celle d’une insatisfaction d’une indicible volupté (cor anglais) à laquelle il oppose le souvenir de marches militaires qui précipite le flux orchestral en spasmes parfois jusqu’à l’écœurement. L’attention aux détails et aux couleurs, – là encore, teintes et demi teintes, le nuancier du génie Mahlérien est ici infini ; il s’affirme et se déploie sous la direction (sans baguette) du chef, très articulé, faisant surgir des éclairs et des textures – accents et climats (amertume des hautbois et clarinettes aux postures félines, animales) d’une ivresse… irrésistible. Jusqu’à l’explosion conçue comme un choral (percus et cuivres en ré majeur), lente et irrépressible élévation, aspiration verticale qui annonce une victoire finale (l’orchestration est celle de Strauss ou du Wagner de Tannhäuser et des Maîtres Chanteurs). Et là encore, la fin filigranée, dans le mystère : piz des cordes et notes aiguës de la harpe saisissent l’esprit, par leur justesse fugace. Tout est dit, rien n’est résolu.

MAHLER-gustav-symphonie-5-orchestre-national-de-lille-Alexandre-Bloch-annonce-concert-classiquenews-critique-concertMorceau de bravoure et plus long morceau du cycle, le Scherzo (ainsi que l’écrit Mahler), recycle valse et laendler. D’une insouciance osons dire « straussienne », le solo de cor (superbe soliste) ouvre le 3è mouvement; plein d’angélisme et de candeur en couleurs franches (duo de clarinettes), sur un ton détendu, élégiaque, ce chant de la nature enchante, enivre et contraste avec la couleur lugubre, saisissante des deux premiers mouvements. Pourtant Alexandre Bloch en exprime aussi le sentiment d’inquiétude qui s’immisce peu à peu et finit par déconstruire la franchise de la construction mélodique (alarme des cors)… vers l’inquiétude énigmatique qui rôde (superbe solo de cor, pavillon bouché), avant les piz des cordes tel une guitare amoureuse mais parodique : Mahler se moquerait-il de lui-même ? « vieux corps malade », pourrait-on dire,… pourtant aimant comme un ado, la belle Alma (récemment rencontrée et dont la 5è symphonie témoigne de la forte séduction dans le cœur du compositeur) ; c’est comme les Romantiques, Beethoven et Berlioz, la belle bien aimée vers laquelle s’adressent toutes ses espérances. D’où l’inclusion de la valse à peine énoncée et déjà éperdue, inquiète… c’est un rêve érotique, un étreinte évoquée juste développée… Mahler aimant manquerait-il de certitude, en proie aux vertiges du doute ?
La palette des sentiments du héros, (versatile, changeante) est un vrai défi pour l’orchestre ; dans une succession d’humeurs et d’émois contradictoires, en apparence décousus, le chef garde le fil, tel un questionnement aux enjeux profonds et intimes, aux énoncés polyvalents et constants.

Enfin c’est le grand bain d’oubli et de langueur suspendue pour cordes seules : l’Adagietto. Le 4è mouvement adoucit, résoud tout; instant de grâce et plénitude aériennes, d’un climat de volupté extatique et là aussi murmurée installé par cordes et harpe. C’est un rêve d’amour et de sensualité d’une intensité unique dans l’histoire symphonique dont Alexandre Bloch se délecte à gravir chaque échelon vers les cimes, jusqu’à la dernière phrase, suspendue. Étirée en une ample et ultime respiration, à la fois râle et renaissance. S’y déploie la mélancolie presque amère des violoncelles, surtout l’ivresse béate des hauteurs dans le chant des violons. Mahler semble y tresser des guirlandes de fleurs épanouies à l’adresse de sa promise, parfums enivrants et aussi capiteux… car l’élan passionnel n’est pas dispensé d’une certaine gravité. Cette ambivalence de ton est parfaitement assimilée par le chef, tout en retenue et… tension, désir et inquiétude.

Le dernier mouvement (5è), enchaîné immédiatement, semble déchirer le voile du rêve qui a précédé : en ce sens, l’appel du cor exprime l’éveil des amoureux, – le retour à la réalité après l’extase, là encore dans une orchestration wagnérienne (Siegfried). La direction du chef se distingue par son opulence, le caractère d’émerveillement de la musique : avant le contrepoint idéalement éclairci, articulé ; l’orchestre réalise ce dernier épisode comme une série de proclamations positives, lumineuses, sans aucune ombre et qui s’expriment à Lille, comme une irrépressible soif d’harmonie et d’équilibre, après tant de contrariétés et d’obstacles (Scherzo).

Le naturel, l’éloquence des instrumentistes dans ce dernier épisode, profitant du flux précédemment « rôdé », et qui semble couler telle une source enfin régénératrice, s’avèrent superlatifs. Mahler maîtrise les rebonds et le temps de la résolution selon le jeu des oppositions et des tensions qui ont précédé ; c’est un architecte et un dramaturge, mais aussi un formidable réalisateur à la pensée cinématographique ; après une telle direction claire, nuancée, unitaire, on reste frappé plus d’un siècle après sa conception, par le génie mahlérien. L’ultime mouvement dans la fusion chef / instrumentistes, réalise toutes nos espérances. On y détecte dans cette proclamation fuguée du triomphe, une part d’ironie critique, une saveur parodique qui sous-entend malgré tout la distance de Mahler avec son sujet. Sous la baguette mesurée d’Alexandre Bloch, ce Finale en demi-teintes, gagne une grande richesse allusive.

