CD, critique. Influences : Bach, Chopin. Laurence OLDAK (1 cd Klarthe, 2018)

oldak influences chopin bach piano cd klarthe records critique cd classiquenewsCD, critique. Influences : Bach, Chopin. Laurence OLDAK (1 cd Klarthe, 2018). Immortel JS… Bach demeure un modèle pour nombre de compositeurs après lui. Et plus encore à l’époque romantique quand naît la redécouverte du patrimoine musical ancien ; en témoigne Chopin qui ne se sentait mieux qu’après avoir joué du Bach, en encore Liszt qui s’est passionné à transcrire les œuvres du Cantor (ici le Prélude et fugue BWV 543). Qu’on le joue comme maintenant au clavecin ou au piano, Bach respire la poésie et l’universel. La pianiste toulousaine Laurence Oldak nous le rappelle ici avec implication et de réels arguments. Après le premier opus dédié à Scriabine (Dialogue), son 2è album chez Klarthe, intitulé « Influences », remonte les eaux musicales en une généalogie qui fait dialoguer les sensibilités d’un siècle à l’autre, du XVIIIè au XIXè. Unificateur et explorateur, le jeu de la pianiste permet les confrontations, les filiations : tout un jeu en miroir ou en échos : Bach / Chopin, Bach / Busoni (qui transcrit ici « Ich ruf zu dir », confession, prière à la fois solitaire et assurée), Bach / Liszt déjà cité, et jusqu’à Carl Philip Emmanuel dont la pianiste restitue en fin de programme, le somptueux et presque grave Andante con tenerezza (Sonate Wq 65/32, de plus de 5mn).

Les Bach sont naturellement articulĂ©s, chantants mĂŞme : ils coulent comme courre l’onde d’un fleuve ocĂ©an, toujours caractĂ©risĂ© et revivifiĂ© Ă  travers ses danses enchaĂ®nĂ©es (5 Ă©pisodes pour la Partita n°2 BWV 826 qui ouvre le rĂ©cital). L’élève de Lucienne Marino-Bloch, elle-mĂŞme Ă©lève de Michelangeli, – heureuse filiation, « ose » jouer et rĂ©ussir ici la Sonate n°3 opus 58 de Chopin, un dĂ©fi pour tout interprète : Ă  travers les modulations tĂ©nues des harmoniques, aux reflets miroitants si chantants, jaillit cette lumière qui est force vitale ; la pianiste en fait vibrer le tragique sublimĂ© ; Chopin vient de perdre son père – un choc comme ce fut le cas pour Mozart, perdant le sien pendant la composition de Don Giovanni. A Nohant en 1844, près de Sand, Chopin, en lion de la nuit, exprime un indĂ©fectible goĂ»t de vivre : voilĂ  ce que nous fait Ă©couter le jeu tout en souplesse de Laurence Oldak. L’exaltation lyrique du premier mouvement, en son extension mĂ©lodique au bord de l’allongement mais d’une portĂ©e intĂ©rieure quasi schubertienne, s’exprime avec libertĂ© ; le Scherzo jubile, volubile et libre comme une rĂ©miniscence heureuse de Mendelssohn… le Largo plonge dans les entrailles funèbres (marche) du musicien qui se vit comme un exilĂ©, vivant certes, mais dĂ©chirĂ© ; tandis que le dernier Ă©pisode Finale / presto non tanto, assène ses explosions furieuses, tissant l’une des pages les plus puissantes, les plus Ă©perdues, et aussi les plus exaltĂ©es de Chopin. Le CPE qui suit et conclut le programme sonne comme un adieu d’une absolue sĂ©rĂ©nitĂ©, Ă  la fois simple, dĂ©pouillĂ©, d’une sobre profondeur. Très beau rĂ©cital.

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CD, critique. Influences : Bach, Chopin. Laurence OLDAK (1 cd Klarthe, 2018)