COMPTE-RENDU, critique, CONCERTS. MONTPELLIER, Fest Radio France, le 13 juillet 2019. Sokhiev, Chamayou, Guerrier


montpellier festival radio france 2019 soleil de nuit concerts annonce critique opera classiquenewsCOMPTE-RENDU CRITIQUE. CONCERT LES TABLEAUX D’UNE  EXPOSITION-I, FESTIVAL RADIO FRANCE OCCITANIE MONTPELLIER, 13 juillet 2019, ONCT direction Tugan Sokhiev, Bertrand Chamayou, piano, David Guerrier, trompette, Sibelius, Chostakovitch, Moussorgski. Le Festival Radio France a ouvert sa 35Ăšme Ă©dition le 10 juillet, « Soleil de nuit ». Jusqu’au 26 juillet, les musiques du Nord, le thĂšme choisi cette annĂ©e, ont diffusĂ© un vent de fraicheur  sur Montpellier et toute l’Occitanie, proposant quantitĂ© de dĂ©couvertes et raretĂ©s aux cĂŽtĂ©s des monuments du rĂ©pertoire. Les salles climatisĂ©es du Corum, immense espace en lisiĂšre de la vieille ville conçu dans les annĂ©es 80 par l’architecte Claude Vasconi, ont offert aux festivaliers un confort apprĂ©ciable Ă  tous points de vue, en particulier acoustique. Le 13 juillet, le public Ă©tait invitĂ© Ă  une soirĂ©e grand format avec l’Orchestre National du Capitole de Toulouse sous la direction de son chef Tugan Sokhiev, le pianiste Bertrand Chamayou et le trompettiste David Guerrier.

 

 

SOKHIEV PROPULSE FINLANDIA
La salle OpĂ©ra Berlioz est pleine Ă  craquer. Le piano n’occupe pas encore le devant de la scĂšne. En prĂ©lude l’ONCT donne le poĂšme symphonique Finlandia de SibĂ©lius. On est dĂšs lors conquis par la prĂ©sence charismatique de Tugan Sokhiev Ă  la tĂȘte de l’orchestre, qu’il embarque dans sa vision puissante et grandiose de l’Ɠuvre du finlandais. La phalange toulousaine rĂ©pond Ă  merveille Ă  sa gestuelle expressive et prĂ©cise, belle de surcroĂźt, dans ses moindres inflexions. Le chef pose sur l’Ɠuvre de grands aplats de couleurs, caractĂ©risant les timbres de chacun des pupitres. Il dĂ©ploie la large opulence des cuivres, trace de grandes lignes avec les cordes au legato d’une homogĂ©nĂ©itĂ© remarquable, auxquelles il mĂȘle les couleurs rondes et suaves des bois. Sokhiev nous subjugue par sa maniĂšre de conduire les dynamiques, de soulever la grande masse orchestrale en partant de l’attaque la plus douce, mais enracinĂ©e, sans que l’on ne sente aucune inertie, aucune pesanteur terrestre, pour la propulser d’un seul souffle dans un lyrisme enivrant de beautĂ©.

 

 

CHAMAYOU ET GUERRIER FONT CINGLER CHOSTAKOVITCH
ComposĂ© dans les annĂ©es trente, le concerto pour piano, trompette et orchestre Ă  cordes opus 35 de Chostakovitch est redoutable pour les doigts des pianistes de par la rĂ©activitĂ© et la prĂ©cision rythmique qu’il requiert. La trompette y tient un second rĂŽle dans la mesure oĂč son apparition est Ă©pisodique alors que le piano mĂšne le jeu. Mais comme Ă  l’opĂ©ra, le second rĂŽle ici instrumental y est tout aussi essentiel. La trompette de David Guerrier illumine cette Ɠuvre piquante oĂč le piano ne tarie pas de son bavardage, par touches successives, dans la volubilitĂ© de son propos Ă  l’articulation claire et, lorsque cela est opportun, dans le soutien infaillible du souffle. Bertrand Chamayou s’y jette avec des doigts acĂ©rĂ©s et lestes, ses phalanges prĂ©cises et solides agrippent le fond des touches, dĂ©capent l’Ɠuvre dans des sonoritĂ©s de fer (Allegretto). Le pianiste la prend Ă  bras le corps, dans un engagement physique sidĂ©rant, guettant les gestes du chef et les instruments d’un Ɠil furtif. La synchronisation est parfaite entre Sokhiev et les solistes, qui s’entendent pour la teinter de dĂ©rision et de fĂ©rocitĂ©, d’espiĂšglerie aussi, s’en amusent, en accusent les humeurs changeantes. Dans la longue mĂ©lopĂ©e du second mouvement (lento), Chamayou traverse des contrĂ©es intĂ©rieures ombrageuses de mĂ©lancolie, portĂ© par le beau et lisse legato des cordes, relayĂ© par le chant apaisĂ© de la trompette bouchĂ©e, jusqu’au court moderato introduisant l’allegro con brio final, cinglant, irrĂ©sistible de furieuse et joyeuse frĂ©nĂ©sie. Le public a raison d’apprĂ©cier ces deux musiciens-comĂ©diens qui ponctuent cette premiĂšre partie avec le savoureux « Rondo for Lifey » de Leonard Bernstein.

