CD. Hasse : Marc Antonio e Cleopatra (Genaux, Osele, 2011)

CD. Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra, serenata 1725 (Genaux, Osele, 2011). 2 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi (Sony Music).  Oeuvre de jeunesse mais somptueuse expression des passions humaines.  Comme Haendel, Hasse traite ici des amours antiques : si le Saxon abordait Giulio, le jeune Hasse (26 ans  prĂ©fère Marc Antoine et Cleopâtre : la partition ici restituĂ©e en novembre et dĂ©cembre 2011, il y a dĂ©jĂ  2 ans, rĂ©unit un excellent casting qui imprime au duo une saveur et un mordant irrĂ©sistible. Abattage incandescent, souci de la langue, prĂ©cision des vocalises, surtout engagement dramatique d’une constante finesse, Vivica Genaux, mezzo si agile, la vraie rivale de Bartoli Ă  l’heure actuelle, et Francesca L. Mazzulli, dans les rĂ´les titres de Marc Antoine et de la Reine d’Egypte s’imposent par leur intelligence autant vocale que dramatique. Voici deux rĂ©elles actrices chanteuses dont le tempĂ©rament dĂ©borde naturellement du cadre d’un enregistrement sans appui visuel.

 

 

DĂ©buts napolitains de Hasse

 

Hasse_cleopatra_genaux_DHMSur instruments anciens (diapason 415), les musiciens de Musiche Nove dirigĂ© par Claudio Osele savent palpiter et murmurer, parfois aigres (diapason oblige) mais toujours ardents et tendus. Les rĂ©citatifs y gagnent un relief passionnant (Genaux est superbe : elle a du chien et le velours frĂ©missant de son timbre va idĂ©alement au rĂ´le masculin, chantĂ© Ă  l’Ă©poque de Hasse par … Farinelli. La facilitĂ© avec laquelle Genaux s’empare du personnage en dit assez sur la virtuositĂ© expressive et grave, vĂ©loce autant qu’intĂ©rieure de la diva de Fairbanks (Alaska)… Elle sait hĂ©roĂŻser Ă  souhaits puis se soumettre Ă  l’empire de l’amour suscitĂ© par la beautĂ© nilotique.
ClĂ©opâtre a d’ailleurs l’air le plus dĂ©veloppĂ©, dans la seconde partie (Quel candido armellino…) : les vocalises sont impressionnantes (comme son premier air, conquĂ©rant, acrobatique qui ouvre la partie II : A Dio trono…), parfois tirĂ©es par la soprano mais la flamme et l’Ă©locution dĂ©fendues de part en part font  toute la valeur de sa composition Ă©motionnelle autant que lascive … d’autant plus qu’ici, l’esprit de conquĂŞte cède aux langueurs amoureuses

Trois annĂ©es après son arrivĂ©e Ă  Naples (1722), Hasse livre cette sĂ©rĂ©nade Ă  deux voix (et forts tempĂ©raments) en 1725 pour une performance dans la villa du conseiller royal Carlo Carmignano. Le style est d’un baroque autant virtuose qu’aimable et gracieux ; grâce aux solistes, l’oeuvre exulte et rayonne en ses accents expressifs souvent irrĂ©sistibles, toujours contrastĂ©s dont l’effusion progressive culmine dans le duetto final, chant plus hĂ©roĂŻque des deux coeurs accordĂ©s. L’aimable et le souriant de Hasse a fait Ă©voluer l’exercice bipartite depuis le final du Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi (1643) : les vocalises dĂ©monstratives Ă©cartent toute ambivalence d’autant que le continuo du chef s’obstine alors dans le guerrier parfois carrĂ©. L’amour est certes une guerre amère et longue mais on aurait souhaitĂ© dans ce finale moins de dĂ©monstration.  Il n’empĂŞche ce petit opĂ©ra de chambre, parfaitement abordĂ©, ajoute Ă  notre connaissance du jeune Hasse alors rĂ©cemment napolitain.

Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra (1725). V.Genaux. F. Lombardi Mazzulli.  Le Musiche Nove.  Claudio Osele. 2 cd DHM Deutsch Harmonia Mundi RĂ©f. 88883721872.