Palmes spéciales au 1er cor et au 1er trombone, eux aussi tout en engagement constant, en finesse réjouissante : après 1h20 de plénitude et de contrastes orchestraux, l’expérience pour les spectateurs et auditeurs à Lille demeure captivante : exalté, revigoré, l’esprit ainsi impliqué voire éprouvé mettra du temps pour redescendre. Voilà qui laisse augurer le meilleur pour les prochaines sessions du cycle Mahler par l’Orchestre National de Lille en 2019 (au total les 9 symphonies seront jouées d’ici fin 2019). Sous l’œil attentif et le soin du chef Alexandre Bloch, chaque ouvrage semble gagner comparé à la session précédente, nuances, finesse, clarté dans l’ambivalence.

Ne manquez pas le prochain rv Mahlérien à Lille, Symphonie n°6 « Tragique », les 1er et 2 octobre 2019. Événement incontournable.

Réservez votre place pour la 6è Symphonie
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/lodyssee-mahlerienne-continue/

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. LILLE, Nouveau Siècle, le 28 juillet 2019. MAHLER : Symphonie n°5. Orchestre national de Lille. Alexandre Bloch, direction.

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VOIR la 5ème Symphonie de Mahler par l’ONL / Alexandre Bloch :

A revoir et à ressentir sur la chaîne YOUTUBE de l’ONL :
https://www.youtube.com/watch?v=RqzHjU5PBpI

INDEX / traclisting Symphonie n°5 de Gustav Mahler
par l’Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch :
I. Im gemessenen Schritt / D’un pas mesuré (procession funèbre)
Stürmisch bewegt / Orageux… à 37mn42
Scherzo à 52mn09
Adagietto à 1h10mn
Rondo-Finale. Allegro à 1h22mn

 

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LILLE, ONL : 5ème de MAHLER au Nouveau Siècle


BLOCH-alexandre-portrait-2019-chef-orchestre-national-de-lille-annonce-concert-opera-classiquenewsMAHLER à LILLE (28 juin) : La 5è par Alexandre Bloch / ONL. Prochain volet attendu du cycle Mahler par l’ONL
– Orchestre National de Lille et son directeur musical, Alexandre Bloch. Avant la pause estivale, l’Auditorium du Nouveau Siècle à Lille affiche la suite de l’odyssée malhérienne par les instrumentistes lillois et leur chef Alexandre Bloch. Ce vendredi 28 juin 2019, place à la Symphonie n°5 de Gustav Mahler, l’une des plus personnelles, liées à sa rencontre puis son mariage avec la lumineuse Alma. C’est la première symphonie du noyau central de son œuvre (5è, 6è, 7è), celui des symphonies les plus intimes et personnelles du compositeur (les plus bavardes diront les critiques, étrangers à son écriture d’une rare sensualité). De fait, pas de voix ni de chœur comme ce fut le cas des symphonies précédentes (à part la 1ère Titan) : rien que le chant enivré, âpre, exacerbé ou langoureux des seuls instruments…

MAHLER-gustav-symphonie-5-orchestre-national-de-lille-Alexandre-Bloch-annonce-concert-classiquenews-critique-concertLa Symphonie n°5, se présent telle la clef de voûte de la création mahlérienne. Amorcée par une marche funèbre frénétique, c’est l’une des musiques les plus sombres du compositeur autrichien qui a échappé miraculeusement à une hémorragie intestinale (février 1901). Le Scherzo cependant affirme des forces nouvelles, évident combat qu’exalte ensuite le glorieux choral du Rondo-finale. Il semble que Mahler en a ciselé chaque note, trouvant l’accent juste : dans cette prise de conscience vivifiée, éblouit la caresse amoureuse de l’Adagietto pour cordes seules, véritable confession et déclaration dédiées à sa nouvelle épouse, Alma…

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Lille, Nouveau Siècle
Vendredi 28 juin 2019, 20h
MAHLER : Symphonie n°5

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/symphonie-n-5/

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
DIRECTION :  ALEXANDRE BLOCH / 
CHEF ASSISTANT : JONAS EHRLER

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Les plus de votre soirée à Lille :

18h45 : Rencontre mahlérienne insolite avec Marina Mahler, petite-fille de Gustav Mahler, fondatrice de la Mahler Foundation   (entrée libre, muni d’un billet du concert)

à l’issue du concert : Bord de scène avec Alexandre Bloch
(entrée libre, muni d’un billet du concert)

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LIRE aussi nos comptes rendus critiques des Symphonies précédentes par l’Orchestre National de Lille, sous la direction d’Alexandre BLOCH : Symphonie n°1 Titan, Symphonie n°2 Résurrection, Symphonie n°3, Symphonie n°4

VOIR... La Symphonie n°5 de Gustav Mahler est diffusée en direct sur la chaîne YOUTUBE de l’ONL Orchestre National de Lille, vendredi 28 juin 2019

