Le Quatuor Zaide à Lyon

LYON, salle Molière : Quatuor Zaïde. Le 23 mars 2016. Quatuor Zaïde, Natacha Kudristskaya : Mozart, Debussy, Franck. La Salle Molière était – une nouvelle fois, depuis deux ans – fermée pour travaux : la voici rouvrant au printemps 2016, où à l’invitation de la Société de Musique de Chambre, le jeune quatuor féminin Zaïde et la pianiste Natacha Kudritskaya célèbrent le très jeune Mozart, le jeune Debussy et le presque âgé Franck.

Salle Molière ou Franck
Zaide quatuor concert a lyon 201204111296Elle est chère au cœur des mélomanes et des musiciens lyonnais, elle a réputation hors frontières régionales et même nationales – ah l’idéale acoustique de chambre ! – , elle a son kitsch décoratif début de siècle (enfin, le XXe, bien sûr), son titre n’est pas en accord avec l’essentiel de ce qui s’y passe – Molière ? elle devrait plutôt s’appeler Beethoven ou Franck-, et – ajouteront des grincheux sarcastiques – elle est périodiquement en réfection. A chaque «époque de ravalement non des façades, mais de l’intérieur », il est promis que les défauts récurrents – entre autres, portes et sièges qui soupirent, grincent et claquent, un vrai lieu de répertoire pour les débuts de l’enregistrement électro-…acoustique- seront corrigés. On est impatient de découvrir au printemps 2016 ce que deux ans de travaux et donc de fermeture auront heureusement amendé, et si l’accès très difficile à des personnes en situation de handicap aura été rendu moins problématique….

La bonne Société
Ancienneté oblige, sans doute : c’est la Société de Musique de Chambre, très honorable institution du bord de Saône, qui a l’honneur tout à fait légitime d’entrer dans la carrière du chantier terminé quand les aînés n’y seront plus…Voire, d’ailleurs : la S.M.C fut fondée, nous rappelle-t-on, en 1948, mais en illustrant les vertus – et pas qu’elles ? – d’une certaine (bonne) société lyonnaise, ne remonte-t-elle pas symboliquement bien plus avant dans le Temps ? Il nous souvient (ce qui ne rajeunit pas le signataire de ces lignes, étudiant mélomane du début des années 60), d’y avoir croisé un vieux monsieur à la boiterie très esthétique dont on disait qu’il avait joué en quatuor avec Jacques Thibaut…

Les fidèles désertent ?
Au XXIe, ces initiales S.M.C. convoquent un Temps quelque peu Perdu, et , pourquoi pas ?, par la vigueur des discussions entendues dans le Hall, les antagonismes idéologiques des Salons Saint-Euverte, Guermantes ou Verdurin. Bref les proustiens peuvent encore se délecter en ces lieux et personnages où se joue une mondanité qui se souvient de ses origines et de ses privilèges, même si la diminution progressive des « fidèles » (comme les appelait Madame Verdurin) a conduit voici peu à la fusion avec les Baroqueux de la Chapelle de la Trinité dans une Société des Grands Concerts. La S.M.C. se centrait assez jalousement sur le patrimoine classico-romantique, augmenté du « modernisme » debussyste et post-debussyste. Elle n’est pas, que l’on sache, devenue fort avant-gardiste. Peut-être de nouvelles générations plus soucieuses d’ avenir ou de simple présent la rallieront-elles ?

