Résidence. Teodor Currentzis et MusicaEterna à Lucerne : 6-8 oct 2021

MUSICA-ETERNA-teodor-currentzis-annonce-critique-classiquenews-review-classiquenewsRÉSIDENCE. MUSICAETERNA, TEODOR CURRENTZIS à LUCERNE, les 6 -8 octobre 2021. A Lucerne, chef et ensemble (sur instruments anciens) transforment le KKL concert Hall en laboratoire artistique d’un nouveau type, comprenant le temps de leur résidence concerts, master classes, rencontres interactives, projection de films, expos de photographies… Fondé depuis 2004 à Novosibirsk par le maestro grec Teodor Currentzis, MusicaEterna explore les répertoires avec une implication dépoussiérante qui semble recueillir les préceptes vivifiants de pionniers de l’approche historique, de Christie à Harnoncourt. Mahler et Stravinsky, Rameau et Mozart… tout semble inspirer le collectif sous la baguette nerveuse, ciselée, expressive du chef défricheur.

 

 

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Etabli à Saint-Pétersbourg depuis 2019 (au centre culturel Dom Radio), MusicaEterna qui vient de défendre une approche détonnante de l’opéra Don Giovanni de Mozart au dernier festival de Salzbourg, entend développer à Lucerne son premier festival artistique international. Les temps forts de cette Résidence hors normes sont entre autres, la l’opéra pour choeur Tristia de Philippe Hersant (6 oct), composé en 2015 pour le chef et destiné à l’origine à être réalisé par des prisonniers. Une rencontre avec Currentzis et Hersant suivra la performance autour des thèmes de liberté, de foi, d’espérance… A l’appui de la proposition sera projeté le film du réalisateur danois Carl Theodor Dreyer : The World (1955) ; et aussi Hidden Life de Terrance Malick qui traite de l’humanisme à travers l’évocation de la 2è Guerre mondiale (7 oct). Teodor Currentzis propose aussi une masterclass de direction d’orchestre autour de la 5è Symphonie de Mahler, avant de diriger l’oeuvre dans son intégralité (le 8 oct), en écho avec la proposition de la chorégraphe néerlandaise Nanine Linning qui interroge la notion de « Gesamtkunstwerk » / oeuvre d’art total. Le cycle musical de la résidence à Lucerne comprend aussi les 10 poèmes révolutionnaires de Chostakovitch (pièce pour choeur a cappella / direction Fedor Lednev) ; Prayers from St John Chrysostom’s Liturgy (du compositeur russe contemporain Dmitri Smirnov) ; une analyse spécifique de l’Adagietto de la 5è Symphonie de Mahler à travers la projection du film de Visconti : Mort à Venise ; la présentation des œuvres réalisées spécifiquement pour l’occasion par le compositeur en résidence à Dom radio, Alexey Retinsky ; une exposition des photographies d’Alexandra Muravyeva, qui a fixé plusieurs sessions et moments des tournées réalisées par Musicaeterna sur les 5 dernières années…

 

 

PLUS D’INFOS sur les sites KKL,
https://www.kkl-luzern.ch/de/shop-tickets/performances

musicAterna.org
https://musicaeterna.org/visit/residency/lucerne/

 

 

 

 

CD événement. BEETHOVEN : Symphonie n°5 (MusicAeterna, Teodor Currentzis, 2018)