LILLE, ONL : 4è et 5è symphonies de Mahler

MAHLER-symphonie-3-Alexandre-BLOCH-lille-critique-concert-critique-opera-classiquenews-le-chef-face-aux-violoncellesLILLE, ONL. MAHLER : 4è, 5è Symphonies, 8, 28 juin 2019. Poursuite de l’odyssée Mahlérienne par l’ONL Orchestre National de Lille et son chef et directeur musical, Alexandre Bloch. Le auditeurs dans la vaste salle de l’Auditorium du Nouveau Siècle peuvent à nouveau mesurer l’écriture révolutionnaire de Gustav Mahler dans le domaine orchestral : un travail spécifique sur les couleurs, l’architecture et la spatialisation, sans omettre le sens et la direction de l’édifice construit, aussi essentiel que l’œuvre de son confrère (admirateur) Richard Strauss, ou que celles en France, des visionnaires au début du XXè, Ravel et Debussy. Mahler propose une arche symphonique régénérée, singulière et décisive. Un défi pour les musiciens de l’ONL Orchestre national de Lille.
Les 8 (4ème Symphonie) puis 28 juin (5è), se concrétise à nouveau l’imaginaire mahlérien à l’aune d’une existence toute entière marquée par la composition, l’activité comme directeur et chef de l’Opéra de Vienne, et l’amour, incarné enfin par la belle Alma Schindzler…

 

 

 

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LILLE, Auditorium du Nouveau Siècle

 

 

 

SAMEDI 8 JUIN 2019, 18h30
GUSTAV MAHLER : Symphonie n°4

SOPRANO: ELIZABETH WATTS
couplée avec RACHMANINOV :
Rhapsodie sur un thème de Paganini
(Alexander Gavrylyuk, piano)
 

RESERVEZ VOTRE PLACE :
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/symphonie-n-4/

 

VENDREDI 28 JUIN 2019 2019, 20h
GUSTAV MAHLER : Symphonie n°5
Programme présenté aussi le 24 juin (Dunkerque, le Bateau feu),
le 25 juin Basilique Saint-Denis, 20h,
le 27 juin, Compiègne (Festival des Forêts)
RESERVEZ VOTRE PLACE :
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/symphonie-n-5/

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
Alexandre Bloch, direction
Jonas Ehrler, chef assistant

 

 

 

Le 28 juin, à 18h45 : Rencontre mahlérienne insolite avec Marina Mahler,
petite-fille de Gustav Mahler, fondatrice de la Malher Foundation  ;
puis à l’issue du concert, bord de scène avec Alexandre Bloch
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/symphonie-n-5/
(pour les spectateurs muni d’un billet du concert)

 
 
 

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Alexandre Bloch, directeur musical de l’ONL – Orchestre National de Lille (© Ugo Ponte)

 
 

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4ème et 5ème Symphonies de Gustav MAHLER :
Clés de compréhension

 

 

 

4ème SYMPHONIE : la vie céleste
Suite de l'odyssée MAHLER par l'Orchestre National de LilleC’est à Maiernigg, dans sa cabane retraite (le Häuschen) que le compositeur contemple la sainte et miraculeuse Nature, son essence inspirante, dyonisiaque ; il peut y réaliser de longues marches dans les Dolomites, excursion à valeur thérapeutiques et profondément bienfaitrices. Mahler achève la 4è symphonie à l’été 1900 (et l’orchestration à l’hiver 1900). Il n’a pas encore rencontré à Vienne, la belle Alma, qui sera la dédicataire secrète de la 5è Symphonie, ample poème de l’amour et de ses noces inespérées avec celle que tous les artistes adorent voire plus, Zemlinsky, Klimt…

La 4è prolonge l’extase de la 3è dont elle reprend certains motifs (alors entonnés par le choeur d’enfants et la soliste alto). Dans le climat pastoral et très apaisé de la 4è, Mahler écarte le chœur, et préfère la soprano qui entonne le lied final, conclusion vocale de sa nouvelle symphonique.
A Vienne, la création de cette 4è (12 janvier 1902) est un fiasco, sujet de mordantes critiques des pseudo-spécialistes : vulgarité, bavardage, confusion… sont les reproches adressés à Mahler. L’accueil du public américain sera tout différent et suscite la défense des œuvres mahlériennes très tôt aux USA. Le compositeur y renouvelle encore les limites et la forme symphonique, réalisant une osmose rare entre lied et orchestre dans la quatrième et dernier section pour soprano et orchestre (« la vie céleste », extrait du cor enchanté de l’enfant : révélation de la vie au Paradis, loin de l’existence terrestre) : un temps suspendu, d’extase et d’accomplissement à relier avec sa rencontre inespérée avec celle qui devient sa femme Alma (leur mariage a lieu le 9 mars 1902, et leur lune de miel… en Russie).

