Londres 1964 : MARIA CALLAS chante TOSCA

Callas Maria+Callas+i71531ARTE, le 3 aoĂ»t 2022, 5h. MARIA CALLAS, TOSCA 1964. Dans sa collection, « Les grands moments de la musique », ARTE diffuse ce documentaire sur ce qui constitue peut-ĂȘtre le sommet de la carriĂšre de la Callas : sa prestation dans “Tosca”, l’opĂ©ra de Puccini, au Royal Opera House de Covent Garden, en 1964. GrĂące Ă  la captation vidĂ©o rĂ©alisĂ©e alors, la nature tragique de la diva brĂ»le les planches et se fixe Ă  nous, telle une lĂ©gende inoubliable. C’est un chapitre inoubliable de l’histoire de l’opĂ©ra et de la scĂšne, avec d’émouvantes images de sa prestation filmĂ©e, jusqu’aux coulisses.
La production londonienne est un moment de gloire : en 1964, la prima donna assoluta, la quadra Maria Callas est au sommet de sa carriĂšre et jouit d’une renommĂ©e mondiale. Star lyrique, Maria Callas est aussi devenue une icĂŽne qui dĂ©fraie la chronique mondaine et la JetSet interntionale. Alors que ses apparitions sur scĂšne se font de plus en plus rares, sur fond de rumeurs sur sa vie amoureuse et ses capacitĂ©s vocales dĂ©clinantes, la mezzo-soprano ravit ses admirateurs avec l’annonce de sa prĂ©sence au Royal Opera House de Covent Garden : elle va chanter Tosca, l’opĂ©ra de Puccini, dans une mise en scĂšne de Franco Zeffirelli. Heure de gloire, mais aussi de vĂ©ritĂ© pour la cantatrice star. Le documentaire nous fait revivre ce chapitre inoubliable de l’histoire de l’opĂ©ra et de la scĂšne, avec d’émouvantes images de sa prestation filmĂ©e et des coulisses.

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VOIR le documentaire MARIA CALLAS : TOSCA 1964
https://www.arte.tv/fr/videos/073476-000-F/maria-callas-tosca-1964/

CD, compte rendu. Emil Gilels : récital de Seattle 1964 (1 cd Deutsche Grammophon)


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. Les crĂ©pitements nerveux, d’un feu Ă©nergique puissamment assumĂ©, voire parfois vindicatif (ampleur orchestrale du jeu) affirme l’engagement de l’artiste chez Beethoven (Sonate n°21, Ă©noncĂ©e avec une fougue Ă©lectrique, d’une force diabolique). Son Chopin, plus emprunt de grĂące et de vocalitĂ  (Variations sur LĂ  ci darem la mano) ouvre d’autres champs plus intĂ©rieurs et presque oniriques, d’une ivresse absente chez le premier Beethoven. Quoique trĂšs vite, le pianiste plus dĂ©chainĂ© qu’enivrĂ©, fait couler des torrents d’énergie dramatique lĂ  aussi impressionnante.

Le pianiste de 48 ans (qui mourra en 1985), est au sommet de sa mĂ»re expĂ©rience comme soliste et rĂ©citaliste. Le rĂ©cital amĂ©ricain que rĂ©Ă©dite Deutsche Grammophon (pour le centenaire Gilels 2016 : il est nĂ© en octobre 1916) rend idĂ©alement compte de son immense tempĂ©rament, carrure de lion et conteur irrĂ©sistible
 alliant caresse et passion rageuse. C’est un monstre-interprĂšte, virtuose des Ă©pisodes contrastĂ©s, d’une urgence enivrĂ©e quasi vertigineuse Ă  suivre (le dĂ©veloppement du motif mozartien chez Chopin, dont l’interprĂšte au clavier fait une nuit fantastique, course effrĂ©nĂ©e et visions haletantes
).

CLIC_macaron_2014Le presque quasi contemporain de Richter (nĂ© un an avant Gilels en 1915, – et comme lui immense musicien), impose ici une impĂ©tuositĂ© Ă©lectrique incandescente dont la braise semble vĂ©ritablement enflammer le clavier (urgence parfois panique de la Sonate n°3 opus 28 de Prokofiev). Le talent rude, au physique de bucheron, dĂ©couvert alors par Arthur
Rubinstein, se montre d’une Ă©loquence vĂ©ritablement hypnotique dans les 3 sĂ©quences de Debussy (Images I : Reflets, enchanteurs ; hommage Ă  Rameau, Ă©nigmatique et « satien »).

