Compte rendu, concert. Aix en Provence, Eglise St-Jean Baptiste, le 17 avril 2016. Arthur Dente, guitare. Mundo Entero. Avec l’Octuor vocal d’Aix en P.

LAS INDIAS, concert et CD d’Arthur Dente, compositeur et guitariste. L’universel de l’errance mais ancrĂ©e et interrogĂ©e dans le local d’ici et maintenant, dĂ©racinement et enracinement, est la recherche profonde, douloureuse parfois, d’un magnifique instrumentiste guitariste et compositeur, professeur dans le secondaire, Arthur Dente.
dente arthur mundo enteroNĂ© en France, mais issu de l’immigration portugaise de ses parents, contraints de fuir leur pays pour trouver une avenir meilleur Ă  leurs enfants, puis retournĂ©s chez eux, partagĂ© ou dĂ©chirĂ© ainsi entre deux cultures, la familiale portugaise irriguĂ©e aussi de proche d’hispanitĂ©, et celle qu’il a acquise dans cette France de son Ă©ducation et scolaritĂ© secondaire et universitaire, Arthur Dente, dans des voyages en nombre, des sĂ©ries d’émigrations en quelque sorte, des stages, des concerts, a enrichi ce fonds culturel par l’expĂ©rience, la pratique d’un grand Ă©ventail de formes, de styles, qui vont du fado fondamental portugais au flamenco en passant par le hard rock, les Pink Floyd. À la libertĂ© interprĂ©tative, Ă  l’improvisation de formes de musique populaire et mĂȘme de rue, s’ajoute sa culture classique solide acquise aux Conservatoires d’Albi et de Toulouse de 1972 Ă  1987, Ă  l’École Normale SupĂ©rieure de Paris de 1988 Ă  1990, puis Ă  l’universitĂ©. Cela lui permet de brasser, d’embrasser un vaste rĂ©pertoire de genres musicaux, d’ouvrir grand un Ă©ventail tel un arc-en-ciel irisĂ© d’harmoniques de sa guitare dans une musique oĂč l’on identifie des sources, des origines, mais trĂšs expressive, trĂšs personnelle, dont la pulsation, certes, parle au corps, le meut, l’émeut rythmiquement et, le mouvant, l’émouvant, parle Ă  l’ñme.
En tĂ©moigne son disque Las Indias, ‘Les Indes’ (label Caminando, bien nommé : ‘Cheminant’) au sous-titre trĂšs justifiĂ© de « PoĂ©sie en guitare », avec d’abondants appuis textuels poĂ©tiques comme autant de repĂšres dans l’errance, moins descriptifs que vagues Ă©vocations, paysages intĂ©rieurs, Ă©tats d’ñmes. Ce sont les Indes occidentales, comme on appela d’abord les AmĂ©riques, qui renvoient aux DĂ©couvertes, mais, surtout, dĂ©passĂ©s les affrontements cruels de l’Histoire, Ă  la rencontre de deux mondes, de tant de cultures qui forment le spectre colorĂ© rĂ©conciliĂ©, de cette musique. Il suffirait d’écouter un extrait d’ « Irlande/Andalousie » pour s’en convaincre, oĂč la guitare a des rĂȘveries arpĂ©gĂ©es de harpe celtique et des sĂ©cheresses nerveuses de cordes pincĂ©es, du flamenco : ibĂšre et celte, celtibĂšre en somme, brume et soleil
 Mais on trouve aussi emblĂ©matique « El indio barroco », cet ‘indien baroque’ qui mĂȘle accents latino-amĂ©ricains et hispaniques.
Riche dĂ©jĂ  d’une belle carriĂšre de concertiste virtuose qui l’a promenĂ© de la Californie Ă  la France en passant par le Portugal, Arthur Dente a par ailleurs formĂ© plusieurs ensemble et, derniĂšrement, l’Octuor vocal d’Aix-en-Provence, quatre voix de femmes et quatre d’hommes, avec lequel il a crĂ©Ă© les 15 et 16 avril Mundo entero pour guitare, flĂ»te, percussions et voix.

