STREAMING opĂ©ra : Toby Spence chante Mort Ă  Venise de Britten Ă  l’OpĂ©ra du Rhin

benjamin_britten_vieuxSTREAMING, OpĂ©ra. Dim 18 avril 2021. BRITTEN : Mort Ă  Venise. L’OpĂ©ra national du Rhin (OnR) a filmĂ© sa nouvelle production signĂ©e du collectif « Clarac-Deloeuil > le Lab », annulĂ©e en fĂ©vrier, mais cependant captĂ©e. A voir sur le site de l’OnR dĂšs le 18 avril 2021. Le 17 avril sur certaines chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision (*)

AprĂšs les coups d’éclats de la jeunesse – Peter Grimes, Billy Budd – partitions proches de la comĂ©die mais parfois sombres et toujours tendues vers le mystĂšre, le britannique Benjamin Britten au dĂ©but des annĂ©es 1970, mettre en musique le chef d’Ɠuvre de Thomas Mann : Mort Ă  Venise (Death in Venice). L’ouvrage sera son dernier opĂ©ra. La librettiste Myfanwy Piper adapte cette rĂ©flexion crĂ©pusculaire sur l’art oĂč le protagoniste, un Ă©crivain malade et condamnĂ© (Gustav von Aschenbach) a la rĂ©vĂ©lation de la beautĂ© Ă  Venise, alors qu’une Ă©pidĂ©mie (de CholĂ©ra) rappelle Ă  tous les habitants de la citĂ© lacunaire combien est fragile la condition humaine. Son errance dans la CitĂ  devient labyrinthe initiatique jalonnĂ© de rencontres magiques voire Ă©nigmatiques

Britten invente un monde lunaire, Ă  la fois onirique et lĂ©tal qui mĂȘle visions Ă©rotiques et fantasmatiques d’Aschenbach et sĂ©duction du jeune homme, Apollon moderne, sujet de l’admiration de l’esthĂšte qui se sait mourir
 et qui juste avant d’expirer a cette vision voluptueuse et salvatrice de la beautĂ© aux pouvois transcendants voire rĂ©dempteurs.

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Avec
Gustav von Aschenbach : Toby Spence
Les 7 personnages : Scott Hendricks

Mise en scĂšne : Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil
Direction musicale : Jacques Lacombe.

VOIR Mort Ă  Venise de BrittenBritten
sur le site de l’OpĂ©ra national du Rhin
Ă  partir du 18 avril 2021 :
https://www.operanationaldurhin.eu/fr/spectacles/saison-2020-2021/opera/abgesagt-der-tod-in-venedig

Opéra en deux actes
Livret de Myfanwy Piper d’aprùs Thomas Mann
Créé à The Maltings, Snape, le 16 juin 1973
Le spectacle devait ĂȘtre donnĂ© du 12 fĂ©vrier au 2 mars 2021.
Il a été capté les 10 et 12 février à Strasbourg
Il fera ensuite l’objet d’une diffusion sur France 3 Grand Est (date de programmation Ă  venir)

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TELE. Diffusée par les chaßnes régionales selon le planning suivant :
‱ Le 17 avril à 20 h 45 sur vià Vosges et Canal 32
‱ Le 17 avril à 22 h 30 sur vià Moselle
‱ le 18 avril à 20 h 45 sur Alsace 20.
Par ailleurs, si vous disposez d’une box internet pour recevoir les chaĂźnes sur votre tĂ©lĂ©viseur, le programme sera Ă©galement accessible au niveau national sur le canal 30.

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LIRE notre dossier BRITTEN : Mort Ă  Venise

Leighton_brittenBritten traite aprĂšs Visconti, le sujet rĂ©digĂ© par Thomas Mann. Le dĂ©sir de l’adulte pour l’enfant, son regard contemplatif provoque ici une rĂ©solution inverse. Le sujet dĂ©sirĂ© n’est pas sacrifiĂ©. RongĂ© par le remords et la culpabilitĂ©, c’est l’adulte dĂ©sirant qui succombe Ă  la terrible vĂ©ritĂ© de ses fantasmes pĂ©dophiles. En esthĂšte impuissant, Aschenbach reste fascinĂ©, “mĂ©dusĂ©â€ au sens propre, par la beautĂ© apollinienne du garçon Tadzio. L’adorateur semble Ă©cartelĂ© entre l’aspiration Ă  la beautĂ© et la cruditĂ© charnelle qui compose aussi sa coupable attraction. En dĂ©cidant de se taire toujours, Aschenbach semble avoir choisi l’autodestruction et l’anĂ©antissement. Chaque silence dictĂ© par le remords, quand paraĂźt le jeune adolescent, est semblable Ă  un coup de poignard. Et chaque regard dĂ©sirant se retourne contre lui : il se transforme en lente agonie.
Britten a remarquablement illustrĂ© l’évolution de la contemplation vĂ©cue par Aschenbach, en ses dĂ©buts spirituelle et esthĂ©tique, ensuite confusĂ©ment trouble et sexuelle (le cauchemar de la Bacchanale dans lequel Aschenbach rĂȘve qu’il rejoint Tadzio) : l’apollinien, le bacchique
 au final, dans une vision pessimiste, l’idĂ©alisme et le spirituel sont corrompus par le poison du dĂ©sir