Miroirs de Ravel (Alborada del gracioso) envoĂ»te par le mĂȘme feu liquide trĂšs subtilement Ă©noncĂ©, d’une ciselure nerveuse aux scintillements et arriĂšres plans dignes d’un orchestre (phĂ©nomĂ©nale architecture).

Gilels-Emil-02MalgrĂ© la prise de son pas toujours trĂšs propre (2Ăšme mouvement du Beethoven), l’acuitĂ©, l’assise, le feu poĂ©tique, la terrifiante agilitĂ© du pianiste s’impose Ă  nous, plus de 50 ans aprĂšs la rĂ©alisation du concert de Seattle. Certainement un tĂ©moignage majeur de la fiĂšvre musicale du pianiste russe (nĂ© Ă  Odessa, actuelle Ukraine, en 1916). On reste mĂ©dusĂ© par la nature des critiques amĂ©ricains et germaniques lui reprochant le cĂŽtĂ© provincial et maniĂ©rĂ© de son jeu Ă  la russe
 mĂȘme inexacte et maladroite la rĂ©serve finit par atteindre l’immense pianiste. Il ne faut qu’écouter la vie, l’appel Ă  l’ivresse de la danse russe de Petrouchka pour mesurer la spontanĂ©itĂ© miraculeuse du jeu de Gilels. Un gĂ©ant assurĂ©ment du piano au XXĂšme. RĂ©Ă©dition lĂ©gitime. Pour son centenaire, Deutsche Grammophon devait bien souligner l’originalitĂ© puissante d’un interprĂšte Ă  bien des Ă©gards fascinant. Cet inĂ©dit rend hommage Ă  son trĂšs grand talent. A Ă©couter absolument.

SimultanĂ©ment Ă  DG, Sony classical cĂ©lĂšbre aussi le talent impressionnant de Gilels, en rĂ©Ă©ditant l’intĂ©grale des enregistrements RCA et Columbia. Compte rendu critique Ă  venir sur classiquenews.com.

CD, compte rendu. Emil Gilels, piano : rĂ©cital de Seattle 1964 : Beethoven, Chopin, Debussy, Prokofiev (1 cd Deutsche Grammophon) — Parution le 19 aoĂ»t 2016.

 

CD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969)

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueCD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Le coffret Sony classical regroupe quelques unes de perles inestimables du Martinon amĂ©ricain alors au sommet de sa vibrante sensibilitĂ© orchestrale, comprenant la fin de son engagement Ă  la direction musicale du Chicago Symphony Orchestra soit 10 albums, Ă©ditĂ©s dans leurs pochettes et prĂ©sentations recto / verso d’origine, entre 1964 et 1969 (avec toutes les notices originelles). Le chef qui devait ensuite (1969 Ă  1973) se dĂ©dier au National de France, laisse ici une empreinte forte de son hĂ©ritage symphonique. A ceux qui pensent que son activitĂ© Ă  Chicago ne fut qu’un passage, l’Ă©coute des bandes tĂ©moignent d’une finesse d’approche irrĂ©sistible, Martinon opĂ©rant par clartĂ©, mesure, Ă©quilibre, transparence, rĂ©ussissant dĂšs le premier album (Ravel et Roussel, les piliers de son rĂ©pertoire) une plĂ©nitude de son et une profondeur dans l’approche, idĂ©ales. La suite n°2 de Bacchus et Ariane saisit par sa langueur Ă©lĂ©gantissime, aux rĂ©sonances de l’ombre, une lecture introspective d’une infinie poĂ©sie qui fouille jusqu’Ă  la psychanalyse le dialogue du dieu et de son aimĂ©e enivrĂ©e….

