CD, compte rendu critique. Mahler : 7Ăšme Symphonie (Dudamel, 2012)

dudamel mahler symphonie 7 deutsche grammophon simon bolivar symphpny orchestra classiquenews compte rendu critique cd avril 2015CD, compte rendu critique. Mahler : 7Ăšme Symphonie (Dudamel, 2012). Suite du cycle Mahler par Dudamel : le chef vĂ©nĂ©zuĂ©lien, meilleur ambassadeur du Sistema d’Abreu, retrouve aprĂšs une 5Ăšme dĂ©jĂ  somptueuse et cohĂ©rente (en 2007), la 7Ăšme beaucoup plus mordante et Ăąpre, contrastĂ©e et troublante, ironique mais rĂȘveuse. L’éventail des affects symphoniques y est particuliĂšrement trouble et subtil : il exige un chef mĂ»r et trĂšs nuancĂ©, introspectif sachant Ă©carter bavardage et pathĂ©tique dĂ©monstratif. Avec la 6Ăšme, certainement la plus autobiographique de Mahler, le discours orchestral atteint des sommets de poĂ©sie intime (ce malgrĂ© le nombre impressionnant d’instrumentistes). L’onctuositĂ© crĂ©meuse des cordes (trĂšs fournies) est un argument de choc : le Bolivar est de facto trĂšs impressionnant par sa pĂąte sonore. Face Ă  l’engagement fĂ©lin voire carnassier (donc idĂ©alement aigre d’un Solti chez Decca), Dudamel sĂ©duit par sa parfaite architecture, la justesse de sa direction carrĂ©e, maĂźtrisĂ©e, affirmĂ©e sans lourdeur. Il y manque encore cependant le doute et l’angoisse, la gravitĂ© d’une Ăąme qui se sent perdue, donc Ă©chevelĂ©e / angoissĂ©e, en panique crĂ©pusculaire : oĂč s’insinuent la fragilitĂ©, l’effroi et le vertige qu’apporte un Kubelik (l’un de nos prĂ©fĂ©rĂ©s, chez Deutsche Grammophon).

Vertus du Scherzo


Le geste est rond, superbement Ă©loquent mais l’intonation manque de sincĂ©ritĂ© parfois, malgrĂ© une sĂ©duction hĂ©doniste de la sonoritĂ©. Pour preuve, l’excellent Scherzo plutĂŽt trĂšs convaincant. AprĂšs deux premiers mouvements oĂč le chef peine Ă  exprimer clairement ses idĂ©es, le Scherzo affiche une toute autre Ă©vidence Ă©lectrisĂ©e grĂące outre l’engagement global et Ă  l’unisson flexible des cordes parfaitement enfiĂ©vrĂ©es,  d’une tenue impeccable,  prĂ©cises,  contrepointant les cuivres et les bois, chef et instrumentistes expriment cette houle entre inquiĂ©tude,  lyrisme Ă©chevelĂ©,  apaisement tendre. .. vite rattrapĂ©s par l’aiguillon grimaçant des trompettes bouchĂ©es. Cette sincĂ©ritĂ© de ton, la finesse dynamique et la grande subtilitĂ© expressive dans l’Ă©tagement des plans dĂ©voilent un tout autre Dudamel 
 entier,  rĂ©flĂ©chi, trouble d’une transe riche et nuancĂ©e qui Ă©gale ce que fit avant lui LĂ©onard Bernstein. C’est dire. Soudainement le tissu sonore semble habitĂ©,  investi par un flux organique Ă©tonnement naturel et habitĂ©. La valeur de cet enregistrement tient beaucoup Ă  cette rĂ©ussite liĂ©e au mouvement ainsi dĂ©terminant.

De toute Ă©vidence, s’il travaille encore, Dudamel Ă  des choses Ă  nous dire chez Mahler pour notre plus grande satisfaction. Cycle Ă  suivre : ce jalon est un indicateur prometteur.

Gustav Mahler (1860-1911): Symphonie n°7. Simón Bolívar Symphony Orchestra of Venezuela. Gustavo Dudamel, direction. 1 cd  Deutsche Grammophon 0289 479 1700 7. Durée : 1h18mn.