 

 

 

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5ème SYMPHONIE… tout l’amour d’Alma
MAHLER-gustav-et-alma-symphonie-classiquenews-Gustav-MahlerL’époux comblé exprime son bien-être nouveau dans la 5è : nouveau poème purement instrumental cette fois (comme les 6è, puis 7è : les plus autobiographiques de son catalogue). Alors que Gustav Mahler est une figure reconnue comme chef et le brillant mais impétueux dircteur de l’Opéra de Vienne – ce qui n’est pas sans causé de profondes tensions avec l’administration de la Hofoper, les artistes les plus audacieux mené par Klimt, inaugure alors en avril 1902, la 14è expos de la Sécession : un hommage à Beethoven et sa 9è, avec statue de Klinger, fresque de Klimt qui représente ouvertement Mahler en chevalier éperdu, épris, anguleux… Mahler rencontre l’un des peintres engagés Alfred Roller qui deviendra à partir de 1903, le décorateur et metteur en scène attitré de Mahler pour ses grandes productions à l’Opéra de Vienne… Comme compositeur, il est comblé car sa 3è Symphonie est enfin créée triomphalement à Krefeld le 9 juin 1902 : un immense événement auquel a participé entre autres Richard Strauss, lequel est clairvoyant sur le génie de son compatriote, et aussi Alma, qui bouleversée, a le sentiment définitif d’être aux côtés d’un être exceptionnel…
La 5è est justement la partition du couple, de ses promesses, ses désirs, son bonheur prononcé. Eté 1902 : Mahler dans son cabanon du Häuschen, achève le nouveau cycle orchestral. La partition est terminée fin août 1902, dans le climat apaisé et contemplatif des longues marches dans la nature.

PLAN.. en 5 séquences. La 5è raconte d’abord l’agonie et le malheur, le traumatisme de la mort, celui qu’il a vécu en février 1901, quand faillit mourir d’une hémorragie intestinale (sauvé in extremis par les médecins). Les deux premiers mouvements sont marqués par ce sentiment du malheur total : le premier en forme de marche funèbre (comme l’ouverture de la 2è) ; le second « orageux, animé, très véhément »). Mahler y prolonge l’expérience des opus précédents, inventant une langue essentielle, purement musicale, où sans référence (sauf le leid final), le programme et le développement tendent à l’abstraction, à partir de sa propre imagination.
De cette inspiration jaillissante, puissante, originale, s’affirme la liberté inédite du Sherzo (le plus développé de Mahler) : sans connotation parodique ou caricaturale, l’auteur y déploie un pur sentiment de joie lumineuse (l’amour d’Alma), et il faut toute la béatitude éperdue, renoncement, adieu apaisé, immense caresse sensorielle de l’Adagietto pour équilibrer la tension globale de la symphonie. La dernière et cinquième séquence (Rondo-finale. Allegro) clâme la victoire en un choral grandiose (annoncé par la clarinette dans l’introduction) où percent des cuivres brucknériens… tant critiqués par Alma d’ailleurs.

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5ème Symphonie de Beethoven

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, mardi 21 juin 2016, 20h : 5ème de Beethoven. En direct, Spécial fête de la musique : la chef d’orchestre Marzena Diakun dirige l’orchestre Philharmonique de Radio France dans un programme festif, célébrant la Fête de la musique en ce premier jour de printemps.

5ème Symphonie de Beethoven

 

 

beethoven 1803 apres Symphonie 1 creation symphonies romantiques classiquenews review compte rendu cd critique 800px-Beethoven_3La Cinquième symphonie est avec la Neuvième la plus célèbre des symphonies de Beethoven, peut-être même de toute l’œuvre du compositeur. Incarnant souvent l’image même de la musique classique, c’est grâce à son premier mouvement rempli d’énergie que l’œuvre doit son immense popularité. L’ouverture foudroyante mondialement connue, un simple motif de quatre notes, nous identifie immédiatement avec le génie de compositeur. “So pocht das Schicksal an die Pforte” (« Ainsi le destin frappe à la porte”), aurait rapporté le compositeur à Schindler. Elle a un impact formidable sur toute la génération succédant à Beethoven. Berlioz, grand admirateur du génie allemand, est là pour en témoigner. Au chapitre XX de ses Mémoires, il raconte comment son maître Lesueur pourtant hermétique à la musique de Beethoven, fut bouleversé, même épuisé par l’émotion que lui a suscité la Symphonie. Remis de ses émotions, il dit plus tard au jeune Berlioz : « C’est égal, il ne faut pas faire de la musique comme celle-là », à quoi l’élève répondit : « Soyez tranquille, cher maître, on n’en fera pas beaucoup. ». Autre anecdote célèbre, toujours dans ses mémoires, Berlioz raconte qu’au cours d’un concert, un vieux grenadier de la garde Napoléonienne, au moment où débuta le finale, se leva et s’exclama :”L’Empereur, c’est l’Empereur!”. Même Goethe, alors réticent à la musique de Beethoven, fut saisi d’émotion par le chef-d’œuvre que le tout jeune Mendelssohn lui joua dans une transcription au piano. Lors de la seconde guerre mondiale, le début de la cinquième était le symbole de la résistance française, la BBC débutait ses messages radios avec les quatre notes frappées par les timbales comme indicatif de ses émissions à l’intention des pays européens sous l’occupation nazie. Trois brèves, une longue, significatif de la lettre V en morse : le V de la victoire, le V de la 5ème symphonie.

