COMPTE-RENDU, critique, concert. TOURS, Basilque Saint-Julien, le 18 octobre 2020. Ensemble Jacques Moderne / Joël Suhubiette. Bach & Scarlatti.

SUHUBIETTE-festival-concerts-automne-2020-TOURS-critique-concert-classiquenews-COMPTE-RENDU, critique, concert. TOURS, Basilque Saint-Julien, le 18 octobre 2020. Ensemble Jacques Moderne / Joël Suhubiette. Bach & Scarlatti. Depuis maintenant cinq ans, le festival « Concerts d’automne », né à l’initiative d’Alessandro Di Profio, offre aux heureux tourangeaux, durant le mois d’octobre, deux week-ends de concerts dédiés à la musique baroque. Le festival peut s’appuyer sur la présence, à Tours, de pas moins de quatre formations spécialisées dans ce répertoire : Diabolus in Musica dirigé par Antoine Guerber, l’Ensemble Doulce Mémoire dirigé par Denis Raisin Dadre, l’Ensemble Consonance dirigé par François Bazola, et enfin l’Ensemble Jacques Moderne dirigé par Joël Suhubiette. C’est cette dernière formation – fondée il y plus de vingt ans par le chef toulousain (dont l’Ensemble Les Eléments est peut-être plus connu des lecteurs…) – que nous avons entendue lors du second Week end.

Transbahuté de l’église Notre-Dame la Riche à la Basilique Saint-Julien (autrement plus belle et imposante) pour des raisons de sécurité sanitaire, le concert fait la part belle à deux compositeurs -clés de la musique baroque : Jean-Sébastien Bach et Domenico Scarlatti. Devant le chef dûment masqué, trois instrumentistes (également masqués) lui font face : Emmanuel Mandrin à l’orgue, Hendrike ter Brugge au violoncelle et Massimo Moscardo au théorbe, tandis que dix choristes les entourent en formant un arc de cercle. La soirée débute par deux cantates du Kantor de Leipzig, les célébrissimes Jesu, meine Freude BWV 227 et Komm, Jesu, komm BWV 229. Si la disposition du chœur entraîne quelques déséquilibres (on entend forcément mieux les soprani en avant-scène que les basses placées derrière le groupe d’instrumentistes…), le Gute Nacht final de la première cantate n’en conduit pas moins les auditeurs dans un au-delà espéré, tandis que la masse chorale fait preuve d’une impressionnante maîtrise dans les fugues et les parties les plus exigeantes de la deuxième.
Après un court entracte où chacun est invité à rester sur sa chaise, c’est le napolitain Domenico Scarlatti qui est mis à l’honneur, d’abord au travers de son Te Deum. Dans cette pièce créée à Lisbonne en 1721, l’ensemble fait preuve d’une sereine puissance, mais c’est avec le magnifique Stabat Mater – considéré comme l’œuvre maîtresse de la production vocale de Scarlatti – que l’on ressent la plus forte émotion de la soirée : les dix chanteurs de l’Ensemble Jacques Moderne parviennent à transmettre ici avec beaucoup de ferveur la douce clarté du texte sacré, dans un bel équilibre de voix, et il savent en outre offrir une vraie liberté de respiration à l’écriture contrapunctique du maître italien. L’Amen conclusif transporte l’auditoire, ce qui n’échappe pas à Joël Suhubiette qui le reprend en guise de bis, pour le plus grand bonheur d’un public aussi enthousiaste que conquis !

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Compte-rendu, concert. Tours, Basilique Saint-Julien, le 18 octobre 2020. Ensemble Jacques Moderne dirigé par Joël Suhubiette dans un programme d’œuvres sacrées de Bach & Scarlatti.

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 4 février 2016. Lieder de Schumann, Brahms… Chœur Les Eléments, Joël Suhubiette

Joël Suhubiette dirigeantJoel Suhubiette a construit un nouveau programme passionnant pour son choeur Les Eléments. L’auditorium Saint-Pierre des Cuisines est un écrin idéal offrant une acoustique précise et légèrement réverbérée qui permet au choeur de s’épanouir comme aux nuances les plus fines d’être entendues. Ce programme entre chant du matin et chant du soir permet au romantisme, qui a revisité le rapport de l’homme à la nature, de s’épanouir. Brumes, givre, crépuscule, nuit, soleil levant, naissance, amour, mort, toute la vie est dans ces quelques lieder admirablement choisis. Du choeur a capella, voix de femmes seules, ou mixtes, à trois, quatre voix ou plus, toutes les magnifiques capacités des Eléments sont mises en lumière. Brahms avec ses extraordinaires couleurs est peut être le plus marquant, c’est d’ailleurs son visage qui illustre le programme. Mais l’organisation du concert le faisant précéder par Schumann est habile, et pas seulement par le respect de la chronologie. Débuter par un hommage au piano, compagnon idéal de la voix est une mise en abîme pleine de sens.

 

 

Le meilleur du romantisme éternel 

Max Reger que se soit a capella ou avec piano développe à sa manière une sensibilité à la nature très proche de celle de Brahms en osant pousser plus loin la richesse harmonique. Moins connus, les Lieder de Stockhausen, Hindemith et Wolf ouvrent les portes du XXème siècle.

Le choeur Les Eléments est tout à son aise dans la musique contemporaine, il est donc de par son excellence capable de rendre avec la perfection instrumentale et l’exactitude rythmique toutes les saveurs de la relative modernité de ces oeuvres permettant de comprendre l’évolution stylistique. La perfection est également présente par cette extraordinaire qualité de son de pupitre qui permet à Joel Suhubiette d’obtenir des phrasés subtiles avec des nuances millimétriques, comme un orfèvre travaillant avec le matériel le plus précieux et le plus ductile à la fois.

Les mots sont toujours articulés avec une précision maniaque qui offre une compréhension parfaite permettant de gouter la saveur des poèmes, dont tout particulèrement ceux de Rilke en français comme en allemand.

La soprano solo sortie du choeur assure crânement la partie difficile du Nachtigall de Stockhausen. Au piano Nino Pavlenichvili est une parfaite expression de la solidité de l’école russe, elle remplace Corinne Durous. Son jeux brillant pianistiquement dans les soli se fait base solide pour les pièces avec accompagnement. Peut être qu’un peu plus de souplesse aurait aidé à plus de partage en émotion ?

Ce sera la seule petite attente déçue : le romantisme de Schumann et Brahms, même de haute tenue, pourrait avoir un peu plus de passion et de souffrance exprimée. L’évolution stylistique du programme en aurait été plus lisible. Néanmoins, le public nombreux a été ravi par ce nouveau programme des éléments, d’autres concerts sont espérés et pourquoi pas un enregistrement afin de mieux déguster les qualités de cette belle interprétation.

 

 

 

 

Compte rendu concert. Toulouse. Auditorium Saint Pierre des Cuisines, le 4 février 2016 ; Abenlied-Morgenlied ; Lieder de Robert Schumann (1810-1856) ; Johannes Brahms (1833-1897) ; Max Reger (1873-1916) ; Karlheintz Stockhausen (1928-2007) ; Paul Hindemith (1895-1963) ; Hugo Wolf (1860-1903) ; Chœur de chambre Les Eléments; Nino Pavlenichvili, piano ; Direction : Joël Suhubiette.