CD, critique. BRAHMS : Concertos n°1 et 2, V Maltempo. Mitteleuropa Orch / Marco Guidarini (2 cd Piano classics, Brilliants classics)

brahms concertos pour piano 1 et 2 marco guidarini vincenzo maltempo piano classics brilliants review cd critique cd par classiquenews novembre 2018CD, critique. BRAHMS : Concertos n°1 et 2, V Maltempo. Mitteleuropa Orch / Marco Guidarini (2 cd Piano classics, Brilliants classics). La carrure, plutĂ´t solide, du piano de Vincenzo Maltempo contraste avec la tenue vibratile extrĂŞmement sensible de l’orchestre dirigĂ© par Marco Guidarini (Mitteleuropa Orchestra, phalange italienne que le chef pilote depuis deux saisons comme directeur musical, sept 2017). Le pianiste n’hĂ©site pas Ă  ralentir, creuser les respirations, Ă©tendre, Ă©largir les champs imaginatifs du Concerto n°1 (1859) dès le premier mouvement d’ouverture, « Maestoso », Ă  la fois majestueux et tendre, lyrique et passionnĂ© : surtout introspectif et humaniste, fraternel et presque caressant. Chef et soliste expriment le massif tectonique, les couleurs d’un orchestre wagnĂ©rien qui façonnent l’un des paysages sonores parmi les plus impressionnants comme les plus intimes aussi – paradoxe ou oxymore nettement brahmsienne (le pudique et le secret dans le grandiose) spĂ©cifique Ă  Johannes Brahms.
Le galbe et cette intériorité ample et comme ralentie font les délices de cette lecture qui ne manque ni de panache démonstratif ni d’écoute introspective, faisant sonner le piano symphonique chers aux Romantiques (de la première génération, les Chopin et Liszt), comme l’instrument royal capable de ciselure intime.
Le 2è mouvement fait surgir une couleur intense… dans le repli et le recueillement (Adagio), avec un étirement de la pâte sonore qui suscite de nouveaux horizons intérieurs. L’équilibre entre le piano et l’atmosphère orchestrale est idéal. L’ingénieur du son et les interprètes ont privilégié la rondeur et la chaleur grave du clavier, aux résonances profondes, d’une séduction évidente.

BRAHMS HD pour GSTAAD reportage2018Le Concert n°2 (1881) moins fiĂ©vreux et Ă©pique, impose un complicitĂ© fusionnelle suprĂŞme, entre soliste et orchestre, dans le premier mouvement, comme envoĂ»tĂ© (Allegro non troppo) oĂą la direction du chef inscrit une ampleur renouvelĂ©e, d’une tension exemplaire, exprimant jusqu’au voile de l’expĂ©rience car il s’agit bien d’une partition de l’extrĂŞme maturitĂ© du classique romantique. ComposĂ© 20 ans après le Premier Concerto, l’opus opus 83 tend Ă  basculer la forme concertante vers le riche terreau poĂ©tique du poème symphonique. Serti et comme constellĂ© d’inclusions intimes et d’une rare pudeur, le Concerto n°2 bascule Ă©videmment dans l’intonation chambriste, ce que comprend le chef qui lui donne mĂŞme une rĂ©sonance Ă  la fois claire et dĂ©taillĂ©e, mozartienne, comme une stabilitĂ© architecturĂ©e Ă  la Beethoven. Toute la passion brahmsienne s’exprime librement dans le second mouvement (allegro appassionato), d’une instabilitĂ© expressive d’une grande finesse et lĂ  encore oĂą rayonnent l’équilibre entre le clavier sombre, grave, profond, et l’éloquence plus picturale de la direction orchestrale. Le 3è Ă©pisode, – Andante, et son ouverture comme un concerto pour violoncelle, tisse une nouvelle coloration dans l’introspection tendre et fraternelle : le hautbois atteint une lueur crĂ©pusculaire qui dit Ă  la fois la fin et le commencement. Les respirations que cultivent le chef, par ailleurs, grand chef lyrique, saisissent par leur justesse. Tout ici suspend son vol et dĂ©ploie un sentiment de pure extase, hors temps. C’est l’émergence d’un nouveau temps, temps du sentiment, temps Ă©motionnel, qui ne connaĂ®t aucune intelligence de l’efficacitĂ© mais creuse la richesse des harmonies et la clartĂ© du plan mĂ©lodique.
Le « gracioso » du dernier mouvement est remarquable de simplicité et de détails articulés avec une précision aérienne. L’équilibre et la balance sont très bien ajustés, accordant ciselure du piano et enveloppe climatique diffusée par l’orchestre : l’articulation du piano servie par une prise de son très proche du clavier et de la table d’harmonie, mais parfaitement ajustée à l’orchestre, dessine cette fusion claire, d’une fraîcheur inédite qui contraste avec les autres lectures, souvent, épaisses, et denses, parfois trop pompeuses.
Ici rien de tel, plutôt le relief millimétré de chaque instrument, en complicité et en dialogue avec le piano. Voici assurément dans ces équilibres et mesures, le meilleur épisode du Concerto. D’autant que les interprètes savent rehausser encore l’humour de Brahms qui se saisit de motifs folkloriques hongrois, en un rondeau à l’ivresse magicienne. Recyclant l’esprit de vieilles valses avec un recul à la fois tendre et nostalgique. L’acuité dynamique, le scintillement entre clavier et orchestre suscitent notre admiration. Remarquable lecture : de loin, le travail agogique et très fouillé, surtout dans les 2 derniers mouvements du Concerto n°2, force l’admiration. CLIC DE CLASSIQUENEWS.COM de décembre 2018. Bravo maestro.

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. Johannes Brahms : Concertos pour piano n°1, n°2 – Vincenzo Maltempo piano – Mitteleuropa Orchestra – Marco Guidarini direction. 2 CD Piano classics – PCL10145 – EAN code – 5029365101455 – Mai 2018. CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2018.

https://www.piano-classics.com/articles/b/brahms-piano-concerto-nos-1-2/