Compte-rendu, concert. Toulouse, Halle aux grains, le 5 fĂ©vrier. Ravel, Beethoven… Nicholas Angelich, piano.

angelich nicholasangelichc2a9sonjawernerNĂ© aux États-Unis, Nicholas Angelich est pourtant un digne reprĂ©sentant de l’interprĂ©tation pianistique française. Son Concerto en sol de Ravel ce soir, a Ă©tĂ© un vrai rĂ©gal. L’écoute d’un orchestre qu’il connaĂźt bien et qu’il semble apprĂ©cier tout particuliĂšrement, participe de cette belle interprĂ©tation en entente mutuelle. Le toucher racĂ© du pianiste, son mĂ©lange de force et dâ€˜Ă©lĂ©gance, sa parfaite maĂźtrise de toute une gamme de nuances, rendent son jeu trĂšs vivant. De belles couleurs irradient en particulier dans le mouvement central lent qui a Ă©tĂ© le moment magique du concert. La longue et dĂ©licate introduction du piano nous a conviĂ©s dans un monde de beautĂ© mĂ©lancolique et de poĂ©sie Ă©lĂ©gante. Le final dans un tempo vif a permis au piano superbement maitrisĂ© d‘Angelich de briller. Quelle aisance dans les rythmes parfaitement «Jazzy » ! L’orchestre a Ă©tĂ© brillant et trĂšs haut en couleurs. Des cordes pures, des bois exceptionnels, des cuivres taquins, des percussions en gloire.

 

 

 

 

Nicolas Angelich Ă  Toulouse, un nouvel enchantement

 

Avant ce grand moment musical, le cycle de Ma MĂšre l‘Oye dirigĂ© par Gustavo Gimeno n’a pas atteint le niveau de poĂ©sie ni la subtilitĂ© Ă  laquelle nous sommes habituĂ©s Ă  Toulouse. Un chef dont la prĂ©occupation semble davantage maĂźtriser l’orchestre que de faire de la musique avec des instrumentistes d‘exception. La maniĂšre de battre la mesure lors du solo du cor anglais a fait sâ€˜Ă©poumoner notre magnifique Gabrielle Zaneboni sans lui permettre de retrouver son phrasĂ© naturel habituel. Ceci est un exemple de ce qui est peut ĂȘtre un manque de confiance du jeune chef, ou son peu de sensibilitĂ© Ă  la dimension chambriste que la musique symphonique contient.

La TroisiĂšme symphonie de Beethoven a procĂ©dĂ© de ce mĂȘme combat, gagnĂ© par le chef Ă  l’arrachĂ©e, avec une mĂ©trique implacable. Le sous-titre de la symphonie ne nous semble pas suggĂ©rer cet hĂ©roĂŻsme lĂ  


Il nous restera le grand plaisir d’avoir pu retrouver Nicholas Angelich que le public toulousain adore. Son bis de Schumann (TrĂ€umerei, extrait des Kinderszenen) a Ă©tĂ© un moment de pure grĂące cĂ©leste.

 

 

 

Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 5 fĂ©vrier 2016 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Ma mĂšre l’Oye, cinq piĂšces enfantines ; Concerto pour piano et orchestre en sol majeur ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°3 « HĂ©roĂŻque » en mi bĂ©mol majeur ; Nicholas Angelich, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Gustavo Gimeno.

Compte rendu, récitals de piano. Toulouse. Piano aux Jacobins 36 Úme édition. Cloßtre des Jacobins, les 8, 9, 11 septembre 2015. Nicholas Angelich, Menahem Pressler et Anastasya Terenkova, piano.

