ARTE. L’Ariadne enceinte de Katie Mitchell (Aix 2018)

arte_logo_2013ARTE, dim 19 janv 20, minuit. R. STRAUSS : Ariadne auf Naxos, Aix 2018 (Davidsen, Orch de Paris, Albrecht). En replay sur Arte.tv, jusqu’en déc 2021; accessible aussi sur YOUTUBE en version intégrale. De toute évidence Katie Mitchell évacue ce qui la gêne et dilue l’essentiel dans une mise en scène qui cite visuellement l’art déco, mais s’agite beaucoup, produisant des déplacements confus qui nuisent terriblement à la lisibilité des situations ; le profil du jeune compositeur (uniquement présent dans la comédie du Prologue et rôle travesti), la gravité soudaine de la soprano qui deviendra dans l’opéra proprement dit (Ariadne auf Naxos) Zerbinette est à peine mise en lumière : pourtant quel contraste avec sa légèreté, et insouciance virtuose dans l’ouvrage lyrique qui suit.
L’urgence des préparatifs qui précèdent l’opéra, et donc l’improvisation nécessaire comme le climat des coulisses avant la représentation, sont totalement absents. Tout est convenu et se succède sans surprise (le maître à danser perché sur ses talons de Queen délurée !!!). Pour exprimer la métamorphose qui se produira bientôt dans l’esprit de la pauvre Ariane abandonnée par Thésée, mais sauvée par sa rencontre avec le dieu Bacchus, Mitchell invente ainsi une Ariane enceinte, préoccupée par son bébé à naître… gestation qui évoque un travail souterrain qui impacte évidemment la démarche et le comportement de la « diva »…

 

 

 

Ariadne confuse et prosaïque…

 

ariadne-auf-naxos-aix-2018-davidsen-devielhe-cutler-albrecht-critique-opera-classiquenews

 

 

Au mépris du drame originel, conçu par Strauss et son librettiste Hofmannshtal, comme Warlikowski ou Tcherniakov, Mitchell invente des relations qui ne sont pas dans la partition originelle : ainsi l’attirance du compositeur pour Zerbinette, duo manqué qui tombe à plat. C’est gadget mais très à la mode parmi les pseudo metteurs en scène. De même, elle nous afflige en remâchant la thématique du genre, désormais déclinée à toutes les sauces : ici les femmes sont viriles (l’épouse du mécène a des airs de lesbienne assumée, d’autant que son mari s’affiche en robe rouge… Elle participe volontiers au jeu des chanteurs acteurs de la tragédie) ; et les hommes sont naturellement efféminés : les 3 figurants danseurs qui doublent les comédiens italiens sont habillés chacun d’une guépière, marquant leur taille de … lolitas qui s’ignoraient ? Voyez le valet déluré / excité qui monte soudainement sur la table pendant l’air de Zerbinette et se déhanche et se contorsionne pour aguicher le chaland… Quel sens à ces dérives qui n’apportent rien ? Polluée par tant d’incongruité, la mise en scène est un foutoir au royaume du grand n’importe quoi. Et dire que beaucoup de spectateurs risquent de découvrir cette oeuvre si subtile comme on a dit, – produit du livret de Hugo von Hofmannsthal… dans cette foire chaotique et décousue.

Dans l’opéra qui suit, Ariane enceinte donc, n’est que rancoeur, raideur proche de l’hystérie aux aigus lancés en échos d’une tension bien laide… où est le mystère ? où est cette âme meurtrie que les comédiens italiens tentent de dérider. La délaissée tourne en rond, attablée ou debout autour de la table (de noces) où ses partenaires s’agitent eux aussi confusément.