 

Beethoven_Hornemann-500-carreContemporain de la Sixième
. Cette symphonie est contemporaine de la Sixième composée pratiquement en même temps. Les premières esquissent datent de 1803, mais c’est en 1805 que Beethoven commence sérieusement sa composition. Après une coupure d’un an, il l’a reprend avec la Sixième symphonie et l’achève probablement en mars 1808. Ces deux jumelles, bien que d’un caractère totalement différent, sont toutes les deux jouées lors d’un célèbre concert datant du 22 décembre 1808 au Theater “An der Wien”. Le programme paraît aujourd’hui bien surchargé puisqu’il comprend en plus des symphonies, le Quatrième concerto pour piano opus 58, la Fantaisie chorale, ou encore des extraits de la Messe en ut. Les deux oeuvres sont présentées dans l’ordre inverse de leur numérotation définitive et paraissent chez Breitkopf et Härtel en 1809. Elles sont dédicacées conjointement au prince Lobkowitz et au comte Razumovsky.

 

 

Les quatre mouvements
Allegro con brio : une forme-sonate traditionnelle, basée sur le célèbre motif de quatre notes (motif déjà utilisé par Beethoven auparavant). Mouvement d’une grande intensité, d’une énergie débordante.
Andante : grande sérénité, où l’auditeur recherche la détente nécessaire après la tension accumulée par l’allegro qui précède. Il s’agit d’une variation libre à deux thèmes, seul mouvement lent de symphonie dans cette forme. Certains passages au cœur du mouvement s’avèrent très énergiques, et annoncent d’une certaine manière la finale.
Allegro : il s’agit encore une fois d’un scherzo bien que Beethoven n’en fasse aucune mention sur la partition. Une première partie mystérieuse, angoissante dans des nuances pianissimo s’oppose à une seconde fortissimo basée sur le même motif que le premier mouvement. Il s’enchaîne directement au finale sans interruption par un immense crescendo orchestral.
Allegro : Finale triomphant qui représente l’aboutissement de tout ce qui précède. L’éclatant ut majeur sonne la victoire du compositeur sur sa destiné.

 

 

Sur France Musique, ce 21 juin, le Philharmonique de Radio France joue le premier mouvement de la Symphonie n°5 de Beethoven… Concert diffusé en direct de l’Auditorium de la Maison de la radio, à Paris

Ludwig van Beethoven: 
Symphonie n°5 en do mineur op.67 – 1er Mouvement
Edvard Grieg
: Peer Gynt op.23 – Musique de scène pour le drame d’Ibsen
Piotr Ilyitch Tchaïkovski: 
Roméo et Juliette – Ouverture fantaisie d’après Shakespeare
Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov: 
Le vol du bourdon
Alexandre Borodine: 
Le Prince Igor – Danses Polovtsiennes
Camille Saint-Saëns: 
Danse macabre op.40 – Poème symphonique
Antonin Dvorak: 
Danses slaves pour orchestre n°1 en do Maj. op.46

Orchestre Philharmonique de Radio France
Marzena Diakun, direction

 

Symphonie n°5 de Sibelius

Sibelius 2015France Musique. Sibelius : Symphonie n°5. Dimanche 13 mars 2016, 14h. La Tribune des critiques de disques. 2015 a marqué le centenaire de Sibelius. Quelle version enregistrée reste la plus convaincante ?  Symphonie n°5 en mi bémol majeur opus 82 (1915). Créée dans sa version originale (cinq mouvements), le 8 décembre 1915, jour anniversaire des 50 ans du compositeur, la Cinquième Symphonie est rapidement remaniée, sans que Sibelius trouve une forme pleinement satisfaisante. Finalement, il jugera le manuscrit définitif lors de sa publication en 1919 (en trois mouvements). Contemporaine de la Révolution russe et donc de l’indépendance de la Finlande, la partition souscrit à un lyrisme lumineux, rompant avec les deux Symphonies précédentes (n°3 et n°4, déconcertantes et foncièrement personnelles).
Dès le premier mouvement (Tempo molto moderato) se confirme l’état d’ivresse et de lyrisme conquérant du héros victorieux, affirmant un équilibre d’autant plus significatif que la Symphonie n°4 semblait l’exclure. L’andante mosso, quasi allegretto brosse les détails d’un paysage arcadien où se love l’émerveillement du compositeur sur le motif naturel. (l’exaltation et le sentiment d’ivresse printanière demeurent les caractères principaux de la Symphonie). Le Finale (Allegro molto) est le plus irrésistible des trois volets de ce tryptique triomphal: les bois mis en avant chantent la beauté hypnotique de la nature et les dernières proclamations des tutti finaux, énoncés, détachés comme suspendus (6 au total), expriment une dernière nostalgie avant la conclusion. Une fin vécue en pleine conscience, qui résonne comme une délivrance et un espoir; vivifié par l’énoncé assumé, réalisé d’une aube régénératrice. Celle ci clairement exprimée par la voilure des cors célestes, le scintillement des cordes, la jubilation / épiphanie des bois (dont surtout les hautbois associés souvent aux flûtes) annonce les climats tout aussi suspendues de la 7ème ultime offrande sibélienne. La parenté des deux opus est à approfondir (mise en avant dans l’intégrale Rattle d’ailleurs). Proche de la 7ème, la 5ème offre un art de la transition entre les séquences d’une efficacité semblable. L’opus 82 participe à la conception de la Symphonie fusionnée en un seul mouvement.