Golo Mann : de Doktor Faustus à “Death in Venice”

Avant de mourir en 1955, Thomas Mann aurait reconnu que, si son Doctor Faustus devait ĂȘtre portĂ© Ă  l’opĂ©ra, il n’y aurait qu’un musicien capable de le faire : Benjamin Britten. Or depuis janvier 1971, le compositeur qui se sait condamnĂ©, -il souffre d’une insuffisance de l’aorte : endocardite-, souhaite Ă©crire un dernier opĂ©ra, “pour Peter”.
Britten a bien connu l’un des fils Mann, Golo, Ă  Brooklyn, pendant son “exil amĂ©ricain”. Les deux hommes se retrouvent et Golo Mann, lui souffle l’idĂ©e d’adapter” Mort Ă  Venise” que Visconti rĂ©Ă©crit pour le cinĂ©ma.
EN LIRE PLUS dossier complet MORT A VENISE de Benjamin Britten
http://www.classiquenews.com/britten-mort-a-venise/

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Rappel SYNOPSIS

(Acte I) – ScĂšne I : Aschenbach solitaire traverse le cimetiĂšre de Munich. Sa femme est morte et sa fille vient de se marier. Un voyageur lui rappelle la fascination pour Venise. Il dĂ©cide de s’y rendre.

ScÚne II : arrivée dans Venise, transfert crépusculaire vers le Lido.
ScĂšne IV : accueil du directeur de l’HĂŽtel des Bains au Lido. Au moment du dĂźner, Aschenbach voit pour la premiĂšre fois le jeune Tadzio : des sonoritĂ©s orientales et mystĂ©rieuses qui rappellent le Gamelan, expriment la beautĂ© foudroyante du garçon et l’impossibilitĂ© pour son adorateur d’exprimer aucun mot. C’est la musique qui Ă©voque le choc de la vision.
ScĂšne V : sur la plage du Lido. Aschenbach continue d’ĂȘtre traversĂ© par son dĂ©sir pour le jeune Ă©phĂšbe. Il programme de partir mais une erreur d’enregistrement de ses bagages retarde son dĂ©part. Peu Ă  peu, le climat Ă©touffant de Venise se prĂ©cise.

(Acte II) – ScĂšne VIII : aprĂšs s’ĂȘtre rendu chez le barbier, Aschenbach a la confirmation que Venise est le foyer d’une Ă©pidĂ©mie de cholĂ©ra. Laquelle est tenue secrĂšte par les autoritĂ©s de la ville.
De fait, le vieil homme succombe Ă  la maladie comme il est terrassĂ© par l’ivresse des sens que lui a causĂ©, la beautĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e de l’adolescent polonais, et la confusion et la folie qui se sont emparĂ©es de lui.
ScĂšne XIV : Aschenbach sur la plage du Lido contemple Ă  nouveau son idole. Il assiste au dĂ©part de la famille inquiĂšte face Ă  la diffusion du cholĂ©ra. Aschenbach se morfond sur sa chaise, seul. Il meurt sur les accords de l’hymne Ă  Apollon. Les rĂ©sonances incantatoires et cĂ©lestes du vibraphone semblent l’emporter.
Peter Pears indique l’importance que revĂȘt “Death in Venice” pour Britten, lui-aussi aux portes de la mort lorsqu’il compose son opĂ©ra : l’ouvrage rĂ©sume la quĂȘte artistique et personnelle du compositeur, en ce sens, la partition peut-ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme son testament…

COMPTE-RENDU, opéra. Strasbourg, ONR, le 16 oct 2020. Saint-Saëns : Samson et Dalila. Marie-Eve Signeyrole / Ariane Matiakh.

