COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, l’Empéri , le 3 août 2019. BEETHOVEN. QUATUOR MONA. E. Pahud, E. Lesage, T. Fouchenneret

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, Château de l’ Empéri , le 3 Août 2019. L.V. BEETHOVEN. QUATUOR MONA. E. PAHUD. P. MEYER. E. LE SAGE. T. FOUCHENNERET. Beethoven, le grand démiurge est en fait un compositeur plus complexe que ne le laisse penser l’hagiographie post romantique toujours vivace. Beethoven a été un musicien brillant, léger, surtout capable d’humour avant de sombrer dans la misanthropie et la surdité. Il n’est pas moins génial, à mon avis,  dans la musique moins mûre et plus joyeuse. Le début du concert a présenté le Beethoven compositeur incontournable de quatuor à cordes.

Multifaces du génie beethovénien

emperi salon de provence quatuor mona concert critique classiquenews festivals ete 2019 critiques concert classiquenewsLe Quatuor n°2 « Razoumovski » a du cran et nous sommes déjà dans une oeuvre de grand format, avec une énergie encore jamais vue dans le genre du quatuor à cordes.  Dès le début, l’énergie des quatre jeunes musiciennes est considérable, mais surtout leur manière de remplir de musique les silences,interpelle. C’est là que je devine la qualité musicale de ce tout jeune quatuor au féminin. Car cela ne fait qu‘une petite année que le Quatuor Mona se produit. Et déjà il est possible de leur prédire une belle carrière. Car outre les qualités instrumentales de chacune, que je ne voudrais pas manquer de souligner, c’est cette communication si vivante et si belle à voir dans leur jeux qui fait beaucoup pour donner à l’auditeur accès aux splendeurs des partitions interprétées. Certainement  il reste « gonflé » de s’attaquer si jeune à ce deuxième Razoumovski mais le résultat est… conquérant. La maturité artistique est déjà là ; la vie va avancer et leur donner cette profondeur si angoissante de l’âme beethovénienne pour les quatuors suivants. Pour l’instant c’est une version lumineuse, en recherche de sérénité et pleine de vie qui nous est offerte, avec tout spécialement ce final caracolant dans une énergie inépuisable. Bravo mesdames du Quatuor Mona, nous aurons plaisir à vous suivre.

Le Quintette pour piano et vents en mi bémol majeur est le cousin de celui de Mozart. Même si la rencontre entre Mozart et Beethoven n’a pas donné de suite précise, il est touchant de comprendre comment Beethoven avec cette pièce si singulière, rend un amical salut au maître Mozart. De manière très personnelle Beethoven suit le modèle sans s’y soumettre. C’est avec une belle énergie que nos interprètes, tous fins musiciens, se sont jetés dans ce quintette du bonheur. Le chant du hautbois de François Meyer, avec cette sonorité si souple, belle et ronde a été une merveille. Et la virtuosité goguenarde du basson de Gilbert Audin, la superbe tenue du cor de Benoît de Barsony dans des solos merveilleux, la clarinette facétieuse de Paul Meyer, très prima donna, se sont répondus avec art. De même Eric Le Sage a su se régaler et nous régaler dans une partie très exposée par Beethoven. Ainsi nous ont-ils prouvé que le géant de Bonn a été un temps un musicien heureux.

Mais la deuxième partie du concert nous a réservé la surprise de découvrir l’humour et la bonhommie dans l’oeuvre de Beethoven ; certes les thèmes et variations d’après « La ci darem la mano » est tout à la gloire ce soir de la flûte d’Emmanuel Pahud. Pourtant la manière dont le thème est détourné, inversé, sublimé, moqué, par Beethoven permet aux instruments à vent, de s’amuser ensemble. Quel brio dans les moments de virtuosité du basson de Gilbert Audin ! La flûte qui remplaçait le hautbois a été souveraine sous les doigts agiles d’Emmanuel Pahud, avec cette manière dansante si enthousiaste qui caractérise ce musicien d’exception. Humour et bonne humeur au rendez-vous de cette soirée tout Beethoven, voilà qui a du être une sacrée surprise pour d’aucun.

