Compte rendu, opéra. Opéra de Rome, le 22 janvier 2016. Rossini : La Cenerentola. Alessandro Corbelli

Après l’ouverture de la saison du Teatro alla Scala de Milan le 7 dĂ©cembre dernier, c’est en direct de l’OpĂ©ra de Rome que nous assistons Ă  la seconde retransmission dans les cinĂ©mas CGR. La Cenerentola (Cendrillon) est l’un des opĂ©ras les plus populaires de Gioachino Rossini (1792-1868) ;  pour cette sĂ©rie diffusĂ©e dans les salles de cinĂ©ma, les responsables de l’OpĂ©ra de Rome ont convoquĂ© une distribution de haut vol dominĂ©e par le Magnifico d’Alessandro Corbelli en grande forme.

 

Une Cenerentola mitigĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Rome

 

Emma Dante signe la mise en scène. On peut le regretter d’autant plus qu’il n’y a pas grand chose Ă  sauver. Direction d’acteurs indigente, des idĂ©es qui partent dans tous les sens avec des costumes, des dĂ©cors et des lumières peu convaincants dans l’ensemble. Par exemple si les poupĂ©es qui accompagnent Angelina et Don Ramiro sont amusantes lors des premières apparitions des deux personnages, elles deviennent vite assez encombrantes. Quel dommage aussi que le corps de ballet soit si mal utilisĂ© tant pendant l’ouverture que pendant le bal. Si l’on accepte comme base de travail la volontĂ© de montrer le cĂ´tĂ© noir du conte de fĂ©e, Ă©tait-il vraiment utile de montrer les prĂ©tendantes Ă©conduites se suicidant l’une après l’autre pendant le bal ? Certes non, au risque de saisir les enfants prĂ©sents dans la salle.

 
 
 

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Nous avons, en revanche, plus de satisfaction en ce qui concerne la distribution. A tout seigneur tout honneur, Serena Malfi campe une Cenerentola/Angelina crĂ©dible, vocalement très en forme. MalgrĂ© des costumes ridicules et un peu perdue dans des dĂ©cors très minimalistes, la mezzo soprano romaine se sort plutĂ´t bien du maelstrom scĂ©nique dans lequel elle se retrouve. Elle assume crânement la tessiture redoutable du rĂ´le et les deux airs qui lui sont dĂ©volus sont chantĂ©s avec assurance, notamment le finale, abordĂ© avec une maĂ®trise digne des plus grandes. Face Ă  Malfi, le tĂ©nor argentin Juan Francisco Gatell se montre en pleine possession de ses moyens. Rossini a composĂ© des pages terribles pour la voix de tĂ©nor, saluons donc la très belle performance de Gatell qui se sort comme il peut des Ă©lucubrations de Dante qui ne manque pas de mauvaises idĂ©es en ce qui concerne Don Ramiro. Outre les encombrantes poupĂ©es qui accompagnent le prince pendant presque toute la soirĂ©e, Angelina ne prend pas le bracelet Ă  son bras mais Ă  son pied ; du coup, Ramiro est obligĂ© de se contorsionner pour regarder le bracelet de sa douce. Ugo Guagliardo remplace au pied levĂ© le baryton invitĂ© Ă  chanter Don Alidoro; la voix est belle, ronde, chaleureuse ; il chante son unique aria avec une belle maĂ®trise. Dominant la scène de la tĂŞte et des Ă©paules, Alessandro Corbelli est un Don Magnifico de grand luxe ; comĂ©dien consommĂ©, il fait ce qu’il peut avec ce que lui «propose» Emma Dante. Corbelli qui ballade ce rĂ´le depuis de longues annĂ©es sur toutes les grandes scènes lyriques, donne une leçon de chant grandeur nature : la ligne de chant est impeccable, la voix ferme, les vocalises prĂ©cises, la technique parfaite. Annunziata Vestri (Tisbe) et Damiana Mizzi (Clorinda) campent deux sĹ“urs au mieux correctes, mais comme leurs collègues elles sont dĂ©savantagĂ©es par la mise en scène. Vito Priante, lui, est un Dandini hilarant; faux prince et vrai valet, il est peu dĂ©cidĂ© Ă  se laisser marcher sur les pieds par Don Magnifico et ses filles, il prend un malin plaisir Ă  enfoncer le clou, surtout, lorsqu’au second acte, il revient sous son vrai statut de valet chez Don Magnifico avec Don Ramiro redevenu prince. Le choeur d’hommes de l’OpĂ©ra de Rome fort bien prĂ©parĂ© par son chef se montre Ă  la hauteur des solistes et tient fort joliment sa place sur scène. Dans la fosse, c’est le chef argentin Alejo Perez qui dirige l’orchestre de l’OpĂ©ra de Rome. La battue est ferme, claire, prĂ©cise. Attentif Ă  ce qui se passe sur le plateau, il accompagne ses chanteurs avec subtilitĂ© sans jamais les couvrir.

C’est avec un sentiment final très mitigĂ© que nous avons quittĂ© la salle, n’ayant pas vraiment compris le propos d’Emma Dante a fini par se perdre dans le mĂ©andre de ses idĂ©es. Nous le regrettons d’autant plus que le plateau rĂ©uni pour cette sĂ©rie de La Cenerentola est globalement excellent avec une mention spĂ©ciale Ă  Alessandro Corbelli en Don Magnifico; le vĂ©tĂ©ran a su Ă©lever vers le haut une soirĂ©e qui dans sa rĂ©alisation visuelle, semblait bien mal partie.

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Poitiers. CGR Castille en direct de l’OpĂ©ra de Rome, le 22 janvier 2016. Rossini : La Cenerentola, opĂ©ra en deux actes sur un livret de Jacopo Ferretti tirĂ© du conte de Charles Perrault (1628-1703) «Cendrillon». Serena Malfi, Angelina (Cenerentola), Juan Francisco Gatell, Don Ramiro, Alessandro Corbelli, Don Magnifico, Ugo Guagliardo, Don Alidoro, Annunziata Vestri, Tisbe, Damiana Mizzi, Clorinda, Vito Priante, Dandini. Choeur et orchestre de l’OpĂ©ra de Rome. Alejo Perez, direction. Emma Dante, mise en scène.