Edda Moser, soprano cosmique

MOSER edda opera mozart critique classiquenewsARTE, dim 18 avril 2021, 23h40. EDDA MOSER. Voix mozartienne absolue (c’est la Reine de la nuit idéale), la soprano berlinoise Edda Moser née en 1938, témoigne de sa carrière, brillante, célébrée dans les années 1960 et 1970 ; Sa Reine de la Nuit (personnage clé de l’opéra de Mozart, La Flûte enchantée) est enregistrée sous la baguette de l’excellent wagnérien Sawalisch elle figure aussi dans le film Don Giovanni de Losey (1979 / direction musicale : Lorin Maazel) où sa noblesse naturelle, son port de reine offre une nouvelle incarnation de Donna Anna, à la fois étincelante et humaine ; elle chante sous la direction des plus grands chefs de l’époque : Bernstein, Böhm, Karajan… Mozart évidemment mais aussi Wagner et les contemporains tels Henze, sans omettre Salomé de Strauss ou Aida de Verdi dont la précision des vocalises et la couleur ignée du timbre rappellent son ainé et compatriote Fisher-Dieskau, autre superbe diseur et de langue germanique chez Verdi. La diction, l’agilité, le brio du timbre, le style enrichissent une interprète d’exception qui aujourd’hui « fringante octogénaire » porte un regard ému voire enchanté sur un parcours semé d’éblouissants accomplissements. A jamais, l’étoile Moser reste une voix immortelle. Portrait, 2020, 52mn). En REPLAY sur ARTEconcert jusqu’au 16 juillet 2021 :
https://www.arte.tv/fr/arte-concert/

CD. Edda Moser, diva forever (Emi classics)

CD. Edda Moser : Electrola-RĂ©citals, Oper & Lied …

Pour les 75 ans de la diva Edda Moser (nĂ©e en 1938), Emi rĂ©Ă©dite les somptueuses rĂ©alisations d’une  diseuse mozartienne nĂ©e… Voici une boĂ®te miraculeuse qui permet de se ressourcer dans la magie d’un chant olympien dont le legato infini Ă©gale la justesse d’intonation, la qualitĂ© stylistique, la musicalitĂ© sensible, la sobre et claire articulation du verbe : il Ă©tait dĂ©jĂ  ” osĂ© ” dès 1972 d’enregistrer les lieder de Strauss appareillĂ©s Ă  ceux de Hans Pfitzner : la qualitĂ© du choix du rĂ©pertoire dit assez la distinction de la mĂ©lodiste, la culture de la diseuse… sans que jamais l’art de la technicienne ne supplante l’Ă©mission directe et franche de l’Ă©motion… Avec le pianiste Erik Werba, la complicitĂ© est totale ; comme l’est encore celle en 1982, soit 10 ans après, dans ce rĂ©cital enregistrĂ© avec Christophe Eschenbach pianiste dans de nouveaux lieder Straussien et ceux de Brahms…  Quelle distinction et quelle classe vocale.

Edda Moser, divine mozartienne

MOSER_448_edda-moser-electrola-recitalsPour nous Edda Moser reste Ă©videmment la voix de la Reine de la nuit, et pour jamais la Donna Anna du film Don Giovanni de Losey (1978) : la mozartienne absolue nous est aussi rĂ©vĂ©lĂ©e et confirmĂ©e d’ailleurs dans un cd dĂ©diĂ© au chant mozartien (cd8), une bible que devrait collectionner et apprendre par cĹ“ur toute diva d’aujourd’hui soucieuse de legato, d’intelligibilitĂ©, de phrasĂ©s… Le moment Ă©tait opportun pour incarner Mozart (et Gluck, lire ci-après) : il y a Ă©videmment sa Donna Anna avec Sawalisch en 1973, mais aussi Elettra d’Idomeneo, sans omettre sa Vittelia : le fameux air de bascule (Non piĂą di fiori…) quand l’intrigante et calculatrice Ă©prouve un pur sentiment de coupable remords vis Ă  vis de Titus : en 1977, la soprano capable d’un chant cristallin sait nuancer et colorer toutes les couleurs de la compassion naissante en une mĂ©tamorphose psychique des plus bouleversantes au diapason accordĂ© du superbe cor de basset (si apprĂ©ciĂ© par Mozart… avec raison).
Pour complĂ©ter ce panorama, les autres cd mettent en lumière l’art de la diseuse chez Schubert (Lieder avec Peter Schreier en 1983, cd 4) ; un tiercĂ© (gagnant) Schumann, Wolf, Brahms (Lieder en 1975 avec le complice pianiste Erik Werba, CD2) ; surtout sa participation en collectif, chantant les lieder Ă  plusieurs voix signĂ©s Schumann ( Spanisches liederspiel opus 74 et Spanische Lieberlieder opus 138 ; LiebesfrĂĽhling opus 37 en 1976-1977 avec Hanna Schwarz, Nicolai Gedda, Walter Berry… et l’inusable et très inspirĂ© Erik Werba, cd 5 et cd 6)…

Notre prĂ©fĂ©rence va outre les lieder de Schumann dĂ©jĂ  citĂ©s, au cd 8 (oĂą Mozart et Gluck trouvent une ambassadrice Ă©tonnante, sidĂ©rante en Anna donc, mais aussi Elettra et Vittelia mozariennes dĂ©jĂ  citĂ©es, mais aussi Alceste de Gluck d’une finesse ardente, Ă  la fois angĂ©lique et volcanique, d’une intensitĂ© inĂ©galĂ©e dans ce rĂ©pertoire ; et l’on se dit que ce Gluck Ă©tait très mozartien. La caresse de Mozart, son sentiment incandescent Ă©blouissent, irradient d’une grâce intĂ©rieure unique. Et que dire encore de l’Agnus dei sous la baguette de Jochum de la Messe du couronnement (1977)  ? : un joyau serti d’un humanitĂ© diamantine douĂ© d’un legato qui semble illimitĂ©… quelle diva fut capable de cela avant elle ?

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Avouons aussi que le cd 7 rĂ©serve bien des sources d’enthousiasme : le rĂ©cital lyrique de 1985 sous la direction de Peter Schneider dĂ©livre ses Wagner (Elisabeth), Strauss (Ariadne : certes la voix laisse entendre des impuretĂ©s  liĂ©es Ă  l’âge et l’instant de l’enregistrement dans une carrière dĂ©jĂ  très bien remplie…), Weber (Rezia d’Oberon)… aux cĂ´tĂ©s de Leonore de Beethoven (parfaite), Alceste de Gluck (au souffle tragique vertigineux et un français impeccable) et IphigĂ©nie… Actrice au legato infini (c’est bien cela qui la caractĂ©rise outre la beautĂ© de son Ă©mission claire et l’opulence de son timbre brillant sur tous les registres), voici Edda Moser dont l’Ă©clat n’empĂŞche pas un volcan, une nature Ă  jamais inatteignable et heureusement Ă©ternisĂ©e ici.  Coffret de 9 cd absolument incontournable.

Edda Moser : Electrola-Récitals, Oper & Lied. 9 cd Emi classics (1972-1985). En bonus mais que pour le germanophones, le cd 9 regroupe le témoignage audio de Edda Moser sur les oeuvres, compositeurs et partenaires évoqués dans ce coffret (entretiens audio de 2006).