France Musique. Concert Richard Strauss par Chailly, le 14 janvier 2015, 14h.

richard-strauss-102~_v-image360h_-ec2d8b4e42b653689c14a85ba776647dd3c70c56logo_francemusiqueFrance Musique. Concert Richard Strauss par Chailly, le 14 janvier 2015, 14h. Au programme : 3 pièces orchestrales de Richard Strauss : les poèmes Symphoniques, Mort et transfiguration, Tod und verklärung opus 24, Till l’Espiègle et Don Quixote opus 35. Le concert dirigé par Riccardo Chailly (Gewandhaus de Leipzig, juin 2014 pour le centenaire Strauss)… est copieux en soulignant la verve et le lyrisme parfois exubérant du symphoniste Richard Strauss. C’est bien le plus grand compositeur pour l’orchestre avec Mahler à l’extrême fin du XIXè et au tout début XXè. D’autant que ses expérimentations préparent ici à l’aventure lyrique qui suit, l’une des plus passionnantes de la première moitié du XXème siècle. En regroupant 3 poèmes symphoniques de Strauss, Riccardo Chailly dévoile l’inspiration et la maîtrise du compositeur bavarois dans un genre qu’il a servi mieux que personne à son époque. Au ténébriste et introspectif Mort et transfiguration répondent la verve tendre des deux sommets pour l’orchestre que sont Till l’Espiègle et Don Quichotte dont Strauss fait deux héros, le premier à l’inénarrable fureur de vivre, le second d’une humanité dérisoire puis philosophe.

Mort et transfiguration est né de la pure imagination d’un Strauss bercé par les rêves et les passions romantiques. Rien donc d’autobiographique dans cette expérience musicale de la mort, éprouvée selon le sujet narré par Romain Rolland par un mourant sur son lit d’agonie : alors qu’expirant, le malade angoisse mais rêve aussi et songe à son enfance, aux exploits de la maturité comme aux désirs non encore exaucés, la mort surgit enfin en criant “halte”. Après une lutte inégale, le mourant succombe et du ciel résonne sa rémission tant attendue sur les mots prononcés telle une délivrance : “Rédemption, transfiguration”.
Strauss voulait prolonger comme un exercice et un défi personnel, les trouvailles réalisées par ses poèmes précédents : Macbeth (début et fin en ré mineur), Don Juan (mi majeur initial mais mi mineur final) auquel répond ainsi la performance nouvelle de Mort et Résurrection débutant en ut mineur mais s’achevant dans la lumière souveraine et spirituelle de l’ut majeur. Composée entre 1887 et 1888, la partition est créée le 21 juin 1890 sous la direction de Strauss à Eisenach. Et déjà le critique Eduard Hansslick pouvait anticiper le succès lyrique de Strauss en avouant son admiration pour cette œuvre qui mène droit sur la voie du drame en musique. Durée : 25 ou 26 mn selon les versions.

Till Eulenspiegel, Till l’Espiègle, opus 28. Le Till dont s’empare Strauss n’a ni la superbe héroique du héros historique, paysan agitateur au XIVè en Allemange du nord et qui meurt de la peste noire. Ce n’est pas non plus ce glorieux rebelle opposé à Charles Quint dans les Flandres soumises aux Habsbourg… Rien de cela, mais la figure archétypale d’un luron facétieux et provocateur, lutin séditieux qui sous les coup d’un orchestre vengeur et moral, meurt sur le gibet.
Le forme du rondeau revendiqué par Strauss, alternant refrain et couplet, structure toute la narration du poème, comme des épisodes très identifiés. Composé en 1895, la partition est créée à Cologne en novembre de la même année, puis Munich et Vienne (janvier 1896) par Strauss et Richter, suscitant un immense succès : là encore la verve dramatique du conteur Strauss galvanise les esprits et offre à l’orchestre, l’une de ses partitions romantiques les plus virtuoses. Durée : 14 ou 15 mn selon les versions : c’est le poème symphonique le plus court du catalogue straussien.

La Femme sans ombre de Richard StraussDon Quichotte / Don Quixote opus 35 est composé d’abord à Florence dès octobre 1896 puis n’est pleinement achevé qu’en décembre 1897. Si les créations allemandes (Cologne puis Francfort sur le Main par Strauss en mars 1898) sont favorables, la création parisienne aux Concerts Lamoureux en 1900, indigne l’assistance (témoignage de Romain Rolland), par son caractère bouffon et comique qui renoue avec la vitalité insolente et si exaltante/tée de Till l’Espiègle. En 1900, à 33 ans, Strauss est au sommet de ses possibilités : il obtient tout ce qu’il veut de l’orchestre dont il fait le miroir précis et enivrant des moindre nuances de l’âme humaine. Strauss développe une fantaisie débridée et fantastique sur le sujet chevaleresque : le violoncelle solo incarne l’antihéros à la triste figure qui semble par sa tendresse épique et son héroïsme décalé, incarner la dérisoire destinée des hommes. L’alto de Sancho Pancha lui donne la réplique. En auteur cultivé et raffiné, donc moins provocateur lui-même que ce qui a été dit et écrit sur la partition, Strauss cite Cervantes à l’entrée de chaque tableau. En tout 9 variations qui expriment plus qu’elles n’illustrent le souffle de la fable à la fois hilarante et tragique, comique et sentimentale du Chevalier éconduit et vaincu… La belle Dulcinée, l’Idéal, le dernier combat contre le chevalier de la blanche lune,… la partition n’omet aucun des grands combats de la vie d’un idéaliste inspiré voire halluciné. La fin est troublante et d’une grandeur tragique irrésistible : après sa défaite, Don Quichotte renonce à tout, devient berger et philosophe, voit sa mort et accepte la délivrance finale sur l’accord de ré majeur. Apothéose orchestrale inouïe d’un soldat de la vie qui a gagné l’éternité du salut. Bavard mais sincère, contrasté et pétillant même mais profond, Strauss signe dans Don Quichotte sa meilleure oeuvre symphonique concertante, offrant au genre du poème symphonique, une ampleur de vue, une justesse poétique rarement aussi bien réussies. Attention chef d’oeuvre ! Et pour tout amateur de symphonisme, une expérience exaltante. Durée : Entre 38 et 40 mn selon les versions. On sait la passion de Karajan pour cette œuvre qu’il en a enregistré à plusieurs reprises : c’est dire l’hommage immense du chef au compositeur. Karajan en digne interprète fait de la partition et du mythe chevaleresque, une odyssée  symphonique existentielle dont les rebonds et ressentiments s’expriment dans le chant de l’orchestre.

richard-strauss-102~_v-image360h_-ec2d8b4e42b653689c14a85ba776647dd3c70c56logo_francemusiqueFrance Musique. Concert Richard Strauss par Chailly, le 14 janvier 2015, 14h. Au programme : 3 pièces orchestrales de Richard Strauss : les poèmes Symphoniques, Mort et transfiguration, Tod und verklärung opus 24, Till l’Espiègle et Don Quixote opus 35.