angelich nicholasangelichc2a9sonjawernerNicholas Angelich pianiste d‘origine amĂ©ricaine, a Ă©tĂ© un Ă©lĂšve trĂšs apprĂ©ciĂ© du grand Aldo Ciccolini, disparu cette annĂ©e et que les toulousains avait entendus Ă  la Halle au grains en 2014. Le programme de Nicolas Angelich honore deux immenses pianistes et compositeurs. Beethoven d‘abord avec deux sonates. La Sonate n° 5 puis la Sonate Waldstein. Angelich en saisit toute la force et sait mettre ses moyens impressionnants au service de sa musicalitĂ©. Il se dĂ©gage de son interprĂ©tation une force sans violence, ni passion tapageuse. La maitrise des tempi et des nuances et un choix de couleurs franches mettent en valeur la structure des Ɠuvres et la beautĂ© de leur construction. Sans cĂ©der Ă  la facilitĂ© des orages romantiques ou d‘une musique à  programme dans les deux Sonates, c‘est la musique pure qui sâ€˜Ă©panouit. Il en sera de mĂȘme dans la Sonate de Liszt donnĂ©e en deuxiĂšme partie de concert. C’est la rigueur de la construction qui prend le pas sur les rĂ©miniscences d‘opĂ©ra Italien ou les fulgurances pianistiques. La virtuositĂ© est seconde, la musique toujours Reine. Plus que de puissance, c’est une idĂ©e de force maitrisĂ©e qui s‘impose. En pleine possession de ses moyens, Nicholas Angelich est un fin musicien qui met au service des gĂ©nies qu’il sert, ses moyens de pianiste virtuose et sa musicalitĂ© rare. Cette 36 Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins a donc dĂ©butĂ© sous des auspices musicaux radieux dans une sorte de plĂ©nitude sereine.

Toulouse. Piano aux Jacobins 36 Úme édition. Cloßtre des Jacobins, le 8 septembre 2015. Ludwig Van Beethoven  (1770-1827) : Sonate n° 5 en ut mineur op.10 n°1 ; Sonate n°21 en ut majeur ,Waldstein, op.53 ; Frantz Liszt, Sonate en si mineur ; Nicholas Angelich, piano.  

pressler menahem piano recitalNul ne savait si le doyen des pianistes en activitĂ© du haut de ses 90 ans allait se remettre de sa chute qui lui laisse une colonne vertĂ©brale trĂšs endolorie. Menahem Pressler dit que la musique est sa raison de vivre et sa force. Il est donc venu, prĂ©cautionneux et soutenu fermement, fragile silhouette s’avançant vers le piano une canne Ă  la main. Ce que cet admirable musicien nous a offert ce soir dĂ©passe tout ce qui peut s‘imaginer. La musique a irradiĂ© dans une dĂ©licatesse de songe. C’est dans une Ă©toffe d‘ailes de papillon que cet Elfe du piano a dĂ©ployĂ© un vol qui jamais n‘a touchĂ© terre. Tout d’élĂ©vation et de lumiĂšre crĂ©pusculaire, l’art du pianiste forme des perles nacrĂ©es, des gouttes d‘eau mordorĂ©es, des bulles de champagne, qui toujours rebondissent et jamais ne tombent au sol. Les ans n’ont pas de prise sur cet ĂȘtre Ă©ternellement jeune au sourire franc, ses doigts ne sont quâ€˜Ă©lĂ©vation ; ils ne forcent jamais le piano. Les nuances sont prĂ©cises et subtilement dosĂ©es avec des pianissimi de rĂȘve. Les couleurs sont celles d’une mĂ©lancolie heureuse toujours lumineuses jusque dans les tĂ©nĂšbres. Son programme d’oeuvres rares et exigeantes donne,  sinon une image de la quintessence de la musique, du moins une association riche de symboles. Tant le Rondo de Mozart que la Fantaisie de Schubert sont de forme libre comme une suite de variations que le gĂ©nie des compositeurs secondĂ© par un interprĂšte particuliĂšrement inspirĂ© font tendre vers une musique qui pourrait ĂȘtre celle de l’infini.  Autre figure de l‘abolition de la pesanteur : la danse. Celle des Mazurkas de Chopin est dĂ©licate Ă  rendre et peu de pianistes le peuvent comme Menahem Pressler. Un rubato subtil, une lĂ©gĂšretĂ© de toucher, des couleurs diaphanes parlent Ă  l‘ñme qui peut croire en un ailleurs paradisiaque ou ni poids, ni charges n’existent ou tout est lĂ©gĂšretĂ©, beautĂ©, poĂ©sie. AprĂšs un tel moment de partage, sorte de testament joyeux, nous savons que ce message si beau va nous aider quoi qu’il arrive. Merci Ă  vous Menahem Pressler, musicien si complet et poĂšte immortel pour ĂȘtre venu encore une fois dans ce beau cloĂźtre des Jacobins. L’ovation du public debout a montrĂ© combien votre exemple d’humanitĂ© a Ă©tĂ© compris.

