COMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET Paris-plage, Festival des Pianos Folies, le 18 août 2019. Récital Boris Berezovsky, piano.
 SCRIABINE, RACHMANINOV

COMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET Paris-plage, Festival des Pianos Folies, le 18 août 2019. Récital Boris Berezovsky, piano.
 SCRIABINE, RACHMANINOV. Par notre envoyé spécial MARCEL WEISS

 

 

 

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« Je vous appelle Ă  la vie, ĂŽ forces mystĂ©rieuses » : cette invocation, placĂ©e en exergue de la Sonate n°5 de Scriabine, semble dĂ©fier les interprĂštes assez imprudents pour partager la quĂȘte mystique de son auteur. DĂšs l’andante cantabile de son premier PoĂšme, Boris Berezovsky en tient la gageure par son jeu tout de suggestion et la dĂ©licatesse de son toucher. Les piĂšces suivantes de Scriabine flirtent avec une vision idĂ©alisĂ©e de l’érotisme, symbolisĂ©e par l’accord de Tristan Ă©noncĂ© dans la Sonate n°4, une Ɠuvre encore rĂ©solument heureuse, dĂ©bordante d’énergie, que Berezovsky empoigne Ă  bras le corps. ThĂšme amplifiĂ© dans l’arachnĂ©enne « FragilitĂ© », la valse Ă©vanescente de « Caresse dansĂ©e » et le tempĂ©tueux « DĂ©sir ».
D’un seul jet, la Sonate n°5, contemporaine du « PoĂšme de l’extase », accumule les difficultĂ©s et les indications de tempo, dans un sentiment gĂ©nĂ©ral d’urgence et de fiĂšvre, traduit avec maestria par un interprĂšte hallucinĂ©, dominant les piĂšges techniques. Celui qui se prĂ©sente parfois comme un chasseur poursuivant ces proies que seraient les notes semble en improviser le cours de maniĂšre agogique et non mĂ©canique.

Lyrique passionnĂ©ment, sa vision de la Sonate n°2 de Rachmaninov restitue le foisonnement d’une Ɠuvre qui rend hommage Ă  la Russie Ă©ternelle, des carillons initiaux Ă  l’évocation nostalgique de ses paysages. EnvisagĂ©es par Rachmaninov comme de vĂ©ritables compositions et non comme de simples arrangements, ses nombreuses transcriptions embrassent tous les genres musicaux. Du PrĂ©lude de la « Partita n°3 pour violon » de Bach, ornĂ© avec humilitĂ©, Ă  la tendre « Berceuse » de TchaĂŻkovsky, en passant par un virevoltant Scherzo du « Songe d’une nuit d’étĂ© » de Mendelssohn, le limpide et tendre « Wohin ? » de la « Belle MeuniĂšre » de Schubert et le « Liebeslied » langoureux de Kreisler. Autant de moments musicaux, de prĂ©textes d’admirer une fois de plus la dextĂ©ritĂ© et la versatilitĂ© expressive du pianiste. Sans l’extrĂȘme musicalitĂ© et la sensibilitĂ© Ă  fleur de touche de Berezovsky, les arrangements funambulesques par Godowsky des Ă©tudes de Chopin dĂ©jĂ  si exigeantes dans leur virtuositĂ© pourraient sembler de bien mauvais goĂ»t. Nos prĂ©jugĂ©s sont balayĂ©s devant la prouesse des trois Etudes de l’opus 10, dont celle dite  «  RĂ©volutionnaire » jouĂ©es de la seule main gauche.
En guise de conclusion, Boris Berezovsky nous proposa de confronter le PrĂ©lude n°2 de Gerschwin et une piĂšce similaire – toutes deux bĂąties sur une maniĂšre de basse continue – de Scriabine
 Jazzman avant l’heure ?

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET Paris-plage, Festival des Pianos Folies, le 18 aoĂ»t 2019. RĂ©cital Boris Berezovsky, piano.
 SCRIABINE, RACHMANINOV. Par notre envoyĂ© spĂ©cial MARCEL WEISS / Illustration : photo © service communication ville du Touquet Paris Plage 2019.

 

 

 

Compte-rendu, récital. Dijon, le 10 oct 2018.  BALAKIREV, RACHMANINOV, SCRIABINE,  B Berezovsky

Compte rendu, rĂ©cital. Dijon, OpĂ©ra, Auditorium, le 10 octobre 2018.  BALAKIREV / LIADOV / RACHMANINOV / SCRIABINE,  Boris Berezovsky, piano… Entre AthĂšnes et Tel-Aviv, Boris Berezovsky se pose Ă  Dijon, pour un programme rare s’il en est, dont l’influence de Chopin et de Liszt sur le piano russe est le fil conducteur. L’élĂšve d’Elisso Virsaladze au Conservatoire de Moscou, laurĂ©at du concours TchaĂŻkovsky de 1990,est un immense pianiste. Il  fait partie du gotha mondial de son instrument, et chacune de ses apparition constitue un Ă©vĂ©nement. Le public ne s’y est pas trompĂ©, rassemblant la foule des grands soirs, et aura Ă©tĂ© comblĂ© par un interprĂšte plus engagĂ© que jamais.