saint-saens-camille-portrait-carre-classiquenewsCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. Strasbourg, ONR, le 16 oct 2020. Saint-SaĂ«ns : Samson et Dalila. Marie-Eve Signeyrole / Ariane Matiakh.Il aura donc fallu attendre 8 mois pour que Strasbourg puisse prĂ©senter une nouvelle production Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin : peu avant le spectacle, son directeur Alain Perroux, nommĂ© l’an passĂ© suite au dĂ©cĂšs inattendu d’Eva Kleinitz, remercie au micro l’ensemble des intervenants, dans leurs domaines technique et artistique respectifs, avec une Ă©motion visible. Venu en nombre, le public a Ă©tĂ© rĂ©parti dans la salle dans le respect des mesures de distanciation, avant que la discipline de sortie en fin de soirĂ©e montre combien chacun respecte les nĂ©cessaires consignes d’organisation. Musicalement, ce contexte permet d’entendre le choeur rĂ©parti dans les deux derniers balcons en hauteur, 
une satisfaction paradoxale Ă  laquelle on ne s’attendait guĂšre : on se rĂ©gale de cette spatialisation oĂč chaque pupitre s’oppose avec force dĂ©tail, faisant de cette particularitĂ© l’un des grands moments de la soirĂ©e. On se fĂ©licite aussi d’avoir fait appel Ă  Ariane Mathiakh (nĂ©e en 1980) pour diriger la fosse, tant la Française insuffle une Ă©nergie sans pareil : Ă  force de dĂ©tails, sa direction sans vibrato, piquante et allĂ©gĂ©e (COVID oblige, les cordes ont Ă©tĂ© rĂ©duites), est un modĂšle d’Ă©lĂ©gance aĂ©rienne. Pour autant, l’ancienne laurĂ©ate de la premiĂšre Ă©dition « Talents chefs d’orchestre Adami », en 2008, n’en oublie jamais le drame, donnant dĂšs l’ouverture des couleurs sombres par des scansions appuyĂ©es aux contrebasses. Elle sait aussi ralentir le tempo dans des moments plus Ă©tonnants (premiĂšres mesures vĂ©nĂ©neuses de “Mon coeur s’ouvre Ă  ta voix” au 2e acte ou dans la Bacchanale au 3e acte, d’une grande tenue rythmique). On espĂšre retrouver trĂšs vite cette baguette trĂšs imaginative, sur scĂšne comme au disque.

 
 

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Face Ă  cette direction enthousiasmante, le plateau vocal se montre plus inĂ©gal. Convaincants : Jean-SĂ©bastien Bou (son Dagon est d’une grande force thĂ©Ăątrale, bien Ă©paulĂ© par sa parfaite diction, idĂ©alement projetĂ©e) ; de mĂȘme, les seconds rĂŽles superlatifs ne sont pas en reste : Wojtek Smilek et Patrick Bolleire – ce dernier familier du rĂŽle (voir notamment Ă  Metz https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-metz-le-5-mai-2018-samson-et-dalila-saint-saens-jacques-mercier-paul-emile-fourny/ et Massy en 2018). Les deux rĂŽles-titres sont plus problĂ©matiques : la Dalila de Katarina Bradic, dont le manque de puissance est audible dans les ensembles. C’est certainement ce qui explique pourquoi la mezzo serbe s’Ă©panouit principalement dans le rĂ©pertoire baroque, lĂ  oĂč ses superbes couleurs cuivrĂ©es dans les graves font merveille – pianissimos trĂšs maitrisĂ©s. Ici, l’aigu est plus tendu dans les changements de registre au I, avec un manque d’Ă©clat constant dans les forte. MĂȘme dĂ©ception pour le trĂšs inĂ©gal Massimo Giordano (Samson), Ă  l’Ă©mission instable et serrĂ©e dans l’aigu, sans parler de son vibrato prononcĂ©. Seule la voix en pleine puissance sĂ©duit en de rares occasions, dans un rĂŽle il est vrai redoutable.