 

 

 

Mundo entero

 

 

dente Arthur-Dente-lOctuor-dAix-en-Provence-600x553 Comment qualifier ce ‘Monde entier’? La guitare, concertant avec la flĂ»te et quelques pincements lĂ©gers ou ponctuation de percussion, tire l’Ɠuvre vers le concerto pour deux instruments privilĂ©giĂ©s mais les vastes passages vocaux l’inclinent vers la cantate instrumentale. Peu importe la dĂ©nomination : c’est une Ɠuvre hybride par sa forme, syncrĂ©tique par les matĂ©riaux musicaux convoquĂ©s venus des quatre horizons de la culture musicale polymorphe du compositeur, trĂšs contemporaine aussi. Cette vaste fresque est composĂ©e de sept moments ou parties largement instrumentales mais qui introduisent des textes pour le chƓur et parfois des solistes, en français espagnol et portugais, trĂšs simples, trop simples peut-ĂȘtre, dont les paroles, par ailleurs, sont difficilement comprĂ©hensibles.
Dominante, la guitare prĂ©lude chaque partie, mais si longuement, si largement, avec une telle virtuositĂ© gĂ©nĂ©reuse, sans doute abandonnĂ©e Ă  l’improvisation, que c’est dĂ©jĂ  une Ɠuvre en soi, avant que la flĂ»te, d’une rare dĂ©licatesse, n’apporte sa note vaporeuse, brumeuse, un souffle, un halo autour des grappes argentines de notes rasgueadas (‘pincĂ©es)’ ou caressĂ©es en arpĂšges celtiques, ondes douces modulantes dans « Irlande/Andalousie ». Cet accord guitare et flĂ»te, qui dĂ©borde Ă  l’évidence, Ă  l’ « audience », qui saute aux yeux et sĂ©duit l’oreille, de l’amour du pĂšre Arthur Dente envers son instrumentiste de fille, l’adorable et dĂ©licate Valentine Dente, est l’une des plus belles rĂ©ussites de l’ensemble. La flĂ»te sait s’alanguir d’ondoiements debussystes et la guitare a de sensuelles vibrations brĂ©siliennes dans « Dilemme ».
Il est difficile de juger sur une seule et premiĂšre Ă©coute cette Ɠuvre ambitieuse mais l’écriture vocale de l’octuor, rarement polyphonique, sans ĂȘtre complexe, pose et cause quelques problĂšmes aux solistes : les sopranosFabienne Hua et GĂ©raldine Jeannot sont sollicitĂ©es dans des aigus sans prĂ©paration et la partie de basse pourtant profonde d’Yves BergĂ©, est maintenue souvent dans sa corde la plus grave en une sorte de recto tono qui rend impossible toute projection de la voix. Il faut reconnaĂźtre que, solides musiciens, ils s’en tirent avec honneur. La mĂȘme qualitĂ© est Ă  louer chez les altos Florence Blanc et Laetitia Alliez, les tĂ©nors Miguel Camacho et Nicolas Soheylian, l’autre sombrebasse Guillaume Barralis. Un bel octuor pas simplement d’interprĂštes, mais de musiciens trĂšs engagĂ©s au service d’une Ɠuvre dont ils nous communiquent l’émotion. Et le sommet en est certainement, comme si Dente avait besoin du substrat affectif pour porter Ă  l’acmĂ© sa musique, le morceau qu’on voudrait final « Meu pai », ‘Mon pĂšre’ en portugais, un hommage sensible et puissant Ă  cet Ă©migrĂ© dont il se revendique : Portugal, patrie, paternelle autant que maternelle. Mais, montĂ© sur le faĂźte, on ne peut que descendre et, aprĂšs ce sommet Ă©motif, qui semblait conclusif, ce qui vient aprĂšs ne nous Ă©treint (Ă©teint) plus avec la mĂȘme force.

 

 

Compte rendu, concert. Aix en Provence, Eglise St-Jean Baptiste, le 17 avril 2016. Arthur Dente, guitare. Mundo Entero. Avec l’Octuor vocal d’Aix en P.

Église Saint-Jean Baptiste, Aix-en-Provence
Les 16 et 17 avril 2016
Mundo entero d’Arthur Dente – Arthur Dente, guitare ; Valentine Dente, flĂ»te.
l’Octuor vocal d’Aix-en-Provence : Fabienne Hua et GĂ©raldine Jeannot, sopranos ; Florence Blanc et Laetitia Alliez, altos ; Miguel Camacho et Nicolas Soheylian, tĂ©nors ; Guillaume Barralis et Yves BergĂ©, basses.

Prochains concerts :
RĂ©cital de guitare le 4 Juin, 20H30, Patio du Bois de l’Aune au 1, Place Victor Schoelcher, 13090 Aix-en-Provence.
“Mundo Entero” ‹Dimanche 26 Juin Ă  18h‹Paroisse Saint-Paul, 71 Boulevard de Saint-Loup 13010 MARSEILLE
Réservations :   06 04 50 73 03 / site web:   www.arthurdente.com