Côté interprétation, orchestralement comme vocalement soit c’est petit et serré ou tendu, soit cela est surligné et surexpressif sans beaucoup de nuances (les 3 nymphes / Dryades manquent de moelleux). Déjà saluée pour son format wagnérien, Lise Davidsen a des moyens qui sonnent ici mal dégrossis, surjouant souvent sans la grâce intérieure, les vertiges émotionnels que savaient incarnés une Jessye Norman entre autres, ou une Schwarzkopf, dans le registre altier, aristocratique. La soprano norvégienne chante trop large et manque de cette finesse proche du texte qui a fait la valeur de ses ainées. Elle est faite davantage pour chanter les Wiesedonck-lieder de Wagner plutôt que les mélodies arachnéennes de Strauss (même si elle chante les Quatre derniers) ; la prière et la langueur de Isolde plutôt que les héroïnes blessée, tendres : il y a du dragon dans cette voix puissante qui ne comprend pas la fragilité essentielle d’Ariane, femme vaincue par le destin et qui aspire pourtant à s’élever.

La Zerbinette de la française Sabine Devielhe apporte une touche de fraîcheur à la fois ingénue et tendre, – même affublée d’un béret de vieille confidente, un rien tassée, cheveux roux, raides, assénant ses leçons de sagesse et de clairvoyance amoureuse, à une Ariane qui fait toujours la gueule ; mais la Française ne semble pas comprendre son texte : peu de consonnes, et un texte qui manque de présence. Et la voix demeure quand même petite. Trop. Il faut revenir à nos fondamentaux pour ce rôle parmi les plus vertigineux destinées aux vraies coloratouras à l’opéra (c’est à dire à Rita Steich qui avait et le texte et la technique, et la couleur et le caractère).
Le pire arrive enfin au mépris de toute lecture de la mythologie et des thématiques si subtiles qui y sont attachées, toutes souhaitées pourtant par les auteurs Straus et Hofmannsthal. Pas de rencontre salvatrice entre Ariane et Bacchus, l’enfant dieu séducteur, d’une impertinence qui régénère : non ici Ariane accouche sur la table… de ce même Bacchus, nouveau né ; la lecture plaquée, dénaturante de Mitchell reste déconcertante pour le moins. Mais alors il aurait fallu plutôt prsenté ce spectacle comme l’Ariadne auf Naxos de Mitchell d’après Strauss et Hofmannshtal.
Eric Cutler chante lui aussi avec ardeur mais parfois court sans guère de finesse. Il est affublé lui aussi d’un accessoire dont on cherche encore la signification : présentant comme un roi mage, une boîte carrée, vitrée et évidemment lumineuse. L’ardeur du désir et la machine de rédemption qui s’opèrent auprès d’Ariane ont du mal à se déployer dans cette vision qui reste terre à terre et incohérente : comment élucider la naissance de ce jeune bambin que Mitchell assimile au dieu salvateur surgissant dans la vie tragique d’Ariane?
Dans la fosse aixoise, Albrecht rate lui aussi sa direction, évitant toute volupté : tout sonne sec et petit, serré. Strauss ne va pas à l’Orchestre de Paris, sans magie, sans nuances mystérieuses. Quel dommage. S’agissant du Festival aixois dont les opéras straussien sont une spécialité (avec ceux de Mozart), la production de Mitchell reste indigeste et gadget ; les interprètes, mal choisis. Frustrante soirée. Beau ratage agaçante et mise en scène totalement incohérente.

 

 

Distribution
Direction musicale : Marc Albrecht
Mise en scène : Katie Mitchell
Décors : Chloe Lamford
Costumes : Sarah Blenkinsop
Lumière : James Farncombe
Dramaturgie : Martin Crimp
Responsable des mouvements : Joseph W. Alford

