Giselle au cinéma

Adam, Gauthier : le ballet Giselle au cinĂ©ma, le 6 avril 2016, 20h15. Morte, Giselle sait pardonner Ă  celui qui l’a tuĂ©e mais qu’elle aime toujours. La production est celle du Royal Opera House de Londres (chorĂ©graphie de Marius Petipa), avec dans les rĂ´les majeurs des deux amants maudits : Marianela Nuñez (Giselle), Vadim Muntagirov dans le rĂ´le du Comte Albrecht. Si l’acte est celui de l’amour trompĂ©, oĂą paraĂ®t tout d’abord la paysanne Giselle trop crĂ©dule, l’acte II est pareil Ă  un tableau fantastique oĂą la dĂ©funte est un spectre aĂ©rien, volant tel un insecte lunaire au dessus des tombes d’un cimĂ©tière…

giselle ballet cinema review compte rendu critique classiquenewsDes Orientales Ă  La Wili… Giselle, Ă©toile des ballets blancs. TirĂ© des Orientales de Victor Hugo, Ă©ditĂ©es en 1828, l’intrigue de Giselle mĂŞle aussi aux aspiration de l’hĂ©roĂŻne hugolienne – qui aimait trop le bal au point d’en mourir, les fantasme Ă©vanescents et lugubres du fantastique germanique tels que Heinrich Heine les a collectĂ©s et magnifiquement transposĂ© dans De l’Allemagne (1835). Ainsi s’impose la figure des Wilis, fiancĂ©s morte avant leur noce mais qui ressucitent le soir sur leur tombe et entraĂ®ne dans une danse ivre et extatique les pauvres jeunes hommes qui croisent leur chemin. La vengeance non d’une blonde mais d’une âme fragile et passionnĂ©e qui en muse romantique hante les bois profonds afin de se venger des jeunes mâles trop naĂŻfs. A partir de ce mĂ©lange franco-germanique, ThĂ©ophile Gauthier et Saint-Georges façonnent le livret d’un ballet d’action en deux actes. DĂ©guisĂ© en paysan villageois, le prince Albrecht courtise la belle du village, Giselle. Mais Hilarion jaloux Ă©conduit par la jeune femme dĂ©masque l’aristocrate devant la foule et la fiancĂ©e de ce dernier, Bathilde. FoudroyĂ©e par le menteur, Giselle meurt.

Au cimetière (cadre habituel des ballets blancs, c’est Ă  dire fantomatiques, Giselle est devenue une Wili sous l’autoritĂ© de la reine Myrtha. Alors peuvent se rĂ©aliser les sentiments d’une femme morte certes mais douĂ©e d’un sens moral aigu : elle foudroie Hilarion le fourbe mais pardonnant Ă  Albrecht qui sauvĂ© par Giselle, peut Ă©pouser Bathilde. Pardon et amour pour une femme admirable.

Le rĂ´le-titre est le plus convoitĂ©e des ballerines ; le ballet conçu par Gauthier fusionne pantomime et danse, car le ballets d’action offre des scènes dramatiques, très expressives qui font avancer l’action tragique et pathĂ©tique. La musique d’Adam a parfaitement intĂ©grĂ© la nĂ©cessitĂ© du drame et chaque pas de danse exprime au plus juste une avancĂ©e de la situation. Ici l’envol de la Wili, Giselle (Carlotta Grisi Ă  la crĂ©ation en 1843) est manifeste non par les machineries mais l’Ă©lan et la cohĂ©rence globale de la musique et de la chorĂ©graphie, signĂ©e Jean Coralli et Jules Perrot. Admirateur passionnĂ©, Gauthier encense la Grisi qui fusionne les qualitĂ©s pourtant opposĂ©es de Marie Taglioni (championne de La Sylphide) et de Fanny Essler. Grisi, nommĂ© Etoile, Première danseuse après la crĂ©ation, incarne la nouvelle danseuse romantique par excellence grâce Ă  Giselle, le ballet blanc lĂ©gendaire. Au cinĂ©ma, le 6 avril 2016, en direct de Londres, Ă  partir de 20h15.