La mise en scĂšne de Marie-Eve Signeyrole joue la carte d’une transposition contemporaine rĂ©ussie, imaginant deux camps irrĂ©conciliables, entre conservateurs au pouvoir et mouvement anarchique des clowns – ces derniers rappelant inĂ©vitablement leurs lointains cousins les gilets jaunes. Comme Ă  son habitude (voir notamment son Nabucco https://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-opera-lille-le-19-mai-2018-verdi-nabucco-rizzi-brignoli-signeyrole/), Signeyrole s’appuie sur les dispositifs vidĂ©o souvent filmĂ©s en direct et projetĂ©s sur plusieurs Ă©crans, tout en expliquant son uchronie en un gĂ©nĂ©rique Ă  la double fonction, didactique et satirique : la vision du monde politique, ainsi montrĂ©e, ressemble Ă  une Ă©mission de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©, dont les spectateurs suivraient chaque Ă©pisode rocambolesque. Certains personnages n’hĂ©sitent pas Ă  s’adresser directement Ă  la camĂ©ra, tandis que l’utilisation d’un plateau tournant permet des allers-retours saisissants entre vies privĂ©e et publique : le ballet visuel incessant entre les diffĂ©rents tableaux est une grande rĂ©ussite tout au long de la soirĂ©e, rĂ©vĂ©lant un grand art dans les transitions. Juste aussi l’idĂ©e force de Signeyrole, de montrer Samson en handicapĂ© physique, comme s’il revivait sans cesse le cauchemar de sa chute : le dĂźner de con organisĂ© en son honneur au III donne Ă  voir toute l’horreur de sa situation, tandis que la mise en scĂšne se saisit astucieusement de l’accĂ©lĂ©ration du rĂ©cit Ă  la fin : ici, le chĂątiment divin disparait au profit d’une sorte d’entartage politique Ă  base de goudron et de plumes, en un final clownesque cohĂ©rent. Un travail global d’une belle richesse visuelle, toujours au service de l’oeuvre.

 
 
 
 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. Strasbourg, ONR, le 16 oct 2020. Saint-SaĂ«ns : Samson et Dalila. Katarina Bradic (Dalila), Massimo Giordano (Samson), Jean-SĂ©bastien Bou (Le grand prĂȘtre de Dagon), Patrick Bolleire (AbimĂ©lech), Wojtek Smilek (Un vieillard hĂ©breu), Damian Arnold (Un messager philistin), Nestor Galvan (Premier Philistin), Damien Gastl (DeuxiĂšme Philistin), ChƓurs de l’OpĂ©ra national du Rhin, Orchestre symphonique de Mulhouse. Ariane Matiakh / Marie-Eve Signeyrole. A l’affiche jusqu’au 28 oct 2020 Ă  Strasbourg puis les 6 et 8 novembre 2020 Ă  Mulhouse. Photo : HDN Presse

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. STRASBOURG, ONR, le 20 oct 2019. Dvoƙák : Rusalka. Antony Hermus / Nicola Raab.

Compte-rendu, opĂ©ra. Strasbourg, OpĂ©ra national du Rhin, le 20 octobre 2019. Dvoƙák : Rusalka. Antony Hermus / Nicola Raab.

 

 

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Nicola Raab frappe fort en ce dĂ©but de saison en livrant une passionnante relecture de Rusalka, que l’on pensait pourtant connaĂźtre dans ses moindres recoins. TrĂšs exigeante, sa proposition scĂ©nique nĂ©cessite de bien avoir en tĂȘte le livret au prĂ©alable, tant Raab brouille les pistes Ă  l’envi en superposant plusieurs points de vue ; de l’attendu rĂ©cit initiatique de l’ondine, Ă  l’exploration de la confusion mentale du Prince, sans oublier l’ajout des dĂ©chirements violents d’un couple contemporain en projection vidĂ©o. L’utilisation des images projetĂ©es constitue l’un des temps forts de la soirĂ©e, donnant aussi Ă  voir l’Ă©lĂ©ment marin dans toute sa froideur ou son expression tumultueuse, en miroir des tiraillements des deux hĂ©ros face Ă  leurs destins croisĂ©s : l’Ă©veil Ă  la nature pour le Prince et l’acceptation de la sexualitĂ© pour Rusalka. Au II, face Ă  une Rusalka muette aux allures d’Ă©ternelle adolescente, la Princesse Ă©trangĂšre reprĂ©sente son double positif et sĂ»re d’elle, volontiers rugueux.

 

 