emperi salon de provence concert piano beethoven thierry fouchenneret concert critique festival ete 2019 classiquenewsPour finir le concert et rendre hommage au génie pianistique de Beethoven, quelle sonate peut le mieux en dire la grandeur que la gigantesque Hammerklavier (plus de 50 minutes) ? Le jeune pianiste français Théo Fouchenneret (24 ans), s’y engouffre avec panache. Il met un peu de temps à gommer une certaine dureté dans le premier mouvement. Comme si l’interprète cherchait à garantir la clarté de l’articulation, la fermeté rythmique et la puissance des forte. Tout ceci rentre rapidement dans l’ordre et ce qui séduit l’auditeur, c’est l’engagement du musicien dans cette partition fleuve. Il est évident que ce jeune artiste a quelque chose à dire.
Tout du long les choix sont intéressants, seul un petit manque de legato dans le troisième mouvement atténue notre plein enthousiasme ; ce legato pré-chopinien, que seuls les plus grands musiciens savent prserver, peut être relever. Car peu de pianistes savent rendre toutes les facettes de cette sonate avec le même bonheur.  En tout cas la puissance digitale est sidérante, les couleurs sont multiples et les phrasés très intéressants : ils nous emmènent loin, très loin. Seul un musicien avec une vue claire et généreuse peut ainsi guider l’auditeur dans les merveilles incroyables d’une partition absolument magistrale. Le piano roi de Beethoven porté par Théo Fouchenneret a terminé en apothéose ce très bon concert donnant une juste vision du Génie Beethovénien, en ses facettes multiples.

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COMPTE-RENDU, concert. Salon de Provence, Château de l’Empéri , le 3 Aout  2019.; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Quatuor à cordes n°8 en mi mineur Op.59, n°2 « Razoumovski » ; Quintettte Op.16 en mi bémol majeur ; Variations en si bémol majeur sur « Laci darem la mano » Op.2 ; Sonate Op.106en si bémol majeur « Hammerklavier » ; Quatuor Mona : Verena Chen , Roxana Rastegar, violons ; Ariana Smith, alto ; Caroline Sypniewski, violoncelle ;  Emmanuel Pahud, flûte;  François Meyer, hautbois ; Paul Meyer, clarinette ; Gilbert Audin, basson ; Benoît de Barsony, cor ; Eric Le Sage, Théo Fouchenneret, Piano.  Illustrations : © Hubert Stoecklin 2019

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, l’Empéri, le 1er août 2019. FAURE, MOZART, FARENC… TISHCHENKO, P.MEYER, LESAGE…

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, Château de l’ Empéri, le premier août 2019. G. FAURE W.A. MOZART. L.FARENC. C. GOUNOD. D.TISHCHENKO. P.MEYER. A.PASCAL. F. NOACK. E. LE SAGE. Ce concert a débuté plus énergiquement que les précédents, sans préparation progressive. Le Quatuor avec piano n° 2 de Fauré est une œuvre, au début énergique quasi brahmsien, avec les cordes jouant le thème de concert et avec feu, sur une base pianistique très animée. Véritablement galvanisés par le jeu et la personnalité flamboyante de la violoniste Diana Tishchenko, ses collègues ont vite été au diapason. Le jeu d‘Eric Le Sage a retrouvé le souffle pianistique nécessaire. Il a pris les choses à bras le corps et a vraiment été moteur dans le quatuor. Mais ce sont les deux cordes graves qui se sont surtout révélées. Joaquin Riquelme Garcia à l’alto a su s’exprimer avec générosité dans des sonorités chaudes et des phrasés étirés très expressifs. Il faut dire que Fauré a réservé à l’alto un rôle très important car il énonce souvent le thème. Au violoncelle Aurélien Pascal a su se mettre au niveau et a révélé sa capacité à chanter avec passion et à interagir finement avec ses collègues; il est nécessaire à présent que ce jeune artiste croit en lui et expérimente son pouvoir de séduction musical, qu’il ose s’exprimer davantage s’éloignant de sa trop grande recherche de maîtrise polie.

