STREAMING, opéra filmé. ACTEON de MA CHARPENTIER par Les Cris de Paris

acteon geoffroy jourdain critique cris de paris charpentier classiquenews critique opera critique review opera classiquenewsSTREAMING, opĂ©ra. MA CHARPENTIER : ActĂ©on, d’aprĂšs Ovide. DĂšs le 16 fĂ©vrier 2021 sur ARTEconcert. Les Cris de Paris proposent une version visuellement trĂšs lĂ©chĂ©e du drame tragique inspirĂ© par Ovide (et ses mĂ©tamorphoses) : ActĂ©on du gĂ©nie baroque français au XVIIĂš, Marc-Antoine Charpentier. Instrumentalement et cĂŽtĂ© chƓur, la lecture se laisse Ă©couter, en affinitĂ© avec les plans sĂ©quences (rĂ©alisĂ©s en dĂ©c 2020 au ChĂątelet). Cependant, cĂŽtĂ© solistes les choses hĂ©las se gĂątent trĂšs nettement, nous laissant un sentiment de dĂ©ception (lire notre critique « NOTRE AVIS », ci dessous). La production a tournĂ© pendant l’étĂ© 2020 sous une forme rĂ©duite, privilĂ©giant surtout les rĂ©pĂ©titions pour en dĂ©duire ce rĂ©sultat Ă  la fois thĂ©Ăątral et cinĂ©matographique.

Marc-Antoine Charpentier : ACTÉON
opéra filmé (déc 2020, Chùtelet)
Les Cris de PARIS
A partir du 16 février 2021
VOIR sur Arteconcert
https://www.arte.tv/fr/arte-concert/

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Marc-Antoine Charpentier

ACTÉON, H. 481, 1684

Constantin Goubet, Actéon
AdĂšle Carlier, Diane
Marielou Jacquard, Junon

Judith Chemla, la femme qui rĂȘve (comĂ©dienne)

Les Cris de Paris, solistes, chƓur et orchestre
Geoffroy Jourdain, direction musicale
Benjamin Lazar, mise en scĂšne

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SYNOPSIS

Au cours d’une chasse, ActĂ©on surprend au bain la dĂ©esse Diane et ses compagnes alors qu’elles croyaient Ă  l’abri de tout regard indiscret. Diane s’en aperçoit ; furieuse de l’audace du chasseur, elle le mĂ©tamorphose en cerf. Il est alors poursuivi et mis en piĂšces par ses propres chiens.

Marc-Antoine Charpentier, inspirĂ© par Ovide (Livre III des MĂ©tamorphoses), compose un« opĂ©ra de chasse » au milieu des annĂ©es 1680, Ă  la fois poĂ©tique et tragique ; en 40 mn, soit un acte (divisĂ© en 6 scĂšnes), l’action mĂšne de la joie du chasseur Ă  sa mise Ă  mort comme la proie de Diane. Les plans sĂ©quences (Ă  deux camĂ©ras ; sur grue, Ă  l’épaule comme une camĂ©ra embarquĂ©e pour suivre de prĂšs l’action
 jusqu’à devenir camĂ©ra subjective) soulignent la continuitĂ© d’un dĂ©roulement sans dilution qui semble ainsi s’accomplir en temps rĂ©el, sans pause ni ellipse. La force de la partition tient Ă  son Ă©conomie et Ă  la puissance tragique de l’action : le chasseur devient le chassĂ© ; il Ă©prouve in fine, la souffrance et l’implacable agonie dĂ©chirante qu’il faisait endurer Ă  ses proies. Qu’il se fasse ensuite dĂ©vorer par ses propres chiens indique aussi la terrible vengeance des animaux sur tous ceux qui les font souffrir. Si tout chasseur savait la douleur qu’il inflige Ă  sa proie, pourrait-il encore s’adonner Ă  son loisir ?

