Cd événement, critique. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2018

teodor_currentzis_52Cd événement, critique. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2018. Avec ce second opus symphonique, Teodor Currentzis démontre sa mestrià orchestrale : une vision, un geste qui deviennent expérience métaphysique. C’est peu dire que le sens de la caractérisation s’accomplit ici avec une finesse et un mordant exceptionnellement justes. Ce qu’apporte immédiatement Teodor Currentzis, emblématique en cela des chefs qui savent autant diriger le baroque que le romantisme, l’opéra que la matière symphonique, c’est une versatilité permanente qui s’accompagne de nuances spécifique pour chaque séquence. Telle attention à l’intonation, les connotations, les caractères, les couleurs éblouissent véritablement dans le magma martial du Premier mouvement Allegro energico, plus encore dans le second « Scherzo », souvent redondant après le premier parce que les orchestres et les chefs si nombreux en l’occurrence ont déjà tout dit ; chez Currentzis, chaque mesure a sa propre énergie, revendique un caractère particulier, le tout avec une unité et une cohérence organique qui assure le lien et la globalité dy cycle dans son entier. Les cordes danses et rugissent, les cuivres et les percussions sont élastiques, wagnériennes, d’une clameur sourde et articulée, constamment passionnantes.

Au cœur du typhon mahlérien
Teodor Currentzis, magicien poète


currentzis teodor chef maestro review presentation classiquenews sacre du printemps de stravinsky trilogie mozart da ponte critique compte rendu cdQuant à l’harmonie, Currentzis déploie des sommets de couleurs onctueuses, amoureuses, enivrées (les clarinettes, les hautbois, les bassons et les flûtes acquièrent ainsi un relief et une sonorité très détaillés, jamais écoutés avec une telle justesse là encore). Voilà qui creuse dans l’orchestre des champs et contrechamps, des seconds plans propres ; la texture s’enrichit dans l’expressivité, certes pas dans l’épaisseur ou la puissance. 
Ce que nous apporte Currentzis, c’est l’alliage superlatif, du mordant de chaque timbre, caractérisé, millimétré, et l’énergie, la puissance : ce Scherzo est jubilatoire car pas une mesure n’ennuie, mais elle clame son cri, son existence propre. Quel résultat. Ce moelleux des arrières plans prend forme avec une nostalgie d’une ineffable profondeur dans l’ANDANTE moderato dont la courbe tendre (le cor est pur enchantement, cristallisation d’un instant magique, traversé par la grâce). Currentzis se montre là encore : voluptueux et clair, détaillé et architecte, jouant de la légèreté millimétrée de chaque pupitre ainsi mis en dialogue. Quand avons-nous écouté pareil rêve et tendresse, ainsi sculptés dans la pâte orchestrale? Le chef cherche l’au-delà des notes, va au delà de chaque mesure, repoussant toujours et encore la ligne de respiration ; l’intensification du mouvement atteint un sommet d’éloquence intérieure, de plénitude sonore. Voilà du bien bel ouvrage.

De la même façon, le dernier mouvement Sostenuto, Allegro moderato, puis Allegro energico, redouble de vitalité caractétisée où le chef semble faire ressurgir ce qui a été déjà énoncé, en un bel effet de miroir et de boucle symétrique aussi, mais avec une attention décuplée à chaque mesure. La caractérisation saisit par sa justesse là encore, entre volonté, résistance et désespoir. Le conflit qui s’enfle et atteint les cimes de l’exultation, pose très clairement les forces en présence, avec une noblesse d’intonation, superlative. Le chef très inspiré sait aussi récapituler tout ce qui fait cette confession viscérale, amoureuse et radicale de la Symphonie précédente, n°5 (prière voire imploration pour Alma son épouse).
Enivrée, et attendrie, cette dernière séquence conclusive bascule dans la morsure et la désespérance, la convulsion martiale, sarcastique et tendue. Dans le bain conflictuel, l’orchestre est idéalement (et magistralement) balloté, entre frénésie et accalmie. Echevelées, nerveuses, les cordes indiquent ce tumulte, ce désordre intérieur, cette profonde dépression primitive qui scelle le destin de Mahler. En analyste complice, porteur d’un humanisme fraternel, le chef en exprime la forme orchestrale avec une poésie de magicien : là encore, n’écoutez que la dernière séquence (avec le solo de violon à 22’ de l’Allegro energico), ce que le chef réalise en couleurs, timbres, nuances, vision d’architecte est à couper le souffle. Il fait du final, non pas un siphon vers l’abime mais une aspiration hallucinée vers une nouvelle métamorphose. Non pas arrêt mais passage et électrisation. Eblouissant.

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CLIC D'OR macaron 200Cd Ă©vĂ©nement, critique. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2018 – Parution : 26 octobre 2018.

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