COMPTE-RENDU, critique. LILLE, Nouveau Siècle, le 16 janvier 2020. MAHLER : Symphonie n°9. Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch, direction.

bloch-alexandre-mahler-symphonie-8-mille-nov-2019-annonce-critique-symphonie-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique. LILLE, Nouveau Siècle, le 16 janvier 2020. MAHLER : Symphonie n°9. Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch, direction. Après une Symphonie n°8 « des Mille » réalisée en nov 2019, jalon éblouissant d’un cycle qui restera mémorable, voici en ce début d’année 2020, la fin de l’odyssée mahlérienne par l’ONL LILLE Orchestre National de Lille et son directeur Alexandre Bloch : la 9è, véritable testament musical et spirituel. Les auditeurs l’ont remarqué comme les musiciens eux-mêmes : il s’est passé quelque chose avec les 5è et 6è symphonies ; rondeur et précision accrues, réflexes plus naturels, onctuosité et profondeur, servies par un relief instrumental d’un fini impeccable… de fait, jouer sur la durée l’intégralité des symphonies et de façon ainsi chronologique, aura porter bénéfice à l’écoute et à la cohérence du collectif lillois. Alexandre Bloch depuis son arrivée en 2016 aura fondamentalement fait évoluer et enrichit l’expérience des musiciens, n’hésitant pas à élargir le répertoire (jusqu’à l’opéra, avec Les Pêcheurs de Perles de Bizet, juin 2017), ou « oser » des partitions monstrueuses réputées injouables (MASS de Bernstein, juin 2018). Ce cycle Mahler s’inscrit dans un mouvement à la fois de renouvellement et d’accomplissement pour l’Orchestre.

Evidemment dans l’histoire de la phalange, la filiation souterraine avec le fondateur Jean-Claude Casadesus s’impose ; ce dernier avait amorcé des essais Mahler, dont surtout la Symphonie n°2, vive, affûtée, brûlée, d’une évidente densité spirituelle dont CLASSIQUENEWS a rendu compte, nov 2015. Alexandre Bloch recueille tout cela et d’emblée pilote un approfondissement en risquant l’intégrale. Pari réussi, car avec le recul, Lille depuis les débuts de l’odyssée, est devenue capitale mahlérienne (le cd de la 7è Symphonie, pour nous la plus personnelle du compositeur-chef et directeur de l’Opéra de Vienne, est annoncé d’ici le printemps 2020).

Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille
jouent la 9è symphonie de Mahler
Jusqu’au silence…

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Pour la 9è, ferveur et concentration, puissance et voluptĂ© sonores sont au rendez vous. Tout le cycle orchestral exprime l’élan de vie et en mĂŞme temps, le renoncement et l’adieu au monde… Si les prĂ©cĂ©dentes symphonies mettent en scène en un mouvement parfois furieux et impĂ©tueux, les sentiments mĂŞlĂ©s d’un homme marquĂ© par le destin (dĂ©mission de l’OpĂ©ra de Vienne, dĂ©cès de sa fille, bientĂ´t diagnostic de la maladie aux poumons…), Mahler exprime un nouveau sentiment dans la 9è (avant-dernière) : une conscience Ă©largie de lui-mĂŞme et une sĂ©rĂ©nitĂ© intime, inexorable. L’aboutissement d’un travail intime sour la douleur.
Ce cheminement introspectif qui porte de fait le signe d’un adieu, célèbre en réalité l’avènement d’un nouveau Mahler, comme enrichi et renforcé par les épreuves vécues. C’est pourquoi dans le flux orchestral parfois cynique, exalté, fantaisiste mais aussi éperdu, tendre et nostalgique se précise une nouvelle acuité personnelle que porte comme dans la 8è, un indéfectible espoir.
La clairvoyance de Mahler se lit dès le premier mouvement (Andante comodo) et l’adieu ou la déchirure intime qu’il exprime en filigrane est le désamour de son épouse Alma ; le rictus diabolique du second, qui singe et parodie un ländler, frêle danse dérisoire liée à la vaine agitation terrestre… Le bizarre du Rondo-burlesque (3è mouvement) s’il est d’essence parodique et grinçante, n’en demeure pas moins « très décidé » : la détermination de Mahler confirme qu’il est pleinement conscient, jamais victime, larmoyante (comme on peut le lire ici et là) : Alexandre Bloch semble mesurer les enjeux poétiques, spirituels, expressifs, toutes les tensions poétiques de ce jeu à double voire triple lecture : tout indique la maturité du regard mahlérien sur la vanité bouffonne de la réalité et de la condition humaine ; organisant la texture symphonique avec un naturel, un sens des équilibres, une rage éloquente, ce souci du détail instrumental… réjouissants.
Spirituel, mesuré, intérieur et mystérieux, l’Adagio final semble recueillir comme un dernier scintillement, l’opération quasi alchimique de la 8è, en particulier la sublimation du corps de Faust dans la 2è partie. Mahler conclut dans un flux orchestral de plus en plus dépouillé et suspendu, diaphane et évanescent, où l’âme s’élève à mesure qu’elle se libère de sa gangue matérielle : une élévation qu’Alexandre Bloch cisèle, caresse dans la complicité et une écoute progressive avec les instrumentistes.
De la lumière au silence, de l’exaltation vitale au murmure, puis au souvenir du murmure… cette fin comme un immense paysage Ă  l’infini lointain imperceptible car le compositeur Ă©largit au delĂ  de l’entendement l’espace orchestral, est pure poĂ©sie, après l’énoncĂ© ultime du gruppetto, dernier signe de vie, de souffle ; tout continue dans ce basculement vers l’ineffable. Le passage (comme dans le dernier mouvement de la 6è dite « PathĂ©tique » de Tchaikovski), principalement incarnĂ© par le voile des cordes, est porteur de mĂ©tamorphose et de transcendance, l’indice d’un accomplissement. Et dans le chant du violoncelle solo, l’expression d’une tendresse enivrĂ©e, enchantĂ©e comme au temps de l’innocence, …la promesse du pardon final, – croyance viscĂ©ralement acquise par Mahler parvenu au terme de son pĂ©riple symphonique. Autant de jalons rĂ©alisĂ©s ici par le chef et son formidable orchestre. Illustrations : © Ugo Ponte / ONL LILLE 2020.