 

 

 

Eteint en 1976, le Français Jean Martinon réalise une carriÚre mirifique qui passe par la direction du Chicago Symphony Orchestra

Miroitant symphonisme de Martinon

 

Martinon Jean 4CLIC_macaron_2014Trop courte approche qui prolonge ses excellentes gravures pour Philips de 1954 : fragilitĂ© palpitante, agogique murmurĂ©e, le chef semble Ă©tirer le temps et recrĂ©er l’oeuvre en creusant chaque mesure, lui apportant une rĂ©sonance Ă©nigmatique et spirituelle d’une incroyable puissance suggestive. Que ce chef a Ă  nous dire, laissant contradictoirement, la partition respirer par elle-mĂȘme, dĂ©voilant d’insondables richesses sonores, d’imprĂ©visibles failles mystĂ©rieuses qui alternent avec des frĂ©missements Ă©chevelĂ©s d’insectes conquĂ©rants… De l’ombre Ă  la transe, la traversĂ©e bouleverse par son intelligence, sa sensualitĂ©, sa prĂ©cision et sa dĂ©licatesse rythmique.Ce Roussel est l’enregistrement le plus ancien du legs Sony (il s’agit des archives RCA), remontant Ă  novembre 1964 (mais Martinon connaĂźt son Roussel depuis au moins 10 ans dĂ©jĂ !). Le Ravel (Daphnis et ChloĂ©) dĂ©ploie une opulence flamboyante, exploitant toutes les ressources de l’orchestre en combinaisons sonores et instrumentales, en nuances millimĂ©trĂ©es. Du grand art.

 

CT  CTH ARTS CSOSymphoniste scintillant et dramatique, Martinon domine trĂšs largement aussi l’interprĂ©tation de VarĂšse (Arcana) et Frank Martin (Concerto pour 7 instruments Ă  vent, Chicago mars 1966) ; de mĂȘme Nielsen (et sa Symphonie n°4 “inextinguible”, octobre 1966), L’ArlĂ©sienne, Suites 1 et 2 (avril 1967) ; l’Ă©blouissant Mandarin merveilleux (Suite de concert, avril 1967) ; trĂšs intĂ©ressant, le programme du cd 6 qui regroupe la Symphonie n°4 de Martinon (Le jardin vertical : Adagio misterioso : un Ă©cho du christianisme sincĂšre et hautement spirituel de l’auteur qui fut aussi un alpiniste assidu – la partition lui a Ă©tĂ© commandĂ©e pour les 75 ans de l’Orchestre de Chicago), et la n°7 en un mouvement (mais 8 sĂ©quences caractĂ©risĂ©es) de Peter Mennin (1923-1983), l’un des plus europĂ©ens des compositeurs amĂ©ricains (ses 9 symphonies sont composĂ©es avant 30 ans). Le cd 8 est un enchantement ravĂ©lien (Rapsodie espagnole et surtout, manifeste d’intelligence et de raffinement Ă©quilibrĂ©, Ma MĂšre l’Oye, Chicago, avril 1968). L’Ă©nergique et lumineuse Symphonie n°1 de Bizet (douĂ©e d’un tension ciselĂ©e aux cordes ce dĂšs le premier mouvement) comme le Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© de Mendelssohn respectivement enregistrĂ©s en avril 1968 et mai 1967, attestent de la maturitĂ© artistique de l’orchestre nĂ©e de sa complicitĂ© avec le chef Français. Ce legs de l’intĂ©grale enregistrĂ© Ă  Chicago montre le degrĂ© d’accomplissement et d’approfondissement artistique auquel un maestro hexagonal a su mener l’un des meilleurs orchestres amĂ©ricains : l’Ă©largissement du rĂ©pertoire, la culture de la musique de son temps, le retour rĂ©gulier tel un ressourcement salutaire, aux impressionnistes français dĂ©notent une claire conscience musicale qui savait jouer et penser la musique : ici se situe sa proximitĂ© avec FurtwĂ€ngler qu’il apprĂ©cia etpu observer, plus que tout autre… AprĂšs Martinon, parfait continuateur de son prĂ©dĂ©cesseur Fritz Reiner, c’est Solti qui recueillera les fruits du Français menant la phalange jusqu’Ă  l’incandescence, au dĂ©but des annĂ©es 1970.

 

 

Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Parution annoncée le 16 mars 2015.