La Prima Donna / Ariane : Lise Davidsen
Le Ténor / Bacchus : Eric Cutler
Zerbinetta : Sabine Devieilhe
Le Compositeur : Angela Brower
Le Maître de musique : Josef Wagner
Le Maître à danser : Rupert Charlesworth
Arlequin : Huw Montague Rendall
Brighella : Jonathan Abernethy
Scaramuccio : Emilio Pons
Truffaldino : David Shipley
Naïade : Beate Mordal
Dryade : Andrea Hill
Écho : Elena Galitskaya
Un officier : Petter Moen
Un perruquier : Jean-Gabriel Saint Martin
Un laquais : Sava Vemić
Le Majordome : Maik Solbach
L’Homme le plus riche de Vienne : Paul Herwig
Sa Femme : Julia Wieninger

Orchestre Orchestre de Paris

VOIR L’OPERA… En replay sur Arte.tv, jusqu’en déc 2021, et aussi sur youtube, version intégrale : merci au Festival d’Aix en Provence de donner accès à ses réalisations passées. Le show du valet à la guêpière sur la table est à 1h24mn.

 

 

 

 

DVD. Cavalli : Elena (1659). Alarcon, Aix 2013 (Ricercar)

cavalli-elena-dvd-ricercar-alarcon-rufDVD. Cavalli : Elena (1659). Alarcon, Aix 2013. Peu à peu, l’immense génie du vénitien Francesco Cavalli (1602-1676), premier disciple de Montevedi à Venise (et certainement avec Cesti, son meilleur élève), se dévoile à mesure que la recherche exhume ses opéras. Le premier défricheur fut en ce domaine René Jacobs dont plusieurs enregistrements à présent pionniers, demeurent clés (Xerse, Giasone, surtout La Calisto cette dernière, portée à la scène avec Maria Bayo dans la mise en scène du génial et regretté Herbert Wernicke …). Voici le temps d’ Elena (sommet lyrique, surtout comico satirique de 1659) dont l’histoire légendaire croise la figure initiatrice ici de la discorde. Dès le prologue, en geisha perverse et sadique en diable, l’allégorie distille son venin conquérant ; de fait, les héros auront bien du mal à se défaire d’une intrigue semé de chassés croisés et de quiproquos déconcertants… propres à éprouver leurs sentiments.
Les vénitiens n’ont jamais hésité à détourner la mythologie pour aborder les thèmes qui leur sont chers : l’opéra a cette vocation de dénonciation… sous son masque poétique et langoureux, il est bien question d’épingler la folie ordinaire des hommes, aveuglés par les flêches du désir… ainsi, c’est dans Elena, un cycle de travestissements et de troubles identitaires (d’autant plus renforcés que le goût d’alors favorise les castrats : voir ici le rôle de Ménélas qui en se travestissant en cours d’action, incarne au mieux cette esthétique de l’ambivalence), de quiproquos érotiques (ce même Mélénas efféminé devenu Elisa séduit immédiatement Pirithöus et surtout le roi de Sparte Tyndare), d’illusion enivrante et de guerre amoureuse (ainsi Thésée et son acolyte Pirithoüs sont experts en rapts, enlèvements, duplicité en tous genres, protégés et encouragés en cela par Neptune)…

Passions humaines, grand désordre du monde

Cavalli_francescoAilleurs, Francesco Cavalli imagine une fin différente (heureuse) pour sa propre Didone. Dans Elena, le compositeurs et son librettiste tendent le miroir vers leurs contemporains ; ils dénoncent de la société, avec force âpreté, tout ce que l’homme est capable en dissimulation, tromperie (édifiée comme il est dit par Ménélas en “vertu”).
Ici, les amours d’Hélène et de Ménélas sont sensiblement contrariées (sous la pression de Pallas, Junon indisposées) : la belle convoitée est aimée de Thésée, mais aussi de Ménesthée le fils de Créon, et naturellement de Ménélas : chacun veut s’emparer de la sirène et c’est évidemment Ménélas le plus imaginatif : se travestir en femme (Elisa) pour approcher Hélène lors de ses entraînements sportifs, mieux la courtiser. L’opéra vénitien excelle depuis Monteverdi dans l’expression des passions humaines, dans les vertiges de l’amour et le labyrinthe obsédant/destructeur du désir.