Sur la digue de Balbec
Le concert du 23 mars nous fait encore penser à notre si cher Petit Marcel, par son programme et ses interprètes, toutes féminines. Ces quatre jeunes femmes, ne les imagine- t-on pas récentes Jeunes Filles en fleurs, du moins telles que les présentent les « prière d‘insérer » informatiques et les photos flatteuses-glamour des enregistrements , très décontractées et un rien insolentes? On rêve à ce que le Narrateur ébloui dit de la petite bande sur la digue de Balbec : « cette absence des démarcations que j’établirais bientôt entre elles, propageait à travers leur groupe un flottement harmonieux, la translation continue d’une beauté fluide, collective et mobile. » Charlotte Juillard, Leslie Boulin Raulet, Sarah Chenaf et Juliette Salmona composent aujourd’hui ce quatuor à cordes précédé de la plus flatteuse réputation établie sur des prix internationaux (Vienne, Bordeaux, Banff, Heerlen, Pékin), multi-invité de festivals, partenaire des Français de la jeune génération. « Zaïde » n’a pas limité son talent classique et romantique à son intense admiration pour Haydn – leur préféré ? -, et depuis six ans va aussi chercher son bonheur et celui des auditeurs du côté de Xenakis, Rihm ou Harvey. (elles offriront peut-être cela à un second concert de la Salle Molière, allez, courage les programmateurs !).

Un Quatuor nommé Zaïde
Et si elles se sont mises sous le patronage de Zaïde, c’est qu’un certain Mozart – une part de Wolfgang, si on préfère – aime à « musiquer » des personnages de jeunes héroïnes captives qui bravent la mort pour affirmer leur amour ; dans ce singspiel de 1779, préfiguration de l’Enlèvement, Zaïde esclave chrétienne prisonnière dans le sérail et qui aime un autre esclave de même confession, Gomatz, risque le pire en face du sultan Soliman ; mais un épisode terminal genre « croix de ma mère » (style mélodrame) convertira le sultan à la clémence, et ce souverain magnanime affirmera que « l’on trouve des âmes vertueuses non seulement en Europe mais aussi en Asie »…Même si Mozart n’a pas eu le temps de composer ce dénouement, l’intention d’éloge de la vertu énergique des femmes et de la tolérance dans l’esprit des Lumières est ici digne d’attention, et c’est probablement à un Mozart tout à la fois très engagé dans son époque, très jeune, et très amoureux que le Quatuor féminin entend rendre hommage en se nommant Zaîde….

D’une fin de siècle à l’autre
Une cinquième jeune femme rejoint « Zaïde » pour la 4e œuvre choisie : c’est la pianiste ukrainienne Natacha Kudritskaya, « enfant prodige » de l’interprétation qui a fait ses hautes études à Paris (CNSM, A.Planès, J.Rouvier), a été conseillée par C.Eschenbach, L.Fleisher, E.Leonskaja, J.C.Pennetier, a remporté de multiples prix internationaux, et joue en festivals et concerts de prestige. Zaïde commence avec un des six Quatuors du « cycle Milanais » (K.157) que le quasi-adolescent Mozart écrivit lors de son second voyage italien (1772-73), et qui mélange le rayonnement « solaire-méridional » et des accès d’ombre et même de pathétique. Puis on passe à une fin de siècle (XXe, bien sûr) que « bémolise » d’abord (selon l’expression proustienne) un « Clair de lune » debussyste, extrait de la Suite Bergamasque (1890), doucement achevé, transition verlainienne du côté de la poésie « moderne ».

Le silence original
Le Quatuor (unique dans l’écriture debussyste, comme d’ailleurs ceux de Franck, Fauré et Ravel) date de 1892, et dans sa perfection se fait « adieu à la jeunesse », tout comme le Prélude à l’après-midi d’un faune, esquissé en même temps, ouvre sur les créations de la maturité. « Debussy amalgame ici des éléments aussi différents que les modes grégoriens,la musique tzigane, le gamelan javanais,les styles de Massenet et Franck(construction cyclique), sans compter celui des Russes contemporains » (S.Gut et D.Pistone, cités par F.R.Tranchefort). Dans un sentiment de délices tonales, on y entend aussi,comme l’exprime Vladimir Jankelevitch, « la mystérieuse circulation mélodique qui le parcourt…, les bruits qui s’éloignent, qui vont de la présence à l’absence avant de s’éteindre définitivement au fond du silence original »…

