ARTE. PARSIFAL avec Jonas Kaufmann, ElÄ«na Garanča, depuis l’OpĂ©ra de Vienne, avril 2021

wagnerARTE, dim 9 janv 2022, 0h10. WAGNER : PARSIFAL. Production vocalement et orchestralement luxueuse, captĂ© en streaming en avril 2021 Ă  l’OpĂ©ra de Vienne. DiffusĂ© le 18 avril 2021, la nouvelle production associe Kirill Serebrennikov (mise en scĂšne), Philippe Jordan (direction), avec un trio trĂšs solide Jonas Kaufmann, ElÄ«na Garanča et Ludovic TĂ©zier, dans les rĂŽles de Parsifal, Kundry, Amfortas.

ConfinĂ© en Russie, Serebrennikov conduit sa mise en scĂšne pour Vienne
 En avril 2021, le metteur en scĂšne russe Kirill Serebrennikov Ă©tait assignĂ© Ă  rĂ©sidence, persona non grata, accusĂ© de dĂ©tournement de fonds publics; mis Ă  l’index et placĂ© sous haute surveillance par le Kremlin aprĂšs avoir Ă©tĂ© condamnĂ© en juin par le tribunal Mechtchanski de Moscou Ă  3 ans de prison avec sursis ; Ă  distance, il concevait et pilotait (le confinement imposĂ© par la covid Ă©tant passĂ© par lĂ ) sa mise en scĂšne de Parsifal pour l’OpĂ©ra de Vienne (comme il avait fait pour son Cosi destinĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Zurich en 2018). L’ultime drame lyrique de Wagner Ă©tait conçu tel un hymne Ă  la libertĂ©, en Ă©cho Ă  sa propre situation d’enfermement.

Le hĂ©ros wagnĂ©rien peut-il ĂȘtre sauvĂ© ? AprĂšs avoir abordĂ© la figure du hĂ©ros sauveur, d’abord pĂ©nitent puis repenti (TannhaĂŒser), mais aussi Ă©lu prĂȘt Ă  sauver toute Ăąme dĂ©sireuse (Lohengrin pour Elsa), Wagner portraiture Parsifal en jeune soldat pur, sans attache ni compromission, promis Ă  « sauver » une communautĂ© de chevaliers, dĂ©munie, maudite ; car leur leader, le Roi-PrĂȘtre Amfortas a pĂ©chĂ©, perdu la lance sacrĂ©e, son existence rĂ©duite Ă  une lente agonie sanguinolente ; Ă  peine a-t-il la force de rĂ©unir les preux pour le rituel salvateur, la prĂ©sentation du calice sacrĂ©, le Graal, Ă  Montsalvat ; il faudra la compassion du jeune Ă©tranger, de Parsifal pour sauver ce qui Ă©tait perdu ; ce malgrĂ© la tentative du magicien Klingsor, le mal incarnĂ©, pour dĂ©vier le jeune sauveur de sa route, tentant de le sĂ©duire pour mieux le perdre, grĂące Ă  la pĂȘcheresse tentatrice, l’insidieuse et maternelle Kundry, personnage clĂ© de l’oeuvre
 qui elle aussi, passe de TĂ©nĂšbres Ă  la lumiĂšre en une mĂ©tamorphose sublime.

Avec Perceval / Parzival / Parsifal, Wagner s’inspire du poĂšme-rĂ©cit de ChrĂ©tien de Troyes et d’Eschenbach ; il inscrit dans la sphĂšre chrĂ©tienne, la lĂ©gende celtique et paĂŻenne ; tout en rĂ©servant Ă  la Nature, son essence transcendante, capable de se rĂ©gĂ©nĂ©rer – ce que ne peut rĂ©ussir Amfortas, le roi blessĂ©, Ă  jamais impuissant : ainsi le rĂ©cit de Gurnemanz qui Ă©voque la renaissance miraculeuse de la vie au printemps lors du Vendredi Saint : « das merkt nun Halm und Blume auf den Auen, / dass heut des Menschen Fuss sie nicht zertritt » (« La fleur des champs le comprend bien / Le pied de l’homme aujourd’hui ne l’écrasera pas »).

Parsifal (comme son double fĂ©minin, Kundry) est conçu d’aprĂšs l’idĂ©e de la rĂ©demption (Erlösung), thĂšme central chez Wagner ; le salut ne peut venir que du sentiment de compassion, capable de souffrir par sympathie, et de comprendre ce qui doit ĂȘtre sauvĂ© ; Parsifal sauve ainsi Amfortas de sa souffrance Ă©ternelle ; il sauve dans la foulĂ©e, la communautĂ© entiĂšre des croyants, attachĂ©s au rituel de la coupe sacrĂ©e.

Sur la scĂšne de la Staatsoper de Vienne, Kirill Serebrennikov imagine un camp de prisonniers qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  sa propre incarcĂ©ration en 2017 comme dissident, opposĂ© au gouvernement de Moscou. Quand enfin, le Graal est rĂ©vĂ©lĂ© aux chevaliers, grĂące Ă  l’action hĂ©roĂŻque de Parsifal, les cellules s’ouvrent, emblĂšme d’une libĂ©ration espĂ©rĂ©e, attendue, collective. Le metteur en scĂšne et dissident politique, Ă©carte toute rĂ©fĂ©rence chrĂ©tienne, privilĂ©giant la vision d’un lent cheminement vers la libĂ©ration des condamnĂ©s. L’univers carcĂ©ral – sĂ©visses physiques, bagarres, terreur psychologique rĂšgne sous le regard ineptes de matons corrompus.

Comme Tcherniakov, Serebrennikov imagine le quotidien sordide de la vie carcĂ©ral (Ă  travers des projections en noir et blanc) ; il imagine que Parsifal (chantĂ© par Jonas Kaufmann) repense Ă  sa vie adolescente (le jeune acteur Nicolaj Sidorenko) qui dĂšs son arrivĂ©e en geĂŽle, Ă©gorge le bellĂątre albinos (rĂ©fĂ©rence au cygne blanc de Wagner) dans la douche commune. Gurnemanz est un vieux roublard qui sauve sa peau en rĂ©alisant les tatouages (aux symboles chrĂ©tiens : lance, croix, calice
) ; Kundry, une journaliste et photographe rĂ©alisant un reportage dans la prison, tout en rĂ©gnant en rĂ©dactrice en chef glamour et people sur une rĂ©daction de reporters uniquement fĂ©minins, en quĂȘte de beaux mĂąles. Amfortas suicidaire se fait saigner par plusieurs prisonniers
 La souffrance, le dĂ©sir s’affrontent ; la culpabilitĂ© aussi (Kundry et Amfortas)
 Dans cet univers kafkaĂŻen, la libĂ©ration finale qui vaut rĂ©demption permet Ă  tous de paraĂźtre en pleine lumiĂšre, y compris l’éphĂšbe albinos prĂ©cĂ©demment tuĂ© dans les douches.

Avec Jonas Kaufmann, Wolfgang Koch, Ludovic TĂ©zier, Georg Zeppenfeld, Elina Garanca
Wiener Staatsoper Orchestra, Philippe JORDAN (direction), Kirill Serebrennikov (mise en scĂšne) – production prĂ©sentĂ©e, filmĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Vienne en avril 2021.

 

 

 

VOIR Parsifal sur ARTE.TV Ă  partir du 9 janv 2022
https://www.arte.tv/fr/videos/102878-000-A/parsifal/

 

 

 

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