Beethoven Symphony 5 teodor currentzis music aeterna cd review clic de classiquenews cd critique beethoven 2020CD événement. BEETHOVEN : Symphonie n°5 (MusicAeterna, Teodor Currentzis, 2018) – Voilà assurément la version que nous attendions pour l’année Beethoven, d’autant mieux ciselé grâce à l’acuité nuancée des instruments d’époque. Truglion orfèvre, maître de ses troupes, Teodor Currentzis instille dès les premiers coups du destin, conçus, polis tels des déflagrations colossales, une urgence qui place d’emblée Beethoven comme ce héros moderne, jamais vu / écouté avant lui, maître d’une conscience décuplée ; nervosité, accents tendus, vifs, sculptés au scalpel mais d’une rondeur héroïque et tragique idéale : les cordes fouettent les cuivres, électrisent les bois comme en un éveil qui rugit ; âpre autant q’un insatisfait. L’engagement des instrumentistes de MusicaAeterna est saisissante, d’une énergie impérieuse.
De quoi apprécié l’andante con moto qui suit tel une réconciliation d’une douceur apaisante dont le chef grec étire les respirations avec une onctuosité au relief jubilatoire. Là encore le geste est large, ample, profond. Qui creuse avec une intériorité contemplative chaque séquence plus tendre, en particulier le chant en second plan des violoncelles. L’apport des instruments d’époque cisèle les écarts de nuances, la couleur de chaque pupitre, affirmant encore le génie de Beethoven dans son orchestration. Le jeu des flûtes et des bois, ponctué par la fanfare des cuivres révèle ici mieux qu’ailleurs, le goût de Ludwig pour le timbre : un aspect trop négligé et qui singularise son écriture : sa sonorité, ses alliages sont uniques et Currentzis se délecte à nous en partager le nectar instrumental. Tout en ciselant aussi la ferveur dansante, chorégraphique de ce feu orchestral miroitant.

Entre la transe et la danse, le feu ardent, crépitant
de Currentzis chez Beethoven

Le second Allegro (pas encore clairement dénommé Scherzo) en ut mineur exprime la force d’une nouvelle tension, énoncée comme une fabuleuse interrogation, ici sublimée par la transe des contrebasses, racines d’une élévation croissante, véritable furie orchestrale qui transcende les tensions en un chant éperdu de plénitude sonore, né du magma primitif jusqu’à l’explosion enivrée, d’une couleur toute fraternelle. Ne serait-ce que pour ce crescendo jubilatoire de pure exaltation, le cd vaut la première place. Et montre à nouveau la valeur convaincante des instruments d’époque. Belle apport pour l’année Beethoven 2020. Dans l’esprit du final de Fidelio, le dernier Allegro ainsi enchaîné fait éclater la victoire de lumière ; chaque étincelle naît ici de l’énergie bouillonnante de l’orchestre pour asséner encore et encore l’accord de rédemption définitive, comme une CLIC D'OR macaron 200libération ultime, l’accord parfait d’ut majeur. Beethoven se montre alors le parent du Mozart de la Jupiter : conquérant, victorieux, olympien. Quel parcours ! Une lecture magistrale qui tombe à pic pour l’année Beethoven 2020. Et qui la referme pour nous de façon magistrale. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2021. LIRE aussi notre dossier BEETHOVEN 2021 : les 250 ans.

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CD événement. BEETHOVEN : Symphonie n°5 (MusicAeterna, Teodor Currentzis, enregistré à Vienne 2018) – CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 202.

Cd événement, critique. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2018

teodor_currentzis_52Cd événement, critique. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2018. Avec ce second opus symphonique, Teodor Currentzis démontre sa mestrià orchestrale : une vision, un geste qui deviennent expérience métaphysique. C’est peu dire que le sens de la caractérisation s’accomplit ici avec une finesse et un mordant exceptionnellement justes. Ce qu’apporte immédiatement Teodor Currentzis, emblématique en cela des chefs qui savent autant diriger le baroque que le romantisme, l’opéra que la matière symphonique, c’est une versatilité permanente qui s’accompagne de nuances spécifique pour chaque séquence. Telle attention à l’intonation, les connotations, les caractères, les couleurs éblouissent véritablement dans le magma martial du Premier mouvement Allegro energico, plus encore dans le second « Scherzo », souvent redondant après le premier parce que les orchestres et les chefs si nombreux en l’occurrence ont déjà tout dit ; chez Currentzis, chaque mesure a sa propre énergie, revendique un caractère particulier, le tout avec une unité et une cohérence organique qui assure le lien et la globalité dy cycle dans son entier. Les cordes danses et rugissent, les cuivres et les percussions sont élastiques, wagnériennes, d’une clameur sourde et articulée, constamment passionnantes.

