COMPTE-RENDU, récital. DIJON, le 11 avril 2019. AUTOUR DE CARMEN, Astrig Siranossian / Nathanaël Gouin.

COMPTE-RENDU, rĂ©cital. DIJON, OpĂ©ra, Auditorium, le 11 avril 2019. AUTOUR DE CARMEN, Astrig Siranossian / NathanaĂ«l Gouin. L’intitulĂ© du programme (« autour de Carmen »), quelque peu fallacieux, fait rĂ©fĂ©rence Ă  la nouvelle Carmen, actuellement en rĂ©pĂ©tition Ă  Dijon (Adrien Perruchon / Florentine Klepper). En effet, alors que l’opĂ©ra a gĂ©nĂ©rĂ© un nombre incalculable de transcriptions, d’arrangements de fantaisies pour toutes les formations instrumentales imaginables, aucun ne figure au programme.

Tout juste un arrangement de deux extraits de Jeux d’enfants, d’un numĂ©ro de l’ArlĂ©sienne transcrit par Rachmaninov, et, en bis, la cĂ©lĂšbre habanera. C’est Ă  un beau rĂ©cital de musique française, enrichi de la Suite de Gaspar Cassado, que nous invitent, l’extraordinaire Astrig Siranossian au violoncelle, et son aĂźnĂ© de quelques mois, NathanaĂ«l Gouin au clavier.

AprÚs avoir glané les récompenses les plus prestigieuses, les deux jeunes artistes ont bénéficié de la résidence à la Chapelle musicale Reine Elisabeth de Belgique. Etoiles montantes de leur instrument, unanimement loués pour leur jeu, leur technique et leur sens musical, le concert de ce soir confirme pleinement leurs qualités rares qui leur promettent un avenir radieux.

 
 
 

SIRANOSSIAN / GOUIN,
l’équation gagnante pour CASSADO et BOULANGER

 
 
 

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Siranossian ? En juin 2016, Dijon avait accueilli les deux sƓurs, Chouchane et Astrig, dans un beau programme. On se souvient du Quatuor pour la fin du temps de Messiaen, et mĂȘme d’un Komitas chantĂ© avec Ă©motion par Astrig  qui abandonnait ponctuellement son instrument. Sous son archet, le magnifique violoncelle Ruggieri de 1676 sonne merveilleusement, dĂšs le dĂ©but des Jeux d’enfants (Bizet). Puissant, chaleureux, rond, lyrique, profond comme lĂ©ger, berceur comme fĂ©brile, avec toute la simplicitĂ© requise, c’est un bonheur que d’écouter le violoncelle et son partenaire. Le menuet de l’ArlĂ©sienne, revu par Rachmaninov, sonne magnifiquement sous les doigts de NathanaĂ«l Gouin : les textures sont riches, la pĂąte orchestrale, les oppositions contrastĂ©es, l’articulation en font un bijou.
Les quatre piĂšces de FaurĂ© (Sicilienne, ElĂ©gie, Romance, Papillon) sont des classiques du rĂ©pertoire du violoncelle. On les retrouve avec bonheur. L’élĂ©gance en est rare, le lyrisme abouti. Seul – petit – regret, le Steinway sonne clinquant dans ce rĂ©pertoire, quels que soient les talents de l’interprĂšte. Un Erard ou un Pleyel sont seuls capables de restituer les couleurs de ces piĂšces.

Rare au concert, comme au disque, la suite pour violoncelle seul de Gaspar Cassado aura Ă©tĂ© une dĂ©couverte pour la majoritĂ© du public. Le violoncelliste catalan, Ă©lĂšve de Casals pour son instrument, et de Ravel pour la composition, nous laisse une sorte d’hommage trĂšs ibĂ©rique Ă  la suite baroque pour violoncelle, avec les moyens du XXe siĂšcle, Ă©videmment. Astrig Siranossian aime manifestement cette Ɠuvre exigeante qu’elle sert avec un total engagement. Toutes les expressions y sont sollicitĂ©es, du dĂ©pouillement Ă©mouvant de telle phrase du prĂ©lude Ă  la frĂ©nĂ©sie de la sardane endiablĂ©e ou de la danse finale, on est proprement emportĂ© par la maestria de l’interprĂšte. Elle se joue de toutes les difficultĂ©s pour nous offrir un moment de grĂące. Bouleversant.

La sonate pour violoncelle et piano de Poulenc, de fait transcrite de celle pour violon, a bien le chic dĂ©braillĂ© caractĂ©ristique du compositeur, la fantaisie, le cocasse, avec un indĂ©niable charme comme de mĂ©lancoliques sourires. Bavarde, pour n’ĂȘtre pas parmi les chefs-d’Ɠuvre du compositeur, elle s’écoute sans dĂ©plaisir, particuliĂšrement servie par deux interprĂštes de la pointure d’Astrig Siranossian et de NathanaĂ«l Gouin.

Pour notre part, nous leur prĂ©fĂ©rons les trois piĂšces que Nadia Boulanger Ă©crivit pour la mĂȘme formation, en 1914. Concises, d’une esthĂ©tique rĂ©solument post-impressionniste, leur Ă©criture particuliĂšrement soignĂ©e nous ravit, propre Ă  solliciter tous les trĂ©sors expressifs des deux instruments. Chaque mouvement est un nouveau bonheur : avec la suite de Cassado, le sommet de ce rĂ©cital. Chaleureusement ovationnĂ©s, les musiciens offrent deux bis au public, le cĂ©lĂ©brissime Cygne de Saint-SaĂ«ns, suivi de la Habanera de Carmen.

 
 
   
 
 

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COMPTE-RENDU, récital. DIJON, Opéra, Auditorium, le 11 avril 2019. AUTOUR DE CARMEN, Astrig Siranossian / Nathanaël Gouin. Crédit photographique : Astrig Siranossian  © DR