Louis XIV jeuneLa production aixoise 2013, en effectif instrumental réduit (comme c’était le cas dans les théâtres vénitiens du Seicento – XVIIème) rend bien compte de la verve satirique de l’opéra cavallien, d’autant que la fosse jamais tonitruante, laisse se déployer l’arête du texte à la fois savoureux et mordant (le trait le plus révélateur, prononcé par les deux corsaires d’amour, Thésée et Pirithoüs est : “les femmes ne donnent que si on les force” : maxime incroyable mais si emblématique de ce théâtre rugueux, violent, sauvage). Il n’est ni question ici des ballets enchanteurs ni du sensualisme triomphant d’Ercole Amante (composé après Elena, pour la Cour de France et les noces de Louix XIV), ni de farce noire et tragique à la façon de La Calisto : le registre souverain d’Elena reste constamment la vitalité satirique et le délire comique : sous couvert d’une fable mythologique, Cavalli souligne la nature déréglée de l’âme humaine prise dans les rêts de l’amour ravageur (un thème déjà traité par les sceptiques Monteverdi et Busenello dans Le Couronnement de Poppée, 1642). Mais alors que l’opéra du maître Claudio, saisit et frappe par sa causticité désespérée, sa lyre tragique et sombre, voire terrifiante (en exposant sans maquillage la perversité d’une jeune couple impérial Néron/Poppée, totalement dédiés à leur passion dévorante/conquérante), Cavalli dans Elena, se fait le champion de la veine comique et bouffe (il n’oublie pas d’ailleurs de compenser les rôles principaux des princes, rois et dieux grâce au caractère délirant du bouffon, Iro/Irus, serviteur du roi Tyndare (jeu superlatif d’Emiliano G-Toro) : un concentré de bon sens frappé d’une claivoyance à toute épreuve : c’est le continuateur des rôles à l’esprit pragmatique des Nourrices chez Monteverdi)…

Voix en or, fosse atténuée

UnknownLa production aixoise éblouit par l’assise et le relief de chaque chanteur acteur. Elle est servie par des protagonistes au jeu complet dont les qualités vocales sont doublées de réelles aptitudes dramatiques. Palmes d’honneur au couple des amants victorieux : Hélène et Ménélas (respectivement Emöke Baráth et Valer Barna-Sabadus) ; comme à la soprano Mariana Flores au timbre irradiant et à la projection toujours aussi percutante d’autant plus éclatante dans ce théâtre où brille l’esprit facétieux (son Erginda – la suivante d’Elena, pétille d’appétence, de désir, de vitalité scénique). La mise en scène est simple et lisible, soulignant que l’opéra baroque vénitien est d’abord et surtout du théâtre (dramma in musica : le drame avant la musique) renforce la modernité et la puissante liberté d’un théâtre lyrique qui légitimement fut le temple et le berceau de l’opéra public, en Europe, dès 1637.