 

 

Quasi una sinfonia romantica

 

 

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Comme dans un grand souffle post romantique ce quatuor a vogué avec noblesse, énergie et passion. Cette très belle œuvre de la maturité de Fauré a trouvé à Salon de Provence des interprètes à la hauteur des enjeux. Le public a applaudi très vivement, pris par cette passion flamboyante. Après un tel sommet de qualité musicale, le choix de la sérénade en do mineur de Mozart en octuor à vents s‘est révélée particulièrement judicieuse. La partition dépasse de plus anciennes par une qualité d’écriture soignée et revendiquée par Mozart lui-même.
Le soin dans la composition, le choix de la tonalité de do mineur, la complexe écriture contrapuntique et en canon du final, font de cette pièce un moment d’anthologie, de récréation pour fins musiciens. Nos acolytes si soudés ont offert une interprétation idéale de ce chef d’œuvre. Ils ont semblé déguster à chaque instant cette extraordinaire qualité d’écriture du Mozart de la maturité.

Après l’entracte, la découverte des qualités du Trio de Louise Farenc a été un enchantement. A nouveau, c’est la surprise de découvrir un compositeur de grande valeur qui est une femme et qui pour cette raison n’est pas passée à la postérité alors que de son vivant, elle a tout offert à la musique. Le Trio est plein de mélodies qui coulent avec ravissement dans un respect des canons d’écriture de l’époque, entre Mendelssohn et Gounod,  sachant richement utiliser l’harmonie. Et l’association clarinette, violoncelle et piano est très réussie. Seul Paul Meyer a su s’autoriser du brillant alors qu’Aurélien Pascal a repris un jeu trop prudent, tout comme Florian Noack au piano, n’osant pas s’exprimer, alors que la partition entre opéra, virtuosité instrumentale et romance le réclamait.

Tout change dans la petite Symphonie de Gounod dans laquelle nous retrouvons l’octuor de vents et Emmanuel Pahud à la flûte. Très séducteur, le flûtiste sans utiliser sa sonorité la plus maîtrisée et soignée, mais toujours très présent, a su avec aplomb faire apprécier toutes les interventions de la flûte, qui apportaient lumière et fraîcheur dans l’écriture assez compacte de Gounod. Sans l’esprit ludique d’Emmanuel Pahud, le sérieux aurait trop pris le dessus. Car cette symphonie de vents a de grandes qualités d’écriture et sonne magnifiquement, réservant à la flûte la lumière et l’air planant. Pour terminer ce grand concert, en terme de niveau d’inspiration, la forte présence des 9 musiciens a été vivement récompensée par un public enthousiaste qui a failli obtenir un bis avec ses applaudissements si nourris.

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. Salon de Provence, Château de l’Empéri , le 31 Juillet 2019. Gabriel Fauré (1845-1924) : Quatuor n°2 en sol mineur Op.45 ; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) : Sérénade pour octuor à vents n°12 en do mineur KV. 388 ; Louise Farenc (1804-1875) : Trio pour piano n°1 Op.33 ; Charles Gounod (1818-1893) : Petite symphonie. Diana Tishchenko, violon ; Joaquin Riquelme Garcia, alto ; Aurelien Pascal, violoncelle ; Eric Le Sage, piano ; Emmanuel Pahud, flûte ; François Meyer, Gabriel Pidoux, hautbois ; Paul Meyer, Carlos Ferreira, clarinettes ; Gilbert Audin, Marie Boicharde, bassons ; David Guerrier, Benoit de Barsony, cors ; Florian Noack, piano. Illustration : © Hubert Stoecklin

 

 

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, l’ Empéri, le 31 juil 2019. MOZART, BOTTESINI, CHAMINADE / E.PAHUD. P.MEYER…

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, Château de l’ Empéri , le 31 Juillet 2019. W.A. MOZART. G. BOTTESINI. L.V. BEETHOVEN. C.CHAMINADE. C. REINECKE.  E.PAHUD. P.MEYER. F. MEYER. A.PASCAL. F. NOACK. Le Quatuor pour flûte en ré majeur de Mozart a une forme de perfection oscillant entre style « Sturm und Drang” et élégance. Le bouillonnant premier mouvement, le délicat Adagio qui déploie sa mélancolie sur un tapis de pizzicati, puis le final virevoltant sont la musique du bonheur et de la liberté gagnée par le jeune Mozart. Emmanuel Pahud dans un son concentré, un souffle immense et des couleurs chaudes a phrasé sa partie avec le grand art que nous lui connaissons. D’humeur mutine, le grand flûtiste n’a pas caché son immense joie. Ses compères un peu moins libres, très concentrés ont été aux petits soins, n’atteignant pas cependant la facilité déconcertante et si charmante du flûtiste inspiré.

