ELGAR et VAUGHAN WILLIAMS sur France Musique

ELGAR edward-elgarFrance Musique, 21 juil 2022. Direct, 20h. ELGAR : Sea Pictures, Symph n°1. Concert en direct de l’Opéra Berlioz de Montpellier dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier. Le programme du concert met en lumière la facture post romantique de deux auteurs britanniques, l’impérial et classique Elgar (notre photo ci dessus, DR), et son cadet, Vaughan Williams (mort en 1958)…
En anglais, et sublimés par la formidable musique de Sir Edward Elgar, le plus impérial des compositeurs du british empire, les 5 poèmes symphoniques ou SEA PICTURES de 1899, offrent une flamboyante fresque orchestrale inspirée des éléments océaniques dont le premier, « Berceuse de la mer » (Sea slumber song), le plus enivré et extatique, exprime un émerveillement perpétuel…
Ralph Vaughan Williams de son côté (il était le petit neveu de Charles Darwin) compose sa Symphonie no 1 (« A sea symphony ») entre 1903 et 1909. Créée au festival de Leeds le 12 octobre 1910, la partition affirme la maturité manifeste d’un auteur tout juste trentenaire qui souhaite rompre avec la sacro sainte tradition symphonique germanique : conçue pour soprano, baryton, chœurs et orchestre (avec orgue), le « drame orchestral » s’inscrit dans le sillon des chansons populaires anglaises, et suit les vers des poèmes de l’écrivain américain Walt Whitman : « Leaves of grass » pour les trois premiers mouvements et « Passage to India » pour le dernier.
Quatre mouvements la structurent :
1 – Song for all seas, all ships (Baryton, Soprano et ChĹ“ur) (environ 20 minutes)
2 – On the beach at Night, alone (Baryton et ChĹ“ur) (environ 11 minutes)
3 – Scherzo : the Waves (ChĹ“ur) (environ 8 minutes)
4 – The explorers : Grave e molto Adagio (Baryton, Soprano et ChĹ“ur) (environ 30 minutes).

Programme «Sea Symphony»

Edward Elgar : 
Sea Pictures op.37
Marianne Crebassa, mezzo-soprano

Ralph Vaughan Williams
Symphonie n°1 “A Sea Symphony »
Lucy Crowe, soprano
Gerald Finley, baryton
Choeur de Radio France
Orchestre National de France
Direction : Cristian Macelaru

CRITIQUE, opéra. Paris, Opéra national de Paris, le 29 mars 2022. MASSENET : Cendrillon. Carlo Rizzi / Mariame Clément. 

CRITIQUE, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra national de Paris, le 29 mars 2022. SLIDE_Massenet_580_320 - copieMASSENET : Cendrillon. Carlo Rizzi / Mariame ClĂ©ment – Depuis plusieurs annĂ©es, la Cendrillon (1899) de Jules Massenet s’est imposĂ©e comme l’un des ouvrages les plus reprĂ©sentĂ©s de son auteur, aux cĂ´tĂ©s de Manon (1884) et Werther (1892). Il a Ă©tĂ© ainsi possible d’entendre ce chef d’oeuvre tardif à Marseille en 2009 http://www.classiquenews.com/marseille-opra-le-31-dcembre-2009-jules-massenet-cendrillon-cendrillon-julie-boulianne-cyril-diederich-direction-renauddoucet-mise-en-scne/ , Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 2011
https://www.classiquenews.com/paris-opra-comique-les-5-et-7-mars-2011-massenet-cendrillon-judith-gauthier-blandine-staskiewicz-michle-losier-marc-minkowski-direction-benjamin-lazar-mise-en-scne/, à Nantes en 2018 https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-nantes-le-4-dec-2018-massenet-cendrillon-shaham-le-roux-toffolutti-schnitzler/ et surtout à New York en début d’année (pour une reprise du spectacle de Laurent Pelly déjà monté à Santa Fe en 2006).

