COMPTE-RENDU, critique, opéra. ANVERS, le 7 fév 2020. SCHREKER : Der Schmied von Gent. A Pérez / E Mondtag

schreker die schmied von gent opera vlaamse flanderen critique review opera classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. ANVERS, OpĂ©ra flamand, le 7 fĂ©vrier 2020. Schreker : Der Schmied von Gent. Alejo PĂ©rez / Ersan Mondtag. D’annĂ©e en annĂ©e, l’hĂ©ritage lyrique de Franz Schreker (1878-1934) ne cesse d’ĂȘtre explorĂ© dans toute sa diversitĂ©, au disque mais Ă©galement sur scĂšne. Avant Irrelohe (1922) prĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Lyon dĂšs le 24 mars prochain, place au Forgeron de Gand / Der Schmied von Gent (1932), dernier opĂ©ra du grand rival de Richard Strauss en son temps. On doit Ă  l’intĂ©rĂȘt conjoint de l’OpĂ©ra flamand, en coproduction avec le Nationaltheater Mannheim, le nouvel Ă©clairage donnĂ© Ă  cet ouvrage montĂ© pour la derniĂšre fois voilĂ  dix ans Ă  Chemnitz (heureusement gravĂ© par CPO) : ça n’est lĂ  que justice, tant Schreker fait montre d’une inspiration foisonnante dans l’éclectisme musical, en un style proche de Kurt Weill pour le parlĂ©-chantĂ© et l’ambiance de cabaret, tandis que les ruptures verticales expressionnistes font davantage penser au Hindemith de Cardillac ( https://www.classiquenews.com/tag/cardillac/ ). L’Autrichien quitte ainsi les expĂ©rimentations fraichement accueillies de Christophorus (1929), dĂ©diĂ© Ă  Arnold Schönberg, pour embrasser un style virtuose oĂč s’entremĂȘlent chansons populaires flamandes et pastiches de musiques anciennes, avant un acte III rayonnant oĂč la tonalitĂ© retrouve davantage ses droits (rappelant le Korngold du Miracle d’HĂ©liane http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-gand-le-15-septembre-2017-korngold-das-wunder-der-heliane-a-stundytea-joel-d-bosch/).

Comme Ă  son habitude, le compositeur Ă©crit lui-mĂȘme son livret, en s’inspirant cette fois des LĂ©gendes flamandes de Charles de Coster – l’auteur de Till l’EspiĂšgle, Ă  qui Richard Strauss a dĂ©diĂ© son cĂ©lĂ©brissime poĂšme symphonique. Schreker quitte les rives sulfureuses des troubles freudiens pour la satire du conte folklorique rabelaisien – dans l’esprit du triomphe rencontrĂ© quelques annĂ©es plus tĂŽt par la Schwanda de Jaromir Weinberger (1896-1967). On notera que l’OpĂ©ra-Comique de Berlin prĂ©sente actuellement cette raretĂ© dans sa version allemande, montĂ©e par l’excellent Barrie Kosky. A Anvers, Ersan Mondtag s’essaie Ă  sa premiĂšre mise en scĂšne lyrique avec bonheur, en enrichissant le rĂ©cit d’une Ă©nergie toute aussi riche que la musique : les aventures du forgeron Smee prennent la forme d’un cauchemar psychĂ©dĂ©lique dĂ©lirant et absurde, oĂč le hĂ©ros fuit son quotidien pour un pacte faustien avec le diable, sur fond de satire revancharde contre l’occupant espagnol Ă  Gand. Les dĂ©cors spectaculaires et les costumes aux couleurs volontairement grotesques convient Ă  des tableaux dignes des outrances d’Otto Dix et George Grosz, mĂȘme si l’on pourra regretter que le spectacle n’explore davantage, en premiĂšre partie, la crise de couple et le dĂ©sir pour AstartĂ©.

Quoiqu’il en soit, le spectacle surprend plus encore aprĂšs l’entracte en prenant un tour plus politique, sans jamais se dĂ©partir de son humour : Ersan Mondtag nous rappelle combien la Belgique, jadis oppressĂ©e par les Espagnols, puis les Autrichiens, a rapidement endossĂ© les atours de l’oppresseur une fois sa puissance Ă©tablie. Possession personnelle du Roi LĂ©opold II, avant la cession Ă  la Belgique, le Congo belge subira ainsi de nombreuses atrocitĂ©s lors de la colonisation, Ă  l’instar des mĂ©faits cĂ©lĂšbres du duc d’Albe en Flandre. Le discours saisissant prononcĂ© par le premier ministre congolais Patrice Lumumba, au moment de l’accession Ă  l’indĂ©pendance de son pays en 1960, sert de prĂ©lude Ă  un dernier acte burlesque et irrĂ©sistible de moquerie, oĂč Smee parait grimĂ© en LĂ©opold II. Tandis que le hĂ©ros se voit refuser Ă  la fois sa place au paradis et dans les enfers, cette saisissante mise en miroir permet de remettre en question l’hĂ©ritage politique, jugĂ© habituellement favorable, du second monarque belge.

Bien qu’annoncĂ© souffrant, Leigh Melrose (Smee) emporte l’adhĂ©sion par sa composition thĂ©Ăątrale d’une grande prĂ©sence, autour de phrasĂ©s trĂšs prĂ©cis. A ses cĂŽtĂ©s, la superlative Kai RĂŒĂŒtel s’impose avec son Ă©mission charnue et bien projetĂ©e, de mĂȘme que l’impeccable AstartĂ© de Vuvu Mpofu. Si Michael J. Scott (Slimbroek) est un cran en-dessous avec son chant puissant mais peu stylĂ©, les autres seconds rĂŽles remplissent parfaitement leur office, au premier rang desquels le truculent Saint-Pierre de Justin Hopkins. La seule dĂ©ception de la soirĂ©e est la direction peu imaginative du nouveau directeur musical Alejo PĂ©rez, qui joue la carte de la musique pure en des tempi enlevĂ©s, mais trop peu attentifs Ă  l’expression thĂ©Ăątrale, aux transitions comme aux nuances. Seule la derniĂšre partie, Ă  l’élan post-romantique, le montre davantage Ă  son aise.

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Compte-rendu, opĂ©ra. Anvers, OpĂ©ra flamand ( OPERA BALLET VLAANDEREN ), le 7 fĂ©vrier 2020. Schreker : Der Schmied von Gent. Leigh Melrose (Smee), Kai RĂŒĂŒtel (sa femme), Vuvu Mpofu (Astarte), Michael J. Scott (Slimbroek), Daniel Arnaldos (Flipke), Nabil Suliman (le bourreau), Leon KoĆĄavić (le Duc d’Alba), Ivan Thirion (Saint-Joseph), Chia Fen Wu (Marie), Justin Hopkins (Saint-Pierre), Stephan Adriaens (tenor solo). Kinderkoor, Koor & Symfonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen, Alejo PĂ©rez (direction musicale) / Ersan Mondtag (mise en scĂšne et dĂ©cors). A l’affiche de l’OpĂ©ra flamand, Ă  Anvers du 2 au 11 fĂ©vrier, puis Ă  Gand du 21 fĂ©vrier au 1er mars 2020. Photos : © Annemie Augustijns