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La scĂ©nographie minimaliste en noir et blanc, puissamment Ă©vocatrice, entre sol labyrinthique et portes Ă  la perspective dĂ©mesurĂ©e, force tout du long le spectateur Ă  la concentration, tandis qu’un simple rideau en arriĂšre-scĂšne permet de dĂ©voiler plusieurs saynĂštes en mĂȘme temps, notamment quelques flash back avec Rusalka interprĂ©tĂ©e par une enfant. Cette idĂ©e rend plus fragile encore l’hĂ©roĂŻne, dont la sorciĂšre Jezibaba serait l’infirmiĂšre au temps de l’adolescence (une idĂ©e dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ©e par David Pountney pour l’English National Opera en 1986 – un spectacle disponible en dvd). Une autre piste suggĂ©rĂ©e consiste Ă  imaginer Rusalka comme un fantĂŽme qui revit les Ă©vĂ©nements en boucle, ce que suggĂšre la blessure de chasse reçue en fin de premiĂšre partie. Quoiqu’il en soit, ces multiples interprĂ©tations font de ce spectacle l’un des plus riches imaginĂ© depuis longtemps, Ă  voir et Ă  revoir pour en saisir les moindres allusions.
AprĂšs la rĂ©ussite de la production de Francesca da Rimini, donnĂ©e ici-mĂȘme voilĂ  deux ans http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-strasbourg-le-8-decembre-2017-zandonai-francesca-da-rimini-giuliano-carella-nicola-raab/, voilĂ  un nouveau succĂšs Ă  mettre au crĂ©dit de l’OpĂ©ra du Rhin (par ailleurs rĂ©cemment honorĂ© par le magazine allemand Opernwelt en tant qu’”OpĂ©ra de l’annĂ©e 2019″ ).

Le plateau vocal rĂ©uni pour l’occasion donne beaucoup de satisfaction pendant toute la reprĂ©sentation, malgrĂ© quelques rĂ©serves de dĂ©tail. Ainsi de la Rusalka de Pumeza Matshikiza, dont la rondeur d’Ă©mission trouve quelques limites dans l’aigu, un peu plus Ă©troit dans le haut de la tessiture. La soprano sud-africaine semble aussi fatiguer peu Ă  peu, engorgeant ses phrasĂ©s outre mesure. Des limites techniques heureusement compensĂ©es par une interprĂ©tation fine et fragile, en phase avec son rĂŽle. A ses cĂŽtĂ©s, Bryan Register manque de puissance dans la fureur, mais trouve des phrasĂ©s inouĂŻs de prĂ©cision et de sensibilitĂ©, Ă  mĂȘme de procurer une vive Ă©motion lors de la scĂšne de la dĂ©couverte de Rusalka, puis en toute fin d’ouvrage.
Attila Jun est plus décevant en comparaison, composant un pùle Ondin au niveau interprétatif, aux graves certes bien projetés, mais plus en difficulté dans les accélérations aiguës au II. Rien de tel pour Patricia Bardon (Jezibaba) qui donne la prestation vocale la plus étourdissante de la soirée, entre graves gorgés de couleurs et interprétation de caractÚre. On espÚre vivement revoir plus souvent cette mezzo de tout premier plan, bien trop rare en France. Outre les parfaits seconds rÎles, on mentionnera la prestation inégale de Rebecca Von Lipinski (La Princesse étrangÚre), qui se montre impressionnante dans la puissance pour mieux décevoir ensuite dans le medium, avec des phrasés instables.

 

 


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Enfin, les chƓurs de l’OpĂ©ra national du Rhin se montrent Ă  la hauteur de l’Ă©vĂ©nement, tandis qu’Antony Hermus confirme une fois encore tout le bien que l’on pense de lui, en Ă©pousant d’emblĂ©e le propos torturĂ© imaginĂ© par Raab. Toujours attentif aux moindres inflexions du rĂ©cit, le chef nĂ©erlandais alanguit les passages lents en des couleurs parfois morbides, pour mieux opposer en contraste la vigueur des verticalitĂ©s. Les rares passages guillerets, tels que l’intervention moqueuse des nymphes ou les maladresses du garçon de cuisine, sont volontairement tirĂ©s vers un cĂŽtĂ© sĂ©rieux, en phase avec la mise en scĂšne. Un trĂšs beau travail qui tire le meilleur de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg.

 

 

 
 

 
 

 

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Compte-rendu, opĂ©ra. Strasbourg, OpĂ©ra national du Rhin, le 20 octobre 2019. Dvoƙák : Rusalka. Pumeza Matshikiza (Rusalka), Attila Jun (L’Ondin), Patricia Bardon (Jezibaba), Bryan Register (Le Prince), Rebecca Von Lipinski (La Princesse Ă©trangĂšre), Jacob Scharfman (Le chasseur, Le garde forestier), Claire PĂ©ron (Le garçon de cuisine), Agnieszka Slawinska (PremiĂšre nymphe), Julie Goussot (DeuxiĂšme nymphe), EugĂ©nie Joneau (TroisiĂšme nymphe), ChƓurs de l’OpĂ©ra national du Rhin, Orchestre philharmonique de Strasbourg. Antony Hermus / Nicola Raab. A l’affiche de l’OpĂ©ra national du Rhin, du 18 au 26 octobre 2019 Ă  Strasbourg et les 8 et 10 novembre 2019 Ă  Mulhouse. Photo : Klara Beck.