COMPTE-RENDU, opéra. NANTES, le 4 déc 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux… Toffolutti / Schnitzler

COMPTE-RENDU, opéra. NANTES, Théâtre Graslin, le 4 déc 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux… Toffolutti / Schnitzler. C’est une nouvelle (et belle) production que nous présente Angers Nantes Opéra en ce mois de décembre 2018 : une manière élégante et vocalement solide de souligner la veine merveilleuse d’un Massenet méconnu, qui souhaite dans les faits, « Bercer » par la fable, retrouver son âme d’enfant, diffuser l’onirisme du songe, la poésie du rêve… ainsi que nous le dit Pandolphe en bord de scène, dans son récit d’ouverture comme préalable au spectacle.

Mais il n’y est pas uniquement question du rĂŞve. Massenet ajoute aussi l’Ă©lan amoureux, cette passion sensuelle naissante qui colore effectivement chaque duo entre Lucette / Cendrille et son prince, sous le regard complice et protecteur de la bonne fĂ©e, marraine de la jeune femme ; d’ailleurs les trois forment Ă  deux reprises un trio rĂ©ellement enchanteur. On ne cesse de penser au compositeur alors saisi par le charme, – Ă©pris mĂŞme-, de la soprano Julia Giraudon, qui remplace la cĂ©lèbre crĂ©atrice de Carmen, Emma CalvĂ©, au dĂ©part pressentie pour le rĂ´le-titre. Chaque duo Cendrille / Le Prince est ainsi traversĂ© par un dĂ©sir ardent, juvĂ©nile, d’une irrĂ©pressible aspiration, tĂ©moignage autobiographique de cette passion qui Ă©lectrise Massenet lui-mĂŞme en 1899.

 
 
 

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ROI STATUE ET PRINCE DEPRESSIF… Si le tableau d’ouverture est un peu sage voire confus : on ne comprend pas bien ce qu’est cette « chose » en fil de fer rose (???) au dĂ©but du spectacle… (qui traverse l’ensemble du dĂ©cor comme si elle en dĂ©coupait la paroi blanche), l’immersion dans le rĂŞve nĂ©anmoins se rĂ©alise très vite affirmant son univers onirique parfois surrĂ©aliste… ainsi le tableau oĂą paraĂ®t le prince, juchĂ© sur un chapiteau corinthien inversĂ©, emblème de son dĂ©sĂ©quilibre intĂ©rieur manifeste : il ne veut rien faire, surtout pas participer au dĂ©filĂ© des filles de la noblesse que son père a dĂ©cidĂ© pour qu’il trouve Ă©pouse. Parlons du roi justement : il appartient au monde des lĂ©gendes, caricatural et dĂ©jantĂ© : une icĂ´ne statufiĂ©e, dĂ©bout / assis, tout amidonnĂ©e dans son ample manteau royal : truculent Olivier Naveau.
Concernant le Prince mĂ©lancolique voire dĂ©pressif… il faut bien toute la couleur du timbre grave de Julie Robard-Gendre pour exprimer un mal-ĂŞtre certain, ce moelleux maladif. Jusqu’Ă  ce que paraisse  Lucette / Cendrille dans sa robe blanche (de style Empire). Et les sens du jeune homme se rĂ©veillent soudainement (Massenet tout enamourĂ© de sa belle et jeune Julia ?).


CENDRILLON ENIVRÉE… Dans le rĂ´le-titre Rinat Shahan ici mĂŞme Ă©coutĂ©e en Octavia tragique et dĂ©sespĂ©rĂ©e (Le Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi), incarne une jeune femme angĂ©lique et volontaire, dont la couleur vocale fait tout le charme d’un chant simple, fluide, lumineux. Un angĂ©lisme ardent et sincère qui certes ne maĂ®trise pas encore parfaitement l’intelligibilitĂ© de notre langue mais reste toujours très juste ; il n’y a guère que le baryton emblĂ©matique François Le Roux qui rĂ©ussisse parfaitement l’exercice : son Ă©locution est exemplaire avec ce ton inspirĂ©, hallucinĂ©, des grands diseurs. Le chanteur donne du corps Ă  ce Pandolphe, vraie pantoufle domestique, passive et soumise… qui finit mĂŞme par agacer tant il demeure attachĂ© Ă  sa nouvelle femme, la comtesse de La Haltière (la britannique Rosalind Plowright, dragon rageur et haineux, qui a presque 70 ans, dĂ©ploie une prĂ©sence scĂ©nique totale, dramatique et … sonore, vraie marâtre dĂ©testable).

On sait Alain Surrans très soucieux de cohĂ©sion dramatique, y compris dans la dĂ©fense des Ĺ“uvres mĂ©connues ; le nouveau directeur d’Angers Nantes OpĂ©ra apprĂ©cie particulièrement les contes, prĂ©cisĂ©ment leur force poĂ©tique capable de nous parler encore aujourd’hui, dĂ©voilant des thèmes qui font Ă©cho Ă  notre actualitĂ©.
C’est assurĂ©ment le cas de Cendrillon de Massenet dont la figure courageuse de Lucette / Cendrille rappelle combien la dĂ©sobĂ©issance et la volontĂ© de croire Ă  ses sentiments sont majeurs pour toute Ă©mancipation.