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NOTRE AVIS. Version vocalement dĂ©ficiente. Oubliez trĂšs vite le chant tendu, aigre, serrĂ© du tĂ©nor qui incarne le chasseur ActĂ©on transformĂ© en cerf pour ĂȘtre dĂ©vorĂ© par ses propres chiens : que son chant de fait, pour citer le texte de l’opĂ©ra « est une confuse 
 voix » ! ; mĂȘme les chanteuses choisies pour Diane et Junon manquent singuliĂšrement d’articulation comme d’intelligibilitĂ© ; sans les sous-titres en français, leur chant est souvent incomprĂ©hensible. La tenue des choristes est meilleure (en fin d’action Ă  l’apparition de Junon sur son escabeau). La mise en scĂšne soigne lumiĂšres comme dĂ©cors en rĂ©fĂ©rence au Douanier Rousseau, et la rĂ©alisation, ses plans sĂ©quences. RĂ©serve visuelle : le costume d’ActĂ©on changĂ© en cerf relĂšve davantage d’un ours mal lĂ©chĂ© ou d’une grosse peluche avec bois, qu’un fier cervidĂ© hĂ©las condamnĂ© Ă  une mort atroce. Las, malgrĂ© le prĂ©ambule thĂ©Ăątral oĂč « la femme qui rĂȘve » compatit au sort d’ActĂ©on, victime d’une Diane pudique inflexible, la rĂ©alisation artistique demeure bancale ; faute Ă  la distribution des solistes, vocalement trop perfectible. Dommage car la musique de Charpentier, elle, dans sa parure Ă©purĂ©e, directe, est superbe : efficace… Ă  la fois tendre, tragique, dramatique.

CD, critique. PASSIONS, VENEZIA 1600 – 1750 : Crucifixus (Les Cris de Paris, HM, nov 2018)

cris-de-paris-geoffroy-jourdain-venezia-1600-crucifixus-cris-de-paris-critique-classsiquenewsCD, critique. PASSIONS, VENEZIA 1600 – 1750 : Crucifixus (Les Cris de Paris, HM, nov 2018) – Les Cris de Paris revĂȘtent leurs plus beaux atours vĂ©nitiens, explorant la ferveur lagunaire aux deux siĂšcles baroques de 1600 Ă  1750
 Les Passions exprimĂ©es ici sont vĂ©nitiennes et de Monteverdi Ă  Lotti en passant par Marini, Caldara sans omettre les Gabrieli, attestent d’un caractĂšre commun puissant et original qui confĂšre Ă  ce programme remarquablement conçu dans son dĂ©roulement, son unitĂ© et sa force Ă©motionnelle ; le sentiment gĂ©nĂ©ral en serait la langueur qui de dĂ©ploration se fait aussi cĂ©lĂ©bration, passant du tragique Ă  la majestĂ© recueillie. Les compositeurs vĂ©nitiens sont de grands sensuels. Les intermĂšdes purement instrumentaux, extraits des opĂ©ras ou piĂšces dramatiques de Monteverdi, insistent sur cette opulence formelle, ce dĂ©sir ardent inscrit dans le geste des instrumentistes (qui d’ailleurs assurent une excellente caractĂ©risation de chaque sĂ©quence).
Les Cris de Paris inscrivent d’emblĂ©e les Ă©critures ici fusionnĂ©es malgrĂ© leur disparité  trĂšs haut dans l’éther d’une spiritualitĂ© accomplie : qu’il s’agisse de la polychoralitĂ© marcienne emblĂ©matique (Giovanni Gabrieli : splendide et spatial Exaudi me Domine); des motets comme embrasĂ©s par le collectif Salve Regina de Cavalli, Crucifixus de Lotti et de Caldara ; et dĂ©jĂ  la voix monodique, qui transmet la souffrance et les aspirations individuelles d’une Ăąme errante, interrogative (Merula d’ouverture ; Dialogo della due marie de Legrenzi. Le cas de Monteverdi est unique et fĂ©dĂ©rateur Ă  la fois : en lui s’unissent et se mĂȘlent totalement les eaux profanes et sacrĂ©es, 
 en une mĂȘme et ardente voluptĂ©. Son gĂ©nie passe de l’une Ă  l’autre rive avec une aisance dĂ©concertante, c’est bien ce que souligne l’apport des Cris de Paris dans la justesse de leur rĂ©alisation.
CLIC D'OR macaron 200Comme un hommage Ă  l’Assunta du Titien aux Frari, voici un parcours en polyptiques et retables musicaux d’une splendeur retrouvĂ©e, ciselĂ©e, habitĂ©e. Les chanteurs idĂ©alement inspirĂ©s en expriment les mouvements mystiques, la profondeur fervente dans un itinĂ©raire qui rĂ©tablit filiations et prolongements entre les compositeurs Ă  Venise. Magistral album des Cris de Paris. Certainement leur meilleur. CLIC de CLASSIQUENEWS, NoĂ«l 2019.

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CD, critique. PASSIONS, VENEZIA 1600 – 1750 : Crucifixus (Les Cris de Paris, HM – EnregistrĂ© Ă  Paris en nov 2018.