 

 

La flûte de Pahud irradie dans le soir

 

 

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Plus tard dans la soirée avec le jeune pianiste Florian Noack, Emmanuel Pahud a offert une interprétation parfaite du concertino de Cécile Chaminade. La question de l’effroyable virtuosité de cette oeuvre ne semble même pas se poser : tout est musique, charme ravageur avec Emmanuel Pahud et la longueur du souffle permet des phrasés semblant infinis. Voilà le grand art de la flûte française à son sommet, dans une composition très aboutie de Cécile Chaminade. Dans le réduction au piano de la partie d’orchestre, le jeune pianiste Florian Noack a semblé respectueux de son ainé et prudent, ne jouant pas à faire sonner l’orchestre assez fermement. Pourtant les moyens pianistiques sont là ; un peu plus d’audace aurait mieux équilibré musicalement le duo qui là était plus un accompagnement de super soliste.
C’est dans le final du concert, l’Octuor de Carl Reinecke, que l’équilibre a été atteint avec un Emmanuel Pahud à égalité avec ses compagnons des vents. Le dialogue avec le hautbois de Gabriel Pidoux a été savoureux ; la présence des bassons, incroyablement vive ; les cors nobles ou taquins, magnifiques et les clarinettes, très en verve. L’Octuor de Reinecke s’apparente à celui plus connu de Mozart ou encore Beethoven, mais ne leur cède en rien sur le plan du charme comme de l’invention. Ainsi l’association des timbres est plus riche avec une flûte au lieu de deux hautbois.
Le sextuor de Beethoven, après celui de Mozart la veille, retrouvait la complicité, la fusion et l’humour des six musiciens, avec le plaisir de voir le jeune clarinettiste Carlos Ferreira prendre ses marques et sembler trouver sa place dans ce beau monde, sous les yeux bienveillants de ses ainés.

Olivier-Thiery contrebasse concert critique classiquenews 09_rec-800x966LA CONTREBASSE CHEZ BOTTESINI… Mais je ne voudrais pas oublier le moment de surprise incroyable de la soirée avec le contrebassiste de charme tout à fait inoubliable : Olivier Thiery. Ce musicien est extraordinairement touchant, capable de faire chanter avec son court archet sa contrebasse comme on ne le croyait pas possible. Le duo concertant avec la clarinette de Giovanni Bottesini le met en valeur car ce que fait la clarinette, malgré la virtuosité de Paul Meyer, semble trop facile ! Le soutient de Florian Noack est précis et là encore… trop modeste. C’est vraiment la contrebasse qui sera inoubliable grâce à l’art tout à fait subtil d’Olivier Thiery que nous nous réjouissons de retrouver dans la Truite de Schubert bientôt.
La musique de Giovanni Bottesini est très belle, admirablement équilibrée entre virtuosité et émotion. Et quelle habileté à mettre en valeur la contrebasse ! La courte rêverie a été un moment quasi surnaturel tant le chant de la contrebasse était beau et émouvant en profondeur. Plus que le concerto de Cécile Chaminade, qui a une belle notoriété chez les flûtistes, c’est la découverte de la musique de Giovanni Bottesini et son amour pour la contrebasse qui nous a étonné ce soir. Un grand merci aux directeurs artistiques, Emmanuel Pahud, Paul Meyer et Eric Le Sage, pour ce programme très original offrant une beauté constamment renouvelée.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, Château de l’Empéri , le 31 Juillet 2019.; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) : Quatuor pour flûte en ré majeurK.285 ; Giovanni Bottesini (1821-1889) : Rêverie ; Grand duo concertant. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sextuor pour vents en mi bémol majeur Op.71. Cécile Chaminade (1857-1944) : Concertino en ré majeur Op.107. Carl Reinecke (1824-1910) : Octuor pour vents Op.216. Emmanuel Pahud, flûte ; Maja Avramovic, violon ; Joaquin Riquelme Garcia, alto ; Aurelien Pascal, violoncelle ; Olivier Thiery, contrebasse; Gabriel Pidoux, hautbois ; Paul Meyer, Carlos Ferreira, clarinettes ; Gilbert Audin, Marie Boicharde, bassons ; David Guerrier, Benoit de Barsony, cors ; Florian Noack, piano. Illustrations : Octuor de Reinecken © Hubert Stoecklon 2019. Olivier Thiery, contrebasse (DR)