 
 
  
 
 

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On Ă©mettra quelques rĂ©serves nĂ©anmoins dans cette nouvelle production. Bien des aspects de la partition surtout son livret, restent marquĂ©s par cette mièvrerie fleurie, typique de l’extrĂŞme fin du XIXème ; les rĂ©fĂ©rences Ă  la nature, le sujet de cet « avril printanier » Ă©voquĂ©s Ă  plusieurs reprises, par Lucette et son père (et jusqu’au couple que le père Ă©voque avec sa fille comme celui « d’amoureux » en promenade…) laissent un rien perplexe. On en regretterait les bienfaits de l’actualisation. Il y avait beaucoup de jeunes dans la salle ce soir Ă  Nantes : pas sĂ»r que la majoritĂ© adhère Ă  un art ainsi dĂ©modĂ© voire affectĂ© par des tournures d’un autre temps qui rĂ©duisent aujourd’hui la force de l’action. AssurĂ©ment quelques coupures eussent Ă©tĂ© bĂ©nĂ©fiques.

ESSOR ONIRIQUE… Quoiqu’il en soit, ne boudons pas notre plaisir. Le spectacle rĂ©alise en maints endroits la volontĂ© onirique de Massenet. Son invitation Ă  retrouver notre âme d’enfant prend forme et se rĂ©alise. Les deux tableaux oĂą paraĂ®t la fĂ©e (suave et agile Marianne Lambert malgrĂ© les redoutables arches coloratoure de sa partie), la première fois dans sa baignoire / nacelle, permettant Ă  Lucette d’aller au bal ; quand elle trĂ´ne enfin, en dĂ©esse sylvestre, parmi les chĂŞnes, … sont très convaincants.

Parmi les sĂ©quences les plus marquantes, ce sont bien les duos entre Cendrille et le Prince qui sont les plus inspirĂ©s (moins le couple du père et de sa fille : Pandolphe / Lucette). L’union des nouveaux amants, en particulier dans le tableau du bal (première rencontre) puis dans celui de leurs retrouvailles au pied du chĂŞne des fĂ©es, illustre ce Massenet inspirĂ©, – dans la lignĂ©e de Gounod, Ă©perdu et tendre, – entre dĂ©votion partagĂ©e et profondeur Ă©motionnelle ; quand par exemple dans leur premier Ă©moi, Cendrille avoue sa dĂ©votion immĂ©diate et totale Ă  l’ĂŞtre tout juste rencontré … On est proche de ce ravissement dont Massenet a dĂ©jĂ  Ă©laborĂ© l’expression dans Manon Ă©videmment (rĂ©fĂ©rence Ă  « la main presse »), composĂ©e 5 ans auparavant (1884).

 
 
 

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Manon est finalement une source maintes fois citĂ©e ou exploitĂ©e ici, ne serait ce que dans le parfum nĂ©o baroque, propre Ă  ce “classicisme XIXème », de l’ouverture ; Ă©galement dans l’esprit Grand Siècle des ballets qui citent toujours Manon (cf. le tableau de l’OpĂ©ra dans l’opĂ©ra). Saluons enfin danseurs et membres du Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra ; souvent très drĂ´le, la transposition que rĂ©alise le noyau des 5 danseurs du Centre ChorĂ©graphique national de Nantes, dans la chorĂ©graphie d’Ambra Senatore : ils emmènent avec eux les choristes maison dont le talent et la volontĂ© du jeu se rĂ©vèlent et s’affirment bel et bien, de production en production, avec chez certains, une claire rĂ©fĂ©rence Ă  Charlie Chaplin.
Enfin en fosse, l’ONPL, dirigé par Claude Schnitzler, s’il sonne dur et court en début de spectacle, se déploie plus onctueux et suggestif à mesure que l’action réalise ce passage du réel au rêve. Et vice versa. Convaincant.

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COMPTE-RENDU, opéra. NANTES, le 4 déc 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux… Toffolutti / Schnitzler - Encore à l’affiche au Grand Théâtre d’Angers, pour 3 représentations incontournables, les 14, 16 et 18 décembre 2018.

http://www.angers-nantes-opera.com/la-programmation-1819/cendrillon

LIRE aussi notre présentation annonce de la nouvelle Cendrillon présentée par Angers Nantes Opéra en décembre 2018
http://www.classiquenews.com/nouvelle-cendrillon-de-massenet-a-nantes-et-a-angers/

 
 
 

PROCHAINES productions Ă  ne pas manquer Ă  NANTES : Un Bal masquĂ© de Verdi (13 mars – 6 avril 2019)
A Nantes puis Angers : Le Vaisseau FantĂ´me de Wagner, 3 mai – 13 juin 2019

 
 
 
Illustration : Marianne Lambert (la fĂ©e) apparaĂ®t Ă  Lucette / Cendrille (DR – Angers Nantes OpĂ©ra – JM Jagu 2018