Le geste du chef Leonardo Garcia Alarcon est fidèle à son style : animé, parfois agité, un rien systématique (y compris dans la latinisation de l’instrumentatarium, quand la guitare devient envahissante pour le premier récitatif de Ménélas…). Trop linéaire dans l’expression des passions contrastées, trop attendu dans la caractérisation instrumentale des personnages et de leur situation progressive : certes nerveux et engagé dans les passages de pur comique ; mais absent étrangement dans les rares mais irrésistibles moments d’abandon comme de langueur amoureuse ou de désespoir sombre. Ainsi quand le roi de Sparte Tyndare tombe amoureux de Menélas efféminé (Elisa, vendue comme Amazone prête à enseigner à la princesse Hélène, le secret de la lutte à la palestre) : soudain surgit dans le coeur royal, le sentiment dévorant d’un pur amour imprévu : on aurait souhaité davantage de profondeur et de trouble à cet instant. Même direction un peu tiède pour les duos finaux entre Ménélas et Hélène… Même pointe de frustration pour les airs d’Hippolyte, amante délaissée par Thésée (qui lui préfère la belle spartiate Hélène) : interprète subtil, Solenn’ Lavanant fait merveille par son verbe grave et articulée.
La magie de l’ouvrage vient de ce passage du labyrinthe des coeurs épris (gravitant autour d’Hélène véritablement assiégée par une foule de prétendants) à sa résolution quand s’accomplit l’attraction irréversible unique entre Hélène et Ménélas. La réalisation des couples (Thésée revenu à  lui revient finalement vers Hippolyte) permet l’issue heureuse de la partition selon un schéma fixé par Monteverdi dans Poppée. Entre gravité et justesse, délire et cynisme, ce jeu des contrastes fonde essentiellement la tension de l’opéra cavallien. De ce point de vue, Elena est moins aboutie que l’assoluto Ulisse de Gioseffo Zamponi (précedémment édité chez Ricercar, “CLIC” de classiquenews de mars 2014). Outre cette infime réserve, ce nouveau dvd Cavalli mérite le meilleur accueil. Pour un traitement plus complexe et troublant des passions cavalliennes, le mélomane curieux se reportera sur la Didone version William Christie, enchantement total d’un théâtre comique, et langoureux traversés d’éclairs tragiques, d’une exceptionnelle sensibilité sensuelle (également disponible en dvd).

cavalli-elena-dvd-ricercar-alarcon-rufDVD. Francesco Cavalli : Elena (1659). Jean-Yves Ruf, mise en scène. L. G. Alarcon, direction musicale. Emöke Baráth (Elena,Venere), Valer Barna-Sabadus (Menelao), Fernando Guimarães (Teseo), Rodrigo Ferreira (Ippolita, Pallade: Solenn’ Lavanant Linke Peritoo), Emiliano Gonzalez Toro (Iro), Anna Reinhold (Tindaro, Nettuno), Mariana Flores (Erginda, Giunone, Castore), Majdouline Zerari (Eurite, La Verita), Brendan Tuohy (Diomede, Creonte), Christopher Lowrey (Euripilo, La Discordia, Polluce),  Job Tomé (Antiloco). Cappella Mediterranea. Livre 2 dvd Ricercar RIC346. Enregistré au Théâtre du Jeu de Paume à Aix en Provence en juillet 2013.

Lire notre dossier Francesco Cavalli, un portrait, de Naples, Paris à Venise …

agenda : et si vous passez cet été par la Sarthe, ne manquez mercredi 27 août 2014, la reprise de la production d’Elena par Alarcon, dans le cadre du festival baroque de Sablé (L’Entracte, Sablé sur Sarthe à 20h30)

Compte rendu, opéra. Aix, le 9 juillet 2014. Mozart : La Flûte enchantée. Pablo Heras-Casado, direction. Simon McBurney (mes)

Flûte enchantée désenchantée. Ce n’est assurément pas un événement lyrique comme nous l’avons lu et relu : déjà vue à Amsterdam en 2012 puis Londres en 2013, la Flûte enchantée (1791) signée Simon McBurney accumule des idées et des astuces gadgets (les papiers pliés animés par des figurants en surnombre pour évoquer la nuée d’oiseaux dans le sillage de papageno l’oiseleur ; la bruiteuse dans sa boîte de verre à cour ; le plateau central qui mobile s’élève, ou bascule selon les situations), mais aussi quelques images spectaculaires (les épreuves eau, feu et air accomplies par le couple Pamina / Tamino, qui transforment la scène en boîte merveilleuse à grands renforts de projections vidéo : les transformations à vue ont toujours fait leur effet)… Hélas, sans vision poétique forte (comme la mise en scène de Carsen récemment développée à Bastille, centrée sur le sens de la vie et la mort, son issue finale), le spectacle du britannique McBurney ressemble à une performance théâtrale vécue dans un hangar, avec une sonorisation qui détruit l’équilibre naturel chanteurs et orchestre. Visuellement et scénogaphiquement, l’enchantement ne sont pas de la partie. C’est noir, anecdotique et sans souffle. Ni esthétisme ni trait théâtral foudroyant.

