Compte rendu critique, opéra. Innsbruck, festival / Festwochen der Alten Musik (château d’Ambras). Jommelli: Don Trastullo. Robin Johannsen (Arsenia), Federico Sacchi (Don Trastullo), Francesco Castoro (Giambarone). Academia Montis Regalis. Alessandro De Marchi, direction. Christophe von Bernuth, mise en scène.

Innsbruck, château d’Ambras, le 19 août 2015. Jommelli : Don Trastullo. Suite de la présence des Napolitains au festival d’Innsbruck. Alessandro De Marchi directeur artistique, et qui dirige aussi son ensemble très à l’aise dans ce répertoire : Academia Montis Regalis-, fait de l’opéra parténopéen, un axe fort de sa ligne artistique. Après une passionnante recréation d’Il Germanico de Porpora (seria musicalement flamboyant de 1732), voici une pièce comique du Jommelli alors célébré à Rome, compositeur officiel pour les autorités religieuses et aussi, pétulant narrateur sur la scène lyrique. L’auteur des Didon et Armide Abandonnée a aussi réussi dans la veine comique et ce Don Trastullo de 1749 en témoigne évidemment, ne déméritant guère aux côtés de La Serva Padrona d’un Pergolesi antérieur et tout autant inspiré. Mis en espace dans l’ample galerie supérieure du château d’Ambras, villégiature des Habsbourg, le spectacle tient son rôle, divertissant et enjoué. Intermezzo joué à l’origine en parties intercalaires à un seria de plus grande ampleur, les deux parties sont jouées successivement, défendues par un jeu dramatique efficace partagé par les trois solistes.

 

 

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Du trio animé, c’est la soprano non italienne (son texte reste aléatoire), Robin Johannsen qui par son timbre et la justesse du style, fin et onctueux (malgré des aigus parfois serrés), remporte la palme de la caractérisation dramatique. Voici donc dans une mise en espace ingénieuse, fluide et habile (où Trastullo, habité par le modèle des héros antiques, devient un Quichotte dupé mais flamboyant), ce théâtre délirant, facétieux, picaresque, où la femme est une maîtresse dominatrice et astucieuse, usant de tous les stratagèmes pour séduire, manipuler, triompher. Guerre des sexes, école comique certes mais aussi satire parfois cynique, jouant du double voire triple sens de certains mots, le buffa napolitain trouve ici des interprètes honnête car efficaces : d’autant que instrumentistes et chef redoublent de souple vitalité pour exprimer la verve et la finesse d’une partition qui rayonne par sa santé et son énergie (cordes bondissantes et cors très justes à la fête).
Le festival d’Innsbruck sait autant proposer des programmes de dĂ©frichement – qui ont fait sa rĂ©putation internationale (comme Il Germanico dĂ©jĂ  citĂ©) qu’offrir dans la cohĂ©rence de sa ligne artistique, des soirĂ©es plus lĂ©gères quoique moins badines qu’il n’y parait, de surcroit dans un lieu aussi magicien et impressionnant que la galerie cynĂ©gĂ©tique d’Ambras (salle espagnole / Spanischer saal), prĂ©servĂ©e dans son jus dĂ©coratif (stucs et fresque nĂ©o italiennes) depuis le XVIIème. La prochaine Ă©tape majeure, outre la nouvelle Ă©dition du Concours Cesti (rare concours de chant baroque), demeure la nouvelle production d’Armide de Lully (première le 22 aoĂ»t 2015).

Compte rendu critique, opéra. Innsbruck, festival / Festwochen der Alten Musik (château d’Ambras). Jommelli: Don Trastullo. Robin Johannsen (Arsenia), Federico Sacchi (Don Trastullo), Francesco Castoro (Giambarone). Academia Montis Regalis. Alessandro De Marchi, direction. Christophe von Bernuth, mise en scène.