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COMPTE-RENDU, critique. LILLE, Nouveau Siècle, le 16 janvier 2020. MAHLER : Symphonie n°9. Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch, direction.

Symphonie n° 9

I. Andante comodo
II. Im Tempo eines gemächlichen Ländlers. Etwas täppisch und sehr derb
III. Rondo-Burleske. Allegro assai. Sehr trotzig
IV. Adagio. Sehr langsam und noch zurĂĽckhaltend

Orchestre National de Lille
Direction : Alexandre Bloch

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VISIONNER LES SYMPHONIES DE MAHLER par l’ONL LILLE

Il est possible de visionner toutes les symphonies de MAHLER sur la chaîne YOUTUBE de l’ONL LILLE / Orchestre National de Lille :
https://www.youtube.com/watch?v=LCbBkpH0ImU

 
 
 

VOIR NOTRE REPORTAGE VIDEO Symphonie n°8 des “Mille” / Alexandre Bloch / ONL LILLE :

 

mahler-mille-ONL-LILLE-alexandre-Bloch-vignette-classiquenews

http://www.classiquenews.com/onl-lille-8e-symphonie-de-mahler-reportage-nov-2019/

REPORTAGE vidéo 8è symphonie de MAHLER... ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, Alexandre BLOCH. La 8è Symphonie des Gustav Mahler est un Everest orchestral, choral et lyrique créé en 1910 dont le colossal des effectifs (jamais vu jusque là, d’où son sous titre « des Mille », pour 1000 musiciens sur scène) égale l’exigence morale, poétique, spirituelle. Présentation de la partition composée d’une première partie de tradition contrapuntique traditionnelle mais revisité (Hymne « Veni Creator Spiritus »), puis d’une seconde partie qui aborde comme un opéra, la dernière partie du second Faust de Goethe. Y paraissent de nombreux personnages Magna Peccatrix, Pater Ecstaticus, Pater Profundus, Doctor Marianus, Mulier Samaritana, Maria Aegyptiaca, … enfin Mater Gloriosa, sans omettre les choeurs des anges, le chœur Mysticus en une fresque flamboyante qui exprime les forces vitales de l’Amour et le pouvoir de l’Eternel Féminin, source de salut et de rédemption pour le monde et l’humanité. Entretien avec les interprètes et les parties engagées dans la réalisation de ce défi suprême pour l’Orchestre National de Lille. C’est l’un des jalons du cycle événement dédié aux Symphonies de Gustav Mahler par l’Orchestre National de Lille et Alexandre BLOCH, directeur musical. 12mn – © studio CLASSIQUENEWS  -  réalisation : Philippe-Alexandre PHAM (nov 2019)

LIRE aussi notre critique : LILLE, le 20 nov 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Orch National de Lille, Alexandre Bloch, direction.

https://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-lille-le-20-nov-2019-mahler-symphonie-n8-des-mille-orch-national-de-lille-alexandre-bloch-direction/