 

 

 

LA FLUTE 10-114-1000pxl

 

 

 

Heureusement chanteurs, chefs et orchestres sauvent le spectacle. Le plus convaincants restent les deux protagonistes Tamino (Stanislas de Barbeyrac) et Pamina (Mari Eriksmoen) : juvénilité, finesse, naturel et surtout musicalité, leur caractérisation rétablit à l’opéra sa dimension humaine et poétique (a contrario de la Reine de la nuit figée, réduite en hystérique boiteuse ou dans son fauteuil ; a contrario aussi des 3 garçons dont le metteur en scène fait 3 vieillards hideux). Même facilité et intensité dramatique pour la Reine de la nuit ce soir du 9 juillet (Kathryn Lewek, idéalement manipulatrice vis à vis du prince Tamino). Le chef Pablo Heras-Casado défend scrupules et détails pour une vision vive et souple que permettent la volubilité et le mordant superlatif des instruments anciens du superbe Freiburger Barokorchester. Diffusion sur France Musique, le 25 juillet 2014 à 20h.

La nouvelle Flûte Enchantée de Mozart à Aix sur Arte

shikaneder papageno-magic-flute-mozartArte, mercredi 9 juillet 2014, 20h50. Mozart: La flûte enchantée.  Aix 2014. Grand invité du festival d’Avignon, le britannique Simon McBurney met en scène une nouvelle Flûte enchantée pour le festival d’Aix en Provence.  L’homme de théâtre ex élève à Cambridge avec sa petite amie d’alors Emma Thompson est passé par Paris puis récemment a triomphé dans la cour des papes en Avignon en 2012 dans une adaptation du Maître et Marguerite de Boulgakov.  Partenaire au théâtre de Juliette Binoche,  Simon McBurney explore le labyrinthe de la psyché humaine comme son père archéologue avant lui, retourne et creuse les strates terrestres pour y révéler les vérités enfouies.  La Flûte mozartienne aixoise saura-t-elle nous dévoiler ainsi un peu de nous même? De toute évidence, cette nouvelle Flûte aixoise plonge dans un monde souterrain qui écarte d’emblée, la poésie enfantine, l’innocence promise à une initiation symbolique… Mozart rencontre Shikaneder et sa troupe d’acteurs comédiens à Salzbourg, actif sur la scène du théâtre de la ville à l’hiver 1780. Les deux hommes se lient d’amitié. Ayant ouvert son propre théâtre à Vienne, Shikaneder présente en novembre 1789, son Oberon, roi des elfes, dans un dispositif empruntant à l’opéra et au théâtre (comédie populaire ou Singspiel) et dont il écrit le texte : l’ouvrage sera la source de La Flûte Enchantée, le dernier opéra de Mozart, créé en 1791 (au même moment que son dernier opéra seria : La Clémence de Titus). Lire notre présentation complète de La Flûte enchantée de Mozart, nouvelle production aixoise 2014.

arte_logo_2013Les mises en scène se succèdent sur le chef d’oeuvre du dernier Wolfgang : décalées, actualisées, classiques, égyptiennes, dépouillées, avec machineries. Depuis Bergman au cinéma, l’opéra a conquis le coeur d’une très large audience. Révélant aussi cet art suprême du compositeur sur le mode de la tendresse, de l’innocence recouvrée (les trois garçons dans leur nacelle guident Tamino dans son périple). Qu’en sera-t-il à Aix sous la direction scénique du britannique Simon McBurney ? Sur instruments d’époque, La Flûte aixoise 2014 réunit une distribution de tempéraments nouveaux… Réponse sur Arte, le 9 juillet 2014 dès 20h45.