Dimanche 13 mars 2016, 14h
Symphonie n°5 de Jean Sibelius. La tribune des critiques de disques

CD événement. Le Beethoven idéal de Nikolaus Harnoncourt (Symphonies n°4 et 5 de Beethoven)

beethoven symphonies 4, 5 nikolaus harnoncourt cd sony review compte rendu CLASSIQUENEWS critique CLIC de classiquenewsCD événement. Beethoven : Symphonies n°4, 5 (Concentus Musicus de Vienne, Nikolaus Harnoncourt, 2015 1 cd Sony classical). Harnoncourt a depuis fin 2015 fait savoir qu’il prenait sa retraite (LIRE notre dépêche : Nikolaus Harnoncourt prend sa retraite pour ses 86 ans, décembre 2015), cessant d’honorer de nouveaux engagements. Cet été le verra à Salzbourg, encore, dernière direction qui de principe est l’événement du festival estival autrichien en juillet 2016 (pour la 9ème Symphonie de Beethoven, le 25 juillet, Grosses Festpielhaus, 20h30, avec son orchestre, Concentus Musicus Wien). Or voici que sort après sa sublime trilogie mozartienne – les 3 dernières Symphonies, conçues comme un “oratorio instrumental” (CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2014)-, deux nouvelles Symphonies de Beethoven, les 4 et 5, portées avec ce souci de la justesse et de la profondeur poétique grâce au mordant expressif de ses instrumentistes, ceux de son propre ensemble sur instruments d’époque, le Concentus Musicus de Vienne. Alors que se pose avec sa retraite, le devenir même de ses musiciens et le futur de la phalange, le disque enregistré pour Sony classical en 2015 à Vienne, démontre l’excellence à laquelle est parvenu aujourd’hui l’un des orchestres historiques les plus défricheurs, pionniers depuis les premiers engagements, et ici d’une sensibilité palpitante absolument irrésistible : bois, cuivres, cordes sont portés par une énergie juvénile d’une force dynamique, d’une richesse d’accents, saisissants.

 

 

 

En insufflant aux Symphonies n°4 et n°5, leur fureur première, inventive, incandescente et mystérieuse…

Harnoncourt façonne un Beethoven idéal

 

harnoncourt nikolaus maestro chef concentus musicusIDEAL ORCHESTRAL CHEZ BEETHOVEN… Le souffle intérieur, l’urgence, la tension, toujours d’une articulation somptueuse, avec ce sens de la couleur et du timbre paraissent de facto inégalables, voire … inatteignables en particulier pour les orchestres sur instruments modernes. Si l’on conçoit toujours de grands effectifs et des instruments de factures modernes dans les grands halls symphoniques et pour les grandes célébrations médiatiques et populaire (voire les manifestations en plein air, véritables casse têtes accoustiques), ici en studio, le format original, et la balance des instruments d’époque sont idéalement rétablis dans un espace réverbérant idéal. Quelle délectation ! c’est une expérience unique et désormais exemplaire que tous les orchestres institués du monde et sur instruments modernes se doivent d’intégrer dans leur évolution à venir : on ne joue plus Beethoven à présent comme en 1960/1970. Certes les instruments historiques ne font pas tout et la direction de Harnoncourt le montre : l’intelligence et l’acuité expressive du chef sait exploiter totalement toutes les ressources de chacun de ses partenaires instrumentistes. Un régal pour les sens (un festival de timbres caractérisés) et aussi pour l’intellect car le relief caractérisé des timbres (cuivres en fureur millimétrée ; cordes souples et mordantes à la fois ; bois d’une ivresse rageuse échevelée : quel orchestre est capable ailleurs d’une telle somptuosité furieuse?) souligne la puissance du Beethoven bâtisseur et conceptuel. L’architecture, la gradation structurelle comme le flux organique de chaque mouvement en sortent décuplés, dans une projection régénérée, inventives, d’une insolence première : on a l’impression d’assister à la première de chaque Symphonie, sentiment inouï, profondément marquant.
harnoncourt nikolaus portraitGESTE BOULEVERSANT. Pour sa retraite, le magicien Harnoncourt à la tête de son orchestre légendaire, revient à Beethoven (on se souvient de son intégrale phénoménale et déjà justement célébrée avec les jeunes musiciens de l’Orchestre de chambre d’Europe). ici, le vétéran, d’une acuité poétique et instrumentale supérieure encore nous lègue deux Symphonies parmi les mieux inspirées de la discographie : un must absolu qui révise le standard actuel de la sonorité beethovénienne pour tous les orchestres modernes et contemporains dignes de ce nom. Même l’Orchestre Les Siècles n’atteint pas une telle intensité expressive, ce caractère d’urgence et d’exacerbation poétique, cette fureur lumineuse, entre Lumières et Révolution, destruction et création-, ce sentiment de plénitude radicale. Voilà qui exprime au plus juste l’humeur révolutionnaire du génial Ludwig. Ce geste qui à la fin d’une carrière de défricheur, ouvre une esthétique embrasée par la lumière et l’espoir d’une aube nouvelle (tranchant nerveux insouciant du piccolo dans le Finale de la 5ème Symphonie entre autres…), se révèle bouleversant. Merci Maestro ! CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2016. Incontournable.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD événement. Beehtoven : Symphonies n°4, 5 (Concentus Musicus de Vienne, Nikolaus Harnoncourt, 2015 1 cd Sony classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2016. LIRE aussi notre compte rendu complet dédié aux 3 Symphonies 39, 40, 41 de Mozart, un “oratorio instrumental”… septembre 2014