Vinteuil, Sonate et Septuor
Le Quintette de César Franck, peut-être la pièce qui marque à la fin du XIXe le grand retour de la France dans la musique de chambre, couronne le concert. Il fut composé en 1879 par un musicien qui avait presque attendu la soixantaine pour se risquer en un « chambrisme » audacieux. Sa densité, sa construction qu’armature le principe cyclique – une sorte d’éternel retour, selon une conception circulaire du Temps -, ses liens (probables avec la passion vécue, selon les biographes qui ont parfois tendance à suggérer : « cherchez la femme », y compris chez celui qui en édifiant « Pater Seraphicus » aima aussi décrire « les jardins d’Eros » – dans Psyché-, et fut amoureux de la belle compositrice Augusta Holmes -)),bref une partition fascinante qui n’a rien à envier à Schumann et Brahms…Le proustien que vous êtes, cher lecteur de classique news, ou que vous ne tarderez pas à devenir (à force qu’on vous incite), y entendra les échos des deux Vinteuil révélés à Swann et au Narrateur : la Sonate « tendre, champêtre et candide »(avec sa petite phrase), le « rougeoyant » Septuor, porte ouverte sur la novation la plus mystérieuse. En réalité, Proust dédaignait « l’accroche » dans le réel de sa petite phrase (« charmante mais enfin médiocre d’un musicien que je n’aime pas », Saint-Saëns) et lui substituait, essentiellement pour un prophétique Septuor Franck, Fauré, Ravel et par-dessus tout Debussy, celui de La Mer…
Merci donc par avance aux Jeunes Femmes en fleurs qui vont célébrer dans le Temple (rénové) du Goût, le long de la Saône, les morganatiques noces de la littérature et de la musique d’hier et aujourd’hui.

LYON. Salle Molière, Lyon. Mercredi 23 mars 2016. Quatuor Zaïde, Natacha Kudritskaya. W.A. Mozart (1756-91), Quatuor K.157. César Franck (1822-1890), Quintette. Claude Debussy (1862-1918), Clair de lune, Quatuor. Information et réservation : T. 04 78 38 09 09 ; www.lesgrandsconcerts.com

Le Quatuor Zaïde joue Debussy, Franck à Lyon

LYON, salle Molière : Quatuor Zaïde. Le 23 mars 2016. Salle Molière, Lyon, 23 mars 2016. Quatuor Zaïde, Natacha Kudristskaya : Mozart, Debussy, Franck. La Salle Molière était – une nouvelle fois, depuis deux ans – fermée pour travaux : la voici rouvrant au printemps 2016, où à l’invitation de la Société de Musique de Chambre, le jeune quatuor féminin Zaïde et la pianiste Natacha Kudritskaya célèbrent le très jeune Mozart, le jeune Debussy et le presque âgé Franck.

Salle Molière ou Franck
Zaide quatuor concert a lyon 201204111296Elle est chère au cœur des mélomanes et des musiciens lyonnais, elle a réputation hors frontières régionales et même nationales – ah l’idéale acoustique de chambre ! – , elle a son kitsch décoratif début de siècle (enfin, le XXe, bien sûr), son titre n’est pas en accord avec l’essentiel de ce qui s’y passe – Molière ? elle devrait plutôt  s’appeler Beethoven ou Franck-, et – ajouteront des grincheux sarcastiques – elle est périodiquement en réfection. A  chaque «époque de ravalement non des façades, mais de l’intérieur », il est promis que les défauts récurrents – entre autres, portes et sièges qui soupirent, grincent et claquent, un vrai lieu de répertoire pour les débuts de l’enregistrement électro-…acoustique- seront corrigés. On est impatient  de découvrir  au printemps 2016 ce que deux ans de travaux et donc de fermeture auront heureusement amendé, et si l’accès très difficile à des personnes en situation de handicap aura été rendu moins problématique….