 

DVD. Richard Strauss : Elektra (Meier, Salonen, Chéreau, 2013)

ELEKTRA chereau straussDVD. Richard Strauss : Elektra (Chéreau, 2013). La production aixoise de 2013 s’impose à nous après le décès de Patrice Chéreau : le document édité aujourd’hui en dvd prend valeur de testament artistique d’un metteur en scène qui avant cette Elektra légendaire avait de la même façon révolutionné en 1976 avec Boulez, la perception du Ring de Wagner à Bayreuth (de surcroît pour le centenaire du festival lyrique wagnérien). On retrouve ici le réalisateur Stéphane Metge qui avait déjà réussit la captation du sublime et noir opéra de Janacek : De la maison des morts, autre accomplissement de Chéreau à Aix.
Chéreau s’immerge dans la psyché des êtres, aucun n’est vraiment coupable ou littéralement conformes à ce que l’on attend de lui, ni totalement blanc ni fatalement noir : l’homme de théâtre bannit les frontières habituelles, gomme les manichéismes caricaturaux, façonnant de Clytemnestre, le visage d’une mère faible, détruite elle aussi par le poids du crime qu’elle a commandité (Waltraud Meier articulée, théâtrale, diseuse légendaire qui avait déjà chanté le rôle chez Nikolaus Lehnoff à Salzbourg en 2010) ; sa fille, corps suant, souffrant, sensuel : Evelyn Herlitzius incarne idéalement ce théâtre lyrique physique avant d’être vocal, dramatique avent d’être lyrique qui est la marque même de Chéreau à l’opéra. A elles deux, le spectacle vaut bien des palmes. Moins évidente la Chrysothémis d’Adrianne Pieczonka qui reste épaisse et moins soucieuse du verbe que ses partenaires. Les hommes sont eux aussi accablés, victimes, noirs.

chereau aix elektra meierL’espace scénique et ses décors (monumentaux/intimes) reste étouffant et ne laisse aucune issue à ce drame tragique de famille. Chacun des protagonistes, chacun des figurants exprime idéalement cette fragilité inquiète, ce déséquilibre inhérent à tout être humain. Le doute, l’effroi, la panique intérieure font partie des cartes habituelles de Chéreau (une marque qu’il partage avec les réalisations de la chorégraphes Pina Bausch) : l’homme de théâtre aura tout apporté pour la vérité de l’opéra, ciselant le moindre détail du jeu de chaque acteur. Dans la fosse, disposant d’un orchestre qui n’est pas le mieux chantant, Salonen sculpte la matière musicale avec une épure tranchante, un sens souvent jubilatoire de l’acuité expressionniste. Volcan qui éructe ou dragon qui souffle et respire avant l’attaque et le brasier, l’orchestre se met au diapason de cette vision scénographie à jamais historique. On regrette d’autant plus Chéreau à l’opéra qu’aucun jeune scénographe après lui, parmi les nouveaux noms, ne semblent partager un tel sens fulgurant, incandescent du théâtre. DVD événement, forcément CLIC de classiquenews.com.

CLIC D'OR macaron 200Richard Strauss : Elektra, opéra en un acte. 
Livret d’Hugo von Hofmannsthal d’après Electre de Sophocle
Elektra : Evelyn Herlitzius
Klytämnestra : Waltraud Meier
Chrysothemis : Adrianne Pieczonka
Orest : Mikhail Petrenko
Orchestre de Paris
Direction musicale : Esa-Pekka Salonen
Mise en scène : Patrice Chéreau

Réalisation: Stéphane Metge
Bonus: Interview de Patrice Chéreau
Dur̩e: 1h50 min + 23 min (docu, entretiens) РImage: Couleur, 16/9, NTSC. Audio: PCM Stereo, Dolby Digital 5.1
Sous-titres: FR / ANGL / ALL / ITAL / ESP
Zones: Toutes zones – 1 disque(s) – Date de sortie: 20-05-2014