Cloitre des Jacobins, le 9 Septembre 2015. Wolfgang Amadeus Mozart ; Rondo en la mineur, K.511  ; Frantz Schubert(1797-1828) : Sonate n°18 en sol majeur D.894, fantaisie  ; Fréderic Chopin 3 Mazurkas op.7 n°1 et 3 ;op.17 n°4 Ballade n°3 en la bémol majeur, op.47. Menahem Pressler, piano.

terenkova anastasyaFrĂȘle silhouette, Anastasya Terenkova, a dĂ©butĂ© son rĂ©cital consacrĂ© Ă  Bach, arrangĂ© et arrangeur, d’une maniĂšre fort singuliĂšre. Des doigts timides, des sonoritĂ©s droites et une nuance piano constante avec une mise en lumiĂšre de la ligne de chant principale sont un parti pris inhabituel. Ce n‘est pas lĂ  le Bach des riches contrastes, des rythmes pleins de vie, des harmonies complexes. La transcription du PrĂ©lude en si mineur de  Siloti ou celle de  Kempf  « Je t’appelle, Seigneur JĂ©sus-Christ » passent sans que vraiment lâ€˜Ă©motion ne pointe. Plus intĂ©ressante semble la transcription par Bach lui mĂȘme d’un concerto pour hautbois de son contemporain Marcello. Dans l’Adagio, la mise en lumiĂšre du chant du hautbois est une belle rĂ©ussite d’Anastasya Terenkova. La troisiĂšme Suite Anglaise de Bach, dans cette proposition interprĂ©tative, gagne en fluiditĂ© et en clartĂ© mais perd en relief. La danse ne s‘invite jamais et cette musique devenue dĂ©sincarnĂ©e perd en nerf, en corps, en vitalitĂ©.  C’est dans la troisiĂšme partie du concert, dans l’adaptation par Rachmaninov de piĂšces de la troisiĂšme Sonate pour violon seul et ses variations sur un thĂšme de Corelli que le piano d’Anastasya Terenkova s’anime un peu mais sans la virtuositĂ© extravertie du Russe aux grandes mains.

Etrange choix interprĂ©tatif ce soir d’une musique dĂ©sincarnĂ©e comme jouĂ©e du bout des doigts. Le charme Ă©vanescent de ce concert n’a pas convaincu tout le public. Mais il y a tant de possibles avec la musique de Bach au clavier, que l‘originalitĂ© de la dĂ©marche d’Anastasya Terenkova  mĂ©rite tout notre respect Ă  dĂ©faut de la partager.

Trois concert diffĂ©rents et complĂ©mentaires, trois Ăąges de la vie de Musicien, la pleine maturitĂ©, la sagesse hors d‘ñge et l’expĂ©rimentation de la jeunesse. Le Festival Piano aux Jacobins tient dĂšs son ouverture ses promesses et le public nombreux est comblĂ©.

Toulouse. Saint Pierre des Cuisines, le 11 septembre 2015 ; Johann Sebastian Bach ( 1685-1750) : Bach/Siloti : PrĂ©lude en Si Mineur, BWV 855a ; Marcello/Bach : Concerto pour hautbois en rĂ© mineur, BWV 974 ; Bach/Kempf : « Je t’appelle, Seigneur JĂ©sus-Christ » BWV 639 ; Bach : Suite Anglaise n°3, en sol mineur, BWV 808 ; Vivaldi/Bach ( arr A.Tharaud) : Sicilienne BWV 596 ; Bach/Rachmaninoff: PrĂ©lude, Gavotte et Gigue (Sonate pour violon en mi majeur, BWV 1006) ; Rachmaninoff, Variations sur un thĂšme de Corelli op.42 ; Anastasya Terenkova, piano.