La bonne Société
Ancienneté oblige, sans doute : c’est la Société de Musique de Chambre, très honorable  institution du bord de Saône, qui a l’honneur tout à fait légitime d’entrer dans la carrière du chantier terminé quand les aînés n’y seront plus…Voire, d’ailleurs : la S.M.C  fut fondée, nous rappelle-t-on,  en 1948, mais en illustrant les vertus – et pas qu’elles ? – d’une certaine (bonne) société lyonnaise, ne  remonte-t-elle pas  symboliquement bien plus avant dans le Temps ? Il nous souvient (ce qui ne rajeunit pas le signataire de ces lignes,  étudiant mélomane du début des années 60), d’y avoir croisé un vieux monsieur à la boiterie très esthétique dont on disait  qu’il avait joué en quatuor avec Jacques Thibaut…

Les fidèles désertent ?
Au XXIe, ces initiales S.M.C. convoquent un Temps quelque peu Perdu, et , pourquoi pas  ?, par la vigueur des discussions entendues dans le Hall, les antagonismes idéologiques  des Salons  Saint-Euverte, Guermantes ou Verdurin. Bref les proustiens peuvent encore  se délecter en ces lieux et personnages où se joue une mondanité qui se souvient de ses origines et de ses privilèges, même si la diminution progressive  des « fidèles » (comme les appelait Madame Verdurin) a conduit voici peu à la fusion avec les Baroqueux de la Chapelle de la Trinité dans une Société des Grands Concerts. La S.M.C. se centrait assez jalousement sur le patrimoine classico-romantique, augmenté du « modernisme » debussyste et post-debussyste. Elle n’est pas, que l’on sache, devenue fort  avant-gardiste. Peut-être  de nouvelles générations plus soucieuses d’ avenir ou de simple présent la rallieront-elles ?

Sur la digue de Balbec
Le concert du 23 mars nous fait encore penser à notre si cher  Petit Marcel, par son programme et ses interprètes, toutes féminines. Ces quatre jeunes femmes, ne les imagine- t-on  pas  récentes Jeunes Filles en fleurs, du moins telles que les présentent les « prière d‘insérer » informatiques et les photos flatteuses-glamour des enregistrements , très décontractées et un rien insolentes? On rêve à ce que le Narrateur ébloui dit de la petite bande sur la digue de Balbec : « cette absence des démarcations que j’établirais bientôt entre elles, propageait à travers leur  groupe un flottement harmonieux, la translation continue d’une beauté fluide, collective et mobile. »  Charlotte Juillard, Leslie Boulin Raulet, Sarah Chenaf et Juliette Salmona composent aujourd’hui ce quatuor à cordes précédé de la plus flatteuse réputation établie sur des prix internationaux (Vienne, Bordeaux, Banff, Heerlen, Pékin), multi-invité de festivals, partenaire des Français  de la jeune génération. « Zaïde » n’a pas limité son talent classique et romantique à son intense admiration pour Haydn  – leur préféré ? -, et depuis six ans va aussi chercher son bonheur et celui des auditeurs du côté de Xenakis, Rihm ou Harvey. (elles offriront peut-être cela à un second concert de la Salle Molière, allez, courage les programmateurs !).

Un Quatuor nommé Zaïde
Et si elles se sont mises sous le patronage de Zaïde, c’est qu’un certain Mozart – une part de Wolfgang, si on préfère – aime à « musiquer » des personnages de jeunes héroïnes captives qui bravent la mort pour affirmer leur amour ; dans ce singspiel de 1779, préfiguration de l’Enlèvement, Zaïde esclave chrétienne prisonnière dans le sérail et qui aime un autre esclave de même confession, Gomatz, risque le pire en face du sultan Soliman ; mais un épisode terminal genre « croix de ma mère » (style mélodrame) convertira le sultan à la clémence,  et ce souverain magnanime  affirmera que « l’on trouve des âmes vertueuses non seulement en Europe mais aussi en Asie »…Même si Mozart n’a pas eu le temps  de composer  ce dénouement, l’intention d’éloge de la vertu énergique des femmes et de la tolérance dans l’esprit des Lumières est  ici  digne d’attention, et c’est probablement  à un Mozart tout à la fois très engagé dans son époque, très  jeune, et très amoureux que le Quatuor féminin entend rendre hommage en se nommant Zaîde….