 

 

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Mahler : Symphonie n°5

mahler_profilFrance Musique. La tribune des critiques de disques… le 19 janvier 2014, 19h. Nouvelle symphonie, nouvel acte de foi… Mais aussi sombre et parfois douloureux soit-il, le chant mahlérien est un combat pour la vie. Même s’il exprime une amertume terrifiante voire vertigineuse, l’acte musical chez Mahler dépasse les contingences réelles et concrètes car, en dépit des rictus et des contractions de l’esprit malmené, s’élève une prière pleine d’espoir. La Cinquième n’échappe pas au sentiment de l’inéluctable et du fatalisme. Symphonie du destin certes, et même d’un accablement terrible que Mahler développera encore dans la Sixième dont l’acier s’écoule dans la gangue d’un désespoir encore plus sombre.  Mais les angoisses sont fondées car le destin ne l’a pas épargné. Il a faillit mourir dans la nuit des 24 au 25 février 1901, à cause d’une hémorragie intestinale, soignée in extremis par des docteurs vigilants.
A l’été 1902, revenu à Mayernigg, Mahler peut compter auprès de lui sa jeune épouse Alma, musicienne et pianiste, qui s’appliquera à copier au propre la partition de la nouvelle Symphonie.

 

 

 

Symphonie n°5, symphonie du destin :

pour Alma …

 

 

Selon un rituel bien réglé, le compositeur travaille dans un ermitage au cœur de la forêt, une cabane en bois, propice au contact direct avec le motif naturel, si précieux pour son équilibre et son inspiration. Pour lui témoigner son amour, le musicien dédie à sa femme adorée, le lied Liebst du um schönheit. Fin août, tout est écrit, et Mahler invite Alma à écouter toute la symphonie au piano.
L’hiver suivant permet les derniers ajustements. La remise de la copie définitive est effective à l’automne 1903. L’éditeur C.F. Peters lui propose de publier la partition. Autre indice favorable, la création est présentée au sein des Gürzenich Konzerte de Cologne, comme l’événement de sa saison 1904/1095.
Mais Mahler prit de doute sur l’orchestration finale de la Symphonie pourtant déjà imprimée, décide d’en reprendre le manuscrit: il y rectifie les défauts d’une ouvrage qui est selon les mots d’Alma, une « symphonie pour percussions ».  Les versions se succèdent, et la dernière, celle de 1909, ne sera publiée qu’en 1964 !
Le patron de la société éditrice, Henrich Hinrischen, consterné par l’ampleur du déficit de la nouvelle Symphonie qui ne suscite pas le succès escompté, avait cessé toute nouvelle édition en dépit des promesses faites au musicien, de son vivant. Il est même prêt à supprimer les plaques d’impression et s’en ouvre au jeune Schönberg qui par réaction et consterné, écrit en 1912, un article de défense sur l’œuvre symphonique de Mahler.

Auparavant la première a lieu à Cologne le 18 octobre 1904 par le Philharmonique de Cologne sous la direction du compositeur. Depuis la création triomphale de sa Troisième symphonie en 1902, Mahler jouit d’une renommée européenne. Or si le public applaudit, l’effet déconcerte les auditeurs et le lendemain, surtout lors de la création Viennoise, en 1905, les critiques se montrent à nouveau d’un violence néfaste et hargneuse.

 

 

logo_francemusiqueFrance Musique, dimanche 19 janvier 2014, 19h
La tribune des critiques de disques

Bilan discographique, écoute comparée des versions enregistrées pour le disque… Et vous, quels chef et orchestre ont votre préférence ?  La puissance et l’humilité de Haitink, le souffle historique de Walter, l’ivresse dionysiaque de Bernstein, la noblesse humaine et épique de Kubelik, l’apollonisme serein de Zinman, les vertiges introspectifs d’Abbado, le nouveau regard de Dudamel, récent challenger au sein d’une discographie plutôt foisonnante ?