En Russie, autour de 1900

berezovsky boris piano recital concert par classiquenews 45-boris-berezovskyLa banquette trĂšs haute, son imposante stature domine le clavier du Steinway. Si son assurance sera vĂ©rifiable (il prend la parole, en français, Ă  deux reprises), son pas a Ă©tĂ© rapide pour le conduire au Steinway, comme un naufragĂ© se raccrochant Ă  un radeau. Sans reprendre son souffle ou devoir se concentrer,  il  enchaĂźne quatre piĂšces de Balakirev avant le cĂ©lĂšbre Islamey. MĂȘme si le compositeur fut le chef spirituel du Groupe des Cinq, revendiquant toute sa place Ă  la musique de son pays, les mazurkas, le nocturne et le scherzo Ă©coutĂ©s se situent avant tout dans le droit fil de Chopin. C’est dans Islamey, cĂ©lĂšbre Ă  juste titre, que le compositeur affirme son originalitĂ© dans un langage post-lisztĂ©en. Prodigieuse piĂšce de concert, frĂ©missante, lyrique, animĂ©e d’une rage fĂ©roce, accordant une large place aux variations sur des thĂšmes issus des cultures du Caucase, aux limites des possibilitĂ©s digitales, Boris Berezovsky nous en offre une mĂ©morable interprĂ©tation, oĂč la dĂ©licatesse arachnĂ©enne des arpĂšges dans l’aigu succĂšde aux variations plus exigeantes les unes que les autres. Le visage impassible, totalement concentrĂ© sur son jeu, Ă©pongeant discrĂštement sa transpiration  dĂšs qu’une main le lui permet, c’est une extraordinaire dĂ©monstration de la plus haute virtuositĂ©, Ă  l’état pur. Car jamais le pianiste ne pose ou ne sollicite les acclamations. Celles-ci semblent mĂȘme l’indisposer, le faire fuir : il y met un terme rapide en se remettant au clavier, sans plus attendre. De l’oeuvre pianistique d’Anatole Liadov on n’entend plus grand chose, si ce n’est « la tabatiĂšre Ă  musique » en guise de bis. De petites dimensions, mais Ă©crites avec un goĂ»t et une distinction sĂ»rs, d’une rĂ©elle richesse harmonique,  la barcarolle, op.44, la mazurka op.57 n°3 et quatre prĂ©ludes nous invitent Ă  la dĂ©couverte d’une Ɠuvre peu frĂ©quente tant au concert qu’à l’enregistrement. Manifestement, l’admiration que lui portait Stravinsky Ă©tait fondĂ©e sur quelque chose qui dĂ©passait la simple empathie.
La seconde partie du programme sort Ă©galement des sentiers battus. De Rachmaninov nous dĂ©couvrons les cinq derniers de ses six moments musicaux. D’une virtuositĂ© transcendante, rien ne les lie Ă  ceux de Schubert, Ă©coutĂ©s il y a peu par Andreas Staier : c’est une sorte de rĂ©sumĂ© de l’art du compositeur, exigeant une main gauche d’acier comme les touchers les plus variĂ©s, avec de grands traits chromatiques, des ostinati, des batteries et des arpĂšges, oĂč le piano se fait impĂ©rieux, souverain comme poĂ©tique et lyrique. Scriabine, incontournable dans l’ancien empire soviĂ©tique, n’a pas Ă©tĂ© laissĂ© au bord du chemin, comme le programme publiĂ© initialement le faisait regretter. Deux Ă©tudes et l’extraordinaire et monumentale cinquiĂšme sonate viendront couronner ce rĂ©cital, avant que trois bis soient offerts par le pianiste, ruisselant et heureux, Ă  un public fascinĂ© par les moyens et l’expression dont il fait preuve. L’épanchement, le lyrisme, mais aussi la puissance, Ă  la limite du pathos et de l’emphase, sont servis par une technique prodigieuse, parfaitement appropriĂ©e Ă  ce rĂ©pertoire le plus exigeant.