D’une fin de siècle à l’autre
Une cinquième jeune femme rejoint « Zaïde » pour la 4e œuvre choisie : c’est la pianiste ukrainienne Natacha Kudritskaya, « enfant prodige » de l’interprétation qui a fait ses hautes études à Paris (CNSM, A.Planès, J.Rouvier), a été conseillée par C.Eschenbach, L.Fleisher, E.Leonskaja, J.C.Pennetier, a remporté de multiples prix internationaux, et joue en festivals et concerts de prestige. Zaïde commence avec un des six Quatuors du « cycle Milanais » (K.157) que le quasi-adolescent Mozart écrivit lors de son second voyage italien (1772-73), et qui mélange le rayonnement « solaire-méridional » et  des accès d’ombre et même de pathétique. Puis on passe à une fin de siècle (XXe, bien sûr) que « bémolise » d’abord  (selon l’expression proustienne) un « Clair de lune » debussyste, extrait  de la Suite Bergamasque (1890), doucement achevé, transition verlainienne du côté de la poésie « moderne ».

Le silence original
Le Quatuor (unique dans l’écriture debussyste, comme d’ailleurs ceux de Franck, Fauré et  Ravel)  date de 1892, et dans sa perfection se fait « adieu à la jeunesse », tout comme le Prélude à l’après-midi d’un faune, esquissé en même temps, ouvre sur les créations de la maturité. « Debussy amalgame ici des éléments aussi différents que les modes grégoriens,la musique tzigane, le gamelan javanais,les styles de Massenet et Franck(construction cyclique), sans compter celui des Russes contemporains » (S.Gut et D.Pistone, cités par F.R.Tranchefort). Dans un sentiment de délices tonales, on y entend aussi,comme l’exprime Vladimir Jankelevitch, « la mystérieuse circulation mélodique qui le parcourt…, les bruits qui s’éloignent, qui vont de la présence à l’absence avant de s’éteindre définitivement au fond du silence original »…

Vinteuil, Sonate et Septuor
Le Quintette de César Franck, peut-être la pièce qui marque à la fin du XIXe le grand retour  de la France dans la musique de chambre, couronne le concert. Il fut composé en 1879 par un musicien qui avait presque attendu la soixantaine pour se risquer en un « chambrisme » audacieux. Sa densité, sa construction qu’armature le principe cyclique – une  sorte d’éternel  retour, selon une conception circulaire du  Temps -, ses liens (probables avec la passion vécue, selon les biographes qui ont parfois tendance à suggérer  : «  cherchez la femme », y compris chez celui qui en édifiant « Pater Seraphicus » aima aussi  décrire « les jardins d’Eros » – dans Psyché-, et fut  amoureux de  la belle compositrice Augusta Holmes -)),bref  une partition fascinante qui n’a rien à envier à Schumann et Brahms…Le proustien que vous êtes, cher lecteur de classique news, ou que vous ne tarderez pas à devenir (à force qu’on vous incite),  y entendra les échos des deux Vinteuil  révélés à Swann et au Narrateur : la Sonate « tendre, champêtre et candide »(avec  sa petite phrase), le « rougeoyant » Septuor, porte ouverte sur la novation  la plus mystérieuse. En réalité, Proust dédaignait « l’accroche » dans le réel de sa petite phrase (« charmante mais enfin médiocre d’un musicien que je n’aime pas », Saint-Saëns) et lui substituait, essentiellement pour un prophétique Septuor  Franck, Fauré, Ravel et par-dessus tout Debussy, celui de La Mer…
Merci  donc par avance aux Jeunes Femmes en fleurs qui vont célébrer dans le Temple (rénové) du Goût, le long de la Saône, les morganatiques noces de la littérature et de la musique d’hier et aujourd’hui.