 

CD. Mahler: symphonie n°5. Kubelik

Gustav Mahler: 5 ème symphonie. (Rafael Kubelik)

Nouvelle symphonie, nouvel acte de foi… Mais aussi sombre et parfois douloureux soit-il, le chant mahlérien est un combat pour la vie. Même s’il exprime une amertume terrifiante voire vertigineuse, l’acte musical chez Mahler dépasse les contingences réelles et concrètes car, en dépit des rictus et des contractions de l’esprit malmené, s’élève une prière pleine d’espoir.
Genèse. La Cinquième n’échappe pas au sentiment de l’inéluctable et du fatalisme. Symphonie du destin certes, et même d’un accablement terrible que Mahler développera encore dans la Sixième dont l’acier s’écoule dans la gangue d’un désespoir encore plus sombre.  Mais les angoisses sont fondées car le destin ne l’a pas épargné. Il a faillit mourir dans la nuit des 24 au 25 février 1901, à cause d’une hémorragie intestinale, soignée in extremis par des docteurs vigilants.
A l’été 1902, revenu à Mayernigg, Mahler peut compter auprès de lui sa jeune épouse Alma, musicienne et pianiste, qui s’appliquera à copier au propre la partition de la nouvelle Symphonie. Selon un rituel bien réglé, le compositeur travaille dans un ermitage au cœur de la forêt, une cabane en bois, propice au contact direct avec le motif naturel, si précieux pour son équilibre et son inspiration. Pour lui témoigner son amour, le musicien dédie à sa femme adorée, le lied Liebst du um schönheit. Fin août, tout est écrit, et Mahler invite Alma à écouter toute la symphonie au piano.
L’hiver suivant permet les derniers ajustements. La remise de la copie définitive est effective à l’automne 1903. L’éditeur C.F. Peters lui propose de publier la partition. Autre indice favorable, la création est présentée au sein des Gürzenich Konzerte de Cologne, comme l’événement de sa saison 1904/1095.
Mais Mahler prit de doute sur l’orchestration finale de la Symphonie pourtant déjà imprimée, décide d’en reprendre le manuscrit: il y rectifie les défauts d’une ouvrage qui est selon les mots d’Alma, une « symphonie pour percussions ».  Les versions se succèdent, et la dernière, celle de 1909, ne sera publiée qu’en 1964 !
Le patron de la société éditrice, Henrich Hinrischen, consterné par l’ampleur du déficit de la nouvelle Symphonie qui ne suscite pas le succès escompté, avait cessé toute nouvelle édition en dépit des promesses faites au musicien, de son vivant. Il est même prêt à supprimer les plaques d’impression et s’en ouvre au jeune Schönberg qui par réaction et consterné, écrit en 1912, un article de défense sur l’œuvre symphonique de Mahler.Auparavant la première a lieu à Cologne le 18 octobre 1904 par le Philharmonique de Cologne sous la direction du compositeur. Depuis la création triomphale de sa Troisième symphonie en 1902, Mahler jouit d’une renommée européenne. Or si le public applaudit, l’effet déconcerte les auditeurs et le lendemain, surtout lors de la création Viennoise, en 1905, les critiques se montrent à nouveau d’un violence néfaste et hargneuse.

Kubelik renforce le sentiment de rupture observé dans la Cinquième. Rompre avec les enchantements d’hier (bercements du Knaben Wunderhorn) pour renouveler le langage d’autant plus violent et abrupt que les derniers événements de la vie de l’auteur ont été tragiques. Il a eu le sentiment de jouer sa vie. L’orchestre fouille cette nouvelle odyssée qui puise dans la forme symphonique, et dans la volonté de structuration de l’écriture (nombreux rappels thématiques, citations des motifs précédents, réseau entre les épisodes, réexpositions…), les éléments d’une métamorphose de la sensibilité sous le jeu d’une prise de conscience renouvellée. Ainsi Mahler opte pour l’abandon de la forme sonate (dans le premier mouvement), pour des micros épisodes qui nourrissent la texture, le sentiment d’activité. Il y cite aussi les appels de la fanfare militaire dont il assistait, depuis la maison de ses parents à Iglau, aux démonstrations cérémonielles…
Le Scherzo affiche une santé presque insolente : ample développement de plus de 15 minutes, les mouvements de danse se fondent à la marche de la nature, en un flamboiement sauvage. L’Adagietto, ce lied sans paroles qui suit, connu pour être l’emblème musical de Mort à Venise de Visconti, se fait sous la baguette de Kubelik, ample respiration, irrépressible aspiration à l’au-delà, déjà préfiguration du finale du Chant de la terre et du dernier mouvement de la Neuvième symphonie, ces tremplins vers l’éternité rêvée.
Kubelik éclaire dans le cinquième et dernier mouvement, l’empressement d’en finir, et même le climat d’euphorie qui emporte finalement la partition sur un air de victoire. Mais une victoire qui a conscience de son élan factice. Nature équivoque et pluralité des lectures, l’esprit de la Cinquième pose plus d’interrogations qu’elle ne résout la problématique du héros : elle est dans ce balancement sérieux/parodique à l’échelle du monde, et exprime en miroir,  cet équilibre périlleux et imprévisible de forces chaotiques et antagonistes. Cette ambivalence structurelle, Kubelik l’a parfaitement comprise. C’est tout  ce qui donne sa saveur particulière à son intégrale Audite. Episme du héros combatif, mais aussi cynisme lié à l’expérience profonde du malheur. Action/ impossibilité. Optimisme/obsessions. Espérance/aigreur et cynisme.

Ernst Van Bek – mercredi 21 juin 2006