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, L’Empéri, le 30 juil 2019. ROTA, MOZART, RAVEL…PAHUD, MEYER…TRIO KARENINE

COMPTE-RENDU, concert. SALON DE PROVENCE, Château de l’Empéri , le 30 Juillet 2019. N. ROTA. R. CLARKE. W.A. MOZART. M. RAVEL. E.PAHUD. P.MEYER. F. MEYER. E. LE SAGE. TRIO KARENINE.  Après la sublime déferlante de la veille aux Chorégies d’Orange, (lire notre compte rendu du 29 juillet 2019) retrouver le rituel d’accueil serein de la nuit à Salon a été un baume pour les oreilles, un doux régal pour les yeux. La 27 ème édition du Festival International de Musique de Chambre de Salon de Provence a débuté à Aix en Provence ce 28 juillet. Le 29 juillet a été la grande soirée d’ouverture dans la magnifique cours du Château de l’ Empéri. D’autres concerts ont lieu à midi et dans l’après midi dans le cadre plus intimiste de l’Abbaye de Sainte Croix. La richesse de cette programmation nous amène donc ce soir à assister au 5ème concert du festival depuis trois jours !

 

 

Salon de Provence : musique de chambre à l‘Empéri…
Les Jolies Notes offertes à la nuit

 

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Le charme des concerts du soir est unique. Lors des premières notes, il fait encore jour, le soleil n’est pas couché. À la fin du concert, la nuit est complète. Ce passage est un véritable délice en si agréable compagnie. La variété de la programmation, elle semble encore plus grande cette année ; elle ménage des surprises aux mélomanes les plus aguerris. Ainsi qui connait la musique savante de Nino Rota, musicien si indissociable de la musique de films dont tous ceux de Fellini ?  Son Trio pour clarinette, violoncelle et piano a une fraicheur d’inspiration, une veine mélodique et une saveur harmonique tout à fait délectables. Sa Piccola offerta mucicale pleine d’esprit est un délice d’humour et d’invention en hommage décalé à Bach. Et lorsque très malicieusement la flûte d’Emmanuel Pahud relance le tempo par un thème primesautier le sourire intérieur s’épanouit en chacun de nous et vient aux lèvres. Et cette superbe association de musiciens tous talentueux et complices est un régal constant!

Les frères Meyer, Paul à la clarinette et François au hautbois sont de véritables enchanteurs. Gilbert Audin au basson est craquant de musicalité et de virtuosité. Coté humour, Benoit de Barsony au cor n’est pas en reste. Les femmes compositeurs sont à l’honneur tout particulièrement cette année. Ainsi Rebecca Clarke et sa Sonate pour alto et clarinette. Déjà le choix de ces deux instruments est musicalement très subtil. Le Prélude, allegro et pastorale est une très beau moment d’échange et de partage, dans une sorte de gémellité d’âme entre ces deux instruments, si proches en couleurs nostalgiques. Les qualités de son de Paul Meyer sont bien connues ; la beauté de timbre et la subtilité des phrasés de Joaquin Riquelme Garcia à l’alto sont sur le même plan. Quelle œuvre intéressante et émouvante ! Quand on sait que ces qualités de compositeur de Rebecca Clarke ont tellement été niées au point d’avoir écrit dans un journal que Rebecca Clarke n’existait tout simplement pas, on reste sans voix devant les effets de la jalousie et de la méchanceté des hommes en ces temps ! Bravo madame et Grand Merci pour cette superbe découverte !
Si Don Juan de Mozart n’a pas besoin de présentation, l’arrangement qu’en a fait un certain Joseph Triebensee, pour plusieurs extraits très bien choisis, est une vraie découverte. L’intelligence des arrangements,  la perspicacité des choix, la place chantante centrale donnée au premier hautbois nous mettent sur la voie. Il s’agit d’un ami de Mozart celui qui était son hautboïste pour son ultime opéra La Flûte enchantée… Il n’y a pas de mystère, l’esprit du divin Mozart, à l’humour si particulier est dans ces pages plus giocoso que dramatiques, même si l’ouverture de Don Juan fait grand effet. C’est donc la jubilation qui termine la première parte du concert avec une impression de facilité et de simplicité.