LYON. Salle Molière, Lyon. Mercredi 23 mars 2016. Quatuor Zaïde, Natacha Kudritskaya. W.A. Mozart (1756-91), Quatuor K.157. César Franck (1822-1890), Quintette. Claude Debussy (1862-1918), Clair de lune, Quatuor. Information et réservation : T. 04 78 38 09 09 ; www.lesgrandsconcerts.com

Récital du Quatuor Zaïde à Saintes

quatuor zaide-cordes saintes 2014 quatuor ZAIDE concertSaintes. Quatuor Zaïde : Haydn, Janacek, Beethoven, le 18 juillet 2014,22h. Le 3ème concert de la journée à Saintes promet par tradition la découverte voire révélation de nouveaux et jeunes talents. C’est le cas des 4 musiciennes chambristes composant le Quatuor Zaïde qui offrent ce 18 juillet au milieu de la nuit, un programme ambitieux réunissant Haydn, Beethoven, Janacek. Haydn: Quatuor opus 50 n°6. Dans l’histoire de la musique et dans celle de l’évolution progressive de la forme musicale, il y a pour le XVIIème les madrigaux de Monteverdi et pour le XVIIIè,  les …Quatuors de Mr Haydn. Le grand Claudio fait évoluer le langage vocal et instrumental à travers les madrigaux, passant de la polyphonie strictement vocale à l’écriture baroque, dramatique, mêlant instrumentistes et chanteurs vers un seul but, l’articulation expressive et poétique du mot. Quand la parole se fait geste et vice versa. A Vienne, Joseph Haydn transpose en musique, l’art de vivre raffiné et social de la vie impériale cultivée … en musique : le Quatuor incarne peu à peu l’idée de la conversation musicale mais à quatre instruments de cordes seules. Le plan est parfaitement cerné et de plus en plus strict : de 3 à 4 mouvements. L’ordre des épisodes se met en place : allegro initial (parfois avec un prélude sombre et imprévisible), puis adagio, scherzo (et son trio ou menuet d’essence chorégraphique), enfin allegro. Le tout forme un cycle caractérisé dont l’esprit et le caractère respectif contraste avec ce qui précède et ce qui suit.

haydn_joseph_aristoLes six quatuors opus 50 de Joseph Haydn, dédiés à Frédéric Guillaume II de Prusse  sont dits «  prussiens et datent de 1787. La forme nouvelle permet au compositeur d’expérimenter, d’explorer dans toutes les directions, comme il le fait simultanément dans le domaine symphonique pour grand orchestre (les Symphonies parisiennes sont achevées juste avant les 3 Quatuors Prussiens. Outre le trio exceptionnel du Scherzo, Haydn affine encore les nuances de son écriture en particulier dans le dernier mouvement (allegro con spirito) où les mêmes notes répétées ne sont jamais colorées de la même façon. Le propre de Haydn ? Une élégance jamais mise en défaut, de l’invention là où on attend du conformisme, de la facétie où l’on espère du brio.

kamila janacekLes Lettres intimes de Janacek. Inventeur de l’opéra tchèque, Janacek brille sur la scène lyrique (Jenufa, l’Affaire Makropoulos, La Petite renarde rusée…), autant de chefs d’oeuvre dans sa langue natale qui apporte tout l’esprit original d’une culture spécifique, passionnée, contrastée, dont les ferments propres renouvellent aussi le genre opéra. Le compositeur est un homme comblé, dont la vie intime fut une série d’épisodes enfiévrés dont témoignent presque explicitement ses Quatuors parmi les mieux autobiographiques du genre : bavardages décousus diront les moins convaincus ; jaillissement libre et audacieux des affects diront les admirateurs pour qui Janacek a su aussi renouveler le genre créé par Haydn. Le Quatuor à cordes n°2, dit «lettres intimes», est le miroir d’une psyché riche et bouillonnante : à la fin des années 1920, le compositeur vit une relation passionnée avec une jeune femme Kamila Stösslova, … qui a plus de 35 ans de moins que lui ! Le titre du Quatuor n°2 renvoie à l’abondante correspondance entre les deux amants. Printemps sensuel pour le musicien en fin de carrière, comme avant lui, le vieux Rubens, amant regaillardi de la belle et très jeune Hélène Fourment. L’histoire de l’art est édifiante en vies sentimentales renouvelées où des âmes ayant déjà vécues leur cours, retrouvent à l’extrémité de leur existence un nouveau soleil amoureux. Le grand souffle inspire à Janacek l’une de ses œuvres les plus inspirées, innocente par son flux premier, vital, primitif, d’un lyrisme à fleur de peau et jamais tapageur. Ici la passion s’écrit en quatre mouvements tels que fixés par Haydn :  le premier mouvement exprime l’extase et le ravissement des cœurs liés. Le final, après un moderato sensuel et lui aussi enivré, et parfois sombre, se fait déclaratif … d’un élan conquérant, totalement lumineux. Illustration : Kamilla et Janacek (DR).