Au cœur du typhon mahlérien
Teodor Currentzis, magicien poète


currentzis teodor chef maestro review presentation classiquenews sacre du printemps de stravinsky trilogie mozart da ponte critique compte rendu cdQuant à l’harmonie, Currentzis déploie des sommets de couleurs onctueuses, amoureuses, enivrées (les clarinettes, les hautbois, les bassons et les flûtes acquièrent ainsi un relief et une sonorité très détaillés, jamais écoutés avec une telle justesse là encore). Voilà qui creuse dans l’orchestre des champs et contrechamps, des seconds plans propres ; la texture s’enrichit dans l’expressivité, certes pas dans l’épaisseur ou la puissance. 
Ce que nous apporte Currentzis, c’est l’alliage superlatif, du mordant de chaque timbre, caractérisé, millimétré, et l’énergie, la puissance : ce Scherzo est jubilatoire car pas une mesure n’ennuie, mais elle clame son cri, son existence propre. Quel résultat. Ce moelleux des arrières plans prend forme avec une nostalgie d’une ineffable profondeur dans l’ANDANTE moderato dont la courbe tendre (le cor est pur enchantement, cristallisation d’un instant magique, traversé par la grâce). Currentzis se montre là encore : voluptueux et clair, détaillé et architecte, jouant de la légèreté millimétrée de chaque pupitre ainsi mis en dialogue. Quand avons-nous écouté pareil rêve et tendresse, ainsi sculptés dans la pâte orchestrale? Le chef cherche l’au-delà des notes, va au delà de chaque mesure, repoussant toujours et encore la ligne de respiration ; l’intensification du mouvement atteint un sommet d’éloquence intérieure, de plénitude sonore. Voilà du bien bel ouvrage.

De la même façon, le dernier mouvement Sostenuto, Allegro moderato, puis Allegro energico, redouble de vitalité caractétisée où le chef semble faire ressurgir ce qui a été déjà énoncé, en un bel effet de miroir et de boucle symétrique aussi, mais avec une attention décuplée à chaque mesure. La caractérisation saisit par sa justesse là encore, entre volonté, résistance et désespoir. Le conflit qui s’enfle et atteint les cimes de l’exultation, pose très clairement les forces en présence, avec une noblesse d’intonation, superlative. Le chef très inspiré sait aussi récapituler tout ce qui fait cette confession viscérale, amoureuse et radicale de la Symphonie précédente, n°5 (prière voire imploration pour Alma son épouse).
Enivrée, et attendrie, cette dernière séquence conclusive bascule dans la morsure et la désespérance, la convulsion martiale, sarcastique et tendue. Dans le bain conflictuel, l’orchestre est idéalement (et magistralement) balloté, entre frénésie et accalmie. Echevelées, nerveuses, les cordes indiquent ce tumulte, ce désordre intérieur, cette profonde dépression primitive qui scelle le destin de Mahler. En analyste complice, porteur d’un humanisme fraternel, le chef en exprime la forme orchestrale avec une poésie de magicien : là encore, n’écoutez que la dernière séquence (avec le solo de violon à 22’ de l’Allegro energico), ce que le chef réalise en couleurs, timbres, nuances, vision d’architecte est à couper le souffle. Il fait du final, non pas un siphon vers l’abime mais une aspiration hallucinée vers une nouvelle métamorphose. Non pas arrêt mais passage et électrisation. Eblouissant.

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CLIC D'OR macaron 200Cd événement, critique. MAHLER : Symphonie n°6, MusicAeterna / Teodor Currentzis — Moscou, juillet 2016 (1 cd SONY classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2018 – Parution : 26 octobre 2018.

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