L’entrée au répertoire de l’ouvrage à l’Opéra de Paris permet de se délecter des harmonies raffinées de Massenet, qui étonne par une orchestration subtile et souvent allégée en maints endroits, avec des combinaisons de sonorités souvent audacieuses (flûte, harpe et alto, par exemple), toujours au service de la caractérisation des événements. L’ancien élève d’Ambroise Thomas fait aussi valoir ses habituelles qualités d’écriture pour la voix, toujours insérée naturellement dans l’action dramatique, même si les parties nocturnes et rêveuses apparaissent plus réussies. La principale faiblesse revient au livret, qui minore les aspects comiques, plus présents chez Rossini, pour privilégier un romantisme parfois naïf, et ce malgré l’adresse finale au public en forme de pirouette.

La nouvelle production imaginĂ©e par Mariame ClĂ©ment (dĂ©jĂ  accueillie Ă  l’OpĂ©ra de Paris en 2014, avec Hansel et Gretel d’Humperdinck https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-opera-de-paris-le-20-novembre-2014-engelbert-humperdinck-hansel-et-gretel-andrea-hill-bernarda-bobro-imgard-vilsmaier-doris-lamprecht-jochen-schmeckenbecher/) surprend d’emblĂ©e par son Ă©vocation visuelle très rĂ©ussie de la Belle Epoque (immense dĂ©cor industriel pour camper l’intimitĂ© de Cendrillon, puis Palais de verre lorsqu’elle affronte le monde), tout en donnant une place Ă  la fĂ©Ă©rie du conte – notamment les encarts en papier dĂ©coupĂ©, rĂ©gulièrement projetĂ©s sur le rideau de scène, avant les principaux tableaux. La direction d’acteur, autant que les dĂ©cors, rappellent souvent l’esprit bon enfant de Michel Ocelot (Dilili Ă  Paris) ou Martin Scorsese (Hugo Cabret).
Mariame Clément réussit aussi le pari de donner davantage de consistance à cette histoire bien connue par l’ajout d’idées savoureuses : ainsi de la machine aux pouvoirs magiques (prétexte à quelques gags en début d’ouvrage), sans parler de l’étonnante scène de bal où Cendrillon fait connaissance avec le Prince en catimini et sous son vrai visage. On aime aussi l’idée de vêtir les prétendantes à l’identique, comme autant de clones impersonnels, ou de nous faire croire au rêve de Cendrillon en fin d’ouvrage, lorsque la mère semble perdre la raison et que les sœurs soutiennent l’héroïne. L’image la plus saisissante est toutefois celle de la forêt de containers au III, qui semble cacher des déchets radioactifs : loin du message écologique attendu, c’est un cœur bouillonnant qui apparaît, comme prisonnier des méandres de la terre. Plus tard, on comprend cette référence lorsque le Prince s’écrie « On ne m’a pas rendu mon cœur », avant que sa promise ne lui intime de reprendre « son cœur sanglant ».

Le plateau vocal se montre très satisfaisant au niveau dramatique, hormis la trop discrète Daniela Barcellona (Madame de la Haltière), qui peine à caractériser le ridicule de son personnage, soignant trop la partie vocale au détriment des intonations comiques. Il aurait peut-être fallu privilégier une distribution plus francophone, même si Tara Erraught (Cendrillon) et Anna Stephany (Le prince) s’en sortent bien au niveau de la nécessaire prononciation, souvent déclamatoire. Tara Erraught emporte ainsi l’enthousiasme par son chant généreux et lumineux, parfaitement projeté. On aime plus encore sa partenaire, qui n’est pas en reste dans la rondeur d’émission et l’éclat. Mention particulière pour le Pandolfe tout de noblesse de Lionel Lhote, tandis que les deux soeurs assurent leur partie avec une virtuosité admirablement maîtrisée. On mentionnera enfin la direction magnifique de subtilité de Carlo Rizzi, qui fait ressortir chaque détail tout en faisant valoir les couleurs d’un Orchestre de l’Opéra national de Paris en grande forme. Il reste encore des places : courrez découvrir ce très beau spectacle, à savourer jusqu’au 28 avril prochain !

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CRITIQUE, opéra. Paris, Opéra national de Paris, le 29 mars 2022. Massenet : Cendrillon. Tara Erraught (Cendrillon), Daniela Barcellona (Madame de la Haltière), Anna Stephany (Le prince charmant), Kathleen Kim (La fée), Charlotte Bonnet (Noémie), Marion Lebègue (Dorothée), Lionel