 

 

En deuxième partie, le Sextuor de Mozart en forme de sérénade pour 2 clarinettes, 2 bassons et 2 cors nous ramène en paysages connus. La parfaite écoute et l’intelligence du mariage des timbres fonctionne à merveille et l’équilibre entre tous est d’ une parfaite musicalité. Nous découvrons la forte présence des bassons de Gilbert Audin et Marie Boichard comme la grande délicatesse des deux cors grâce à David Guerrier et Benoit de Barsony. Tandis que les deux clarinettes se complètent : Paul Meyer souverain enchanteur, secondé par le jeune Carlos Fereirra dont le potentiel se devine. Pour terminer le concert c’est le jeune et talentueux Trio Karénine qui prend place sur l’estrade. L’enregistrement qu’ils ont réalisé du trio de Ravel était déjà de très bon augure, mais il faut être devant eux pour percevoir toute cette écoute, cette attention intime à l’autre, cette sensibilité subtile qui les unit. L’émotion délicate qui parcourt le jeu du violoncelliste est au bord de la rupture ; la sonorité est pleine et belle mais peut aller vers une nuance infinitésimale. Le violon est pur, dans des zones célestes. Et le piano socle inébranlable, puissance rythmique tellurique. Des qualités complémentaires qui permettent une interprétation remarquable et inoubliable du Trio de Ravel. Tout particulièrement la manière de construire et dégraisser la Passacaille nous permet de juger de la puissance expressive de chaque musicien lorsqu’il prend possession du thème, puis l’amplitude sidérante qui naît de leur union avant de retrouver la pureté noire du piano dans ses sonorités graves pour finir ce mouvement lent. C’est le final qui revient à la force de vie élémentaire. Vent, eau, feu, terre sont évoqués par la richesse des sonorités mêlées avec une variété incroyable. Ravel a inventé une sonorité à trois, mouvante comme la vie. Le Trio Karénine parvient à cette alchimie rare. Il a bien de l’héroïne éponyme cette puissance expressive et la vie même chevillée au corps.
Une très belle soirée qui nous conduit avec art et délicatesse vers l’un des sommets de la musique de chambre dans une interprétation de haut vol.

 

   

 

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COMPTE-RENDU, concert. Salon de Provence, Château de l’ Empéri , le 30 Juillet 2019. Nino Rota (1911-1979) : Trio pour clarinette, violoncelle et piano ; Piccola offerta musicale ; Rebecca Clarke (1886-1979) : Prélude, Allegro et pastorale pour alto et clarinette ; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) :  Don Juan , ouverture et airs arrangement de Joseph Tribensee ; Sextuor à vents Sérénade n° 11 K 375 ; Maurice Ravel ( 1875-1937) : Trio en la mineur M.67. Emmanuel Pahud, flûte ; François Meyer, hautbois ; Paul Meyer, Carlos Ferreira, clarinettes ; Gilbert Audin, Marie Boicharde, bassons ; David Guerrier, Benoit de Barsony, cors ; Eric Le Sage, piano ; Aurelien Pascal, violoncelle ; Joaquin Riquelme Garcia, alto ; Trio Karenine : Fanny Robilliard, violon ; Louis Rodde, violoncelle ; Paloma Kouider, piano. Illustration : © Hubert Stoecklin.