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Compte-rendu, récital. Dijon, Opéra, Auditorium, le 10 octobre 2018.  BALAKIREV/LIADOV/RACHMANINOV/SCRIABINE,  Boris Berezovsky. Crédit photographique © DR

Compte rendu, concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse, le 21 septembre 2016. Beethoven, BartĂłk, Liszt, Scarlatti
 Boris Berezovsky, piano

Compte rendu concerts. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins ; Le 21 septembre 2016. Ludwig Van Beethoven ; BĂ©la BartĂłk ; Frantz Liszt ; Domenico Scarlatti; Igor Stravinski ; Boris Berezovsky, piano. Des grands pianistes il y en a, mais un gĂ©ant comme Berezovsky je n’en connais d’autre, de cette force vive, avec ce calme. Son Beethoven est fin, dĂ©licatement phrasĂ©, nuancĂ© avec art. Le rythme est bondissant, ferme et stable. L’hĂ©ritage mozartien est assumĂ© comme l’élargissement du cadre de la sonate. Un grand moment de piano, pondĂ©rĂ©, loin des excĂšs que certains y mettent (Nelson Goerner, ici mĂȘme
 il y a peu). Ce sont les piĂšces de BartĂłk qui montrent les extraordinaires capacitĂ©s physiques du pianiste. De l’exigeante Sonate, il ne fait qu’une bouchĂ©e, assumant crĂąnement ses moments de violence. Les trois Etudes ont Ă©tĂ© enchaĂźnĂ©es selon sa demande, dans un français exquis, avec trois Ă©tudes de Liszt. La fraternitĂ© de transcendance entre les deux compositeurs est saisissante. On comprend mieux la raretĂ© de ces Ă©tudes de BartĂłk, tant la puissance et la virtuositĂ© exigĂ©es sont immenses. Berezovsky domine toute partition. L’aisance souveraine en une simplicitĂ© de jeu dans une probitĂ© rarissime est un alliage des plus prĂ©cieux. Quand je pense Ă  certains qui histrionisent leur jeu, le calme olympien de Berezovsky est un baume. Son Liszt est de la mĂȘme eau. Toute la construction des divers plans est organisĂ©e, sans chercher Ă  appuyer la basse ou le chant. Ce Liszt est certain de la capacitĂ© du public Ă  chercher dans ces notes si nombreuses, qui la mĂ©lodie, qui les arpĂšges, qui la basse, qui 
.  Ce petit effort dans l’écoute pour le spectateur est rĂ©compensĂ© par une sorte de plĂ©nitude. Tout est lĂ , rien ne manque et la musique rĂšgne souveraine de beautĂ©.

 

 

 

Le pianiste russe nous a offert un programme copieux, rare, passionnant

Boris Berezovsky ou le piano monde

Photo C (c) David Crookes, Warner ClassicsEn deuxiĂšme partie, sacrifiant Ă  une sorte de mode cette annĂ©e, il aborde Ă  sa maniĂšre fluide et dĂ©licate trois petites Sonates de Scarlatti. Moment de pure grĂące rĂ©crĂ©ative. Car les deux Ɠuvres suivantes sont colossales. La Sonate de Stravinski semble rendre hommage Ă  l’ñge classique mais est en fait d’une grande difficultĂ©. Cette apparente simplicitĂ© d’écoute et l’absence de dĂ©monstrativitĂ© sont probablement les raisons de cette raretĂ© dans les programmes des concerts. Berezovsky est impĂ©rial de hauteur technique et de don Ă  son public. Sans la moindre fatigue apparente aprĂšs ce vaste programme, Boris Berezovsky fait de la suite de Petrouchka une fĂȘte de la musique. Un piano sans limites qui peut aussi bien faire pleurer par sa dĂ©licatesse qu’impressionner par sa puissance orchestrale. Oui, Boris Berezovsky est le plus immense pianiste, capable de tout jouer et qui donne Ă  son public gĂ©nĂ©reusement la beautĂ© dans la modestie accomplie, celle de moyens personnels incroyables et de travail qu’on sait colossal. Boris Berezovsky dans ce concert, a fait le don total d’un artiste accompli. Cet immense artiste a encore offert deux bis flamboyants Ă  son public conquis et exigeant.

Compte rendu concerts. 37 Úme édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloßtre des Jacobins ; Le 21 septembre 2016. Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour piano en mi bémol majeur « Quasi una fantasia » Op. 27 n°1 ; Béla Bartók (1881-1945) : Sonate pour piano ; Trois études op 18 SZ 72 ; Frantz Liszt (1811-1886) : Trois études ; Domenico Scarlatti (1685-1757) : Trois sonates ; Igor Stravinski (1940-1971) : Sonate pour piano ; Petrouchka, suite ; Boris Berezovsky, piano.
Illustration : David Crooks