 

 

TUGAN SO KIEV!
Tour au musĂ©e avec les Tableaux d’une exposition de Modest Moussorgski, dans l’arrangement de Maurice Ravel. Si Tugan Sokhiev et l’ONCT ont gravĂ© ce chef-d’Ɠuvre dans un CD remarquĂ©, paru sous le label NaĂŻve en 2006, leur interprĂ©tation en concert continue de fasciner par sa flamboyance. La somptuositĂ© de l’orchestration de Ravel est bien servie par le chef qui n’a pas une approche monolithique de l’Ɠuvre mais en souligne avec mĂ©ticulositĂ© toutes les subtilitĂ©s. En grand coloriste, il brosse plus que des tableaux, et fait de chaque « intermezzo » une scĂšne de thĂ©Ăątre, vivante, suggestive de toutes les expressions humaines. La fin est spectaculaire: il ouvre grand et large la Grande Porte de Kiev, monumentale mais pas Ă©crasante, fait sonner de vraies cloches dans l’orchestre, et pare cet Ă©pilogue des feux des cuivres, clouant sur place un public revigorĂ©, impressionnĂ© par tant de majestĂ©. Pour finir, un bis qui arrive tout en douceur: la premiĂšre GymnopĂ©die d’Éric Satie arrangĂ©e par Claude Debussy.
Avec le mage Tugan Sokhiev, l’ONCT dĂ©montre une nouvelle fois son excellence. Puisse la connivence artistique de la phalange toulousaine et du chef russe durer et nous offrir encore longtemps autant de rĂ©jouissants programmes!

 

 
 

 

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MONTPELLIER, FESTIVAL RADIO FRANCE, du 10 au 26 juillet 2019 : Vent nordique pour la 35Ăš Ă©dition

D2F0m1sX4AAvC1yMONTPELLIER, FESTIVAL RADIO FRANCE, du 10 au 26 juillet 2019. Du 10 au 26 juillet 2019, le Festival Radio France proposera pour sa 35Ăš Ă©dition, un voyage nordique, intitulĂ© « Soleil de nuit », en rĂ©fĂ©rence aux Nuits blanches de Saint-Petersbourg. Jean-Pierre Rousseau, son directeur, a choisi de faire connaĂźtre l’incroyable foisonnement musical et crĂ©atif de pays comme la Lettonie, l’Estonie, la SuĂšde, la Finlande, le Danemark, la Pologne et bien d’autres. Les compositeurs d’autrefois et d’aujourd’hui y seront Ă  l’honneur, et aussi les interprĂštes natifs de ces pays. Citons parmi eux les chefs Neeme et Kristjan JĂ€rvi, Andris Poga, Krzysztof UrbaƄski, les pianistes Jan Lisiecki, Lukas Geniusas, Paavali Jumppanen.

 

 

FESTIVAL RADIO FRANCE OCCITANIE-MONTPELLIER:
LA BRISE BALTIQUE VA SOUFFLER SUR LA 35ÈME ÉDITION!

 

Bien sĂ»r on y Ă©coutera Sibelius et Arvo PĂ€rt, Magnus Lindberg et Rautavaara, qui cĂŽtoieront les « titans » europĂ©ens bien connus, mais le festival nous rĂ©serve de nombreuses dĂ©couvertes: qui connait le compositeur suĂ©dois Eduard Tubin, le letton Pēteris Vasks, le finlandais Usko MerilĂ€inen, ou encore, plus ancien, Joseph Martin Kraus, l’exact contemporain de Mozart, mais en SuĂšde?
“La musique sera partout oĂč elle est attendue » (Jean-Pierre Rousseau): 153 concerts dans 70 lieux dont bien sĂ»r Montpellier mais aussi SorĂšze, FabrĂšgues, Lectoure, Mende, Perpignan
De quoi aiguiser la curiositĂ© et s’autoriser toutes les libertĂ©s. Car le festival Radio France, pour faire court, c’est ça: les musiques qui ne s’interdisent rien, la libertĂ© des genres; mĂȘme le jazz, qui ouvrira les festivitĂ©s avec le « Amaring Keystone Big Band » de David Enhco, se fera scandinave Ă  ses heures! Le piano se taillera une part de lion, et la jeune gĂ©nĂ©ration de musiciens y sera dignement reprĂ©sentĂ©e (ThĂ©o Fouchenneret, Marie-Ange Nguci, le quatuor Notos
). Y penser: on pourra suivre le festival en direct sur France Musique du 15 au 20 juillet. Soleil de midi, ou soleil de minuit? En Occitanie, les deux confondus pour prendre en musique les plus belles couleurs de l’étĂ©.

 

Programme complet et réservations sur le site www.lefestival.eu