saintes abbatiale-facade-724x521Beethoven : Quatuor opus 59 n°3. A Saintes, les Zaide ajoute à ce programme généreux, le 3ème et ultime Quatuor Razumovsky de Beethoven, l’opus 59 n°3 (composé en 1807, créé par le Quatuor Schuppanzigh à Vienne en 1809) : à Vienne, Beethoven, célèbre déjà pour ses cycles symphoniques et de musique concertante (où il crée lui-même au clavier la plupart de ses Concertos pour piano), sait convaincre l’élite viennoise en lui offrant sa propre conception formelle du quatuor, après l’âge d’or incarné par son prédécesseur Haydn (et aussi Mozart). Parmi ses soutiens politiques, Razumovski qui est alors ambassadeur de Russie à Vienne. Emblème d’une modernité exigeante qui ne renonce à aucune audace, l’œuvre séduit immédiatement par sa puissante architecture harmonique comme sa grande fluidité mélodique (andante con moto). Parmi les annotations laissées par Ludwig sur le document autographe, l’auteur affirme sa claire conscience artistique malgré sa surdité : « «Ne garde plus le secret de ta surdité même dans ton art ». A croire que Schumann en avait compris l’incisive vérité : « ici Beethoven trouve ses motifs dans la rue, mais il en fait les plus belles paroles du monde ». Comme l’a fait Haydn mais de façon épisodique pour contraster l’ensemble de sa production, Beethoven inaugure ici, un procédé propre aux grands Quatuors de la fin, ceux de la maturité souveraine : une introduction lente et sombre parfois introspective et lugubre afin de préparer à la profondeur de ce qui suit et déjà susciter l’attention et l’écoute attentive de son auditoire. Comme pour Janacek après lui, Beethoven renouvelle le modèle de Haydn et fait du quatuor, le miroir musical de son âme palpitante. Un génial laboratoire intime qui manifeste ce que la musique peut dire ce que la voix ne saurait chanter.

 

Vendredi 18 juillet, 22h
Abbaye aux Dames
Quatuor Zaïde

Joseph Haydn
(1732-1809)

Quatuor opus 50 n°6 : allegro en ré majeur – poco adagio en ré mineur – menuetto (allegretto) – allegro con spirito

Leos Janácek
(1865-1924)

Quatuor n°2 «lettreS intimes»  : andante – con moto – allegro adagio – vivace

moderato – andante – adagio allegro – andante – adagio

Ludwig van Beethoven
(1770-1827)

Quatuor opuS 59 n°3 : andante con moto- allegro vivace andante con moto quasi allegretto menuetto grazioso – allegro molto

Quatuor Zaïde

Charlotte Juillard et Manon Philippe, violon

Sarah Chenaf, alto
Juliette Salmona, violoncelle

 

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Consultez l’ensemble de la programmation du festival de Saintes, les modalités de réservations et les offres pacakagés plusieurs concerts, les conditions d’hébergement à Saintes… sur le site du festival de Saintes 2014

Réservations par internet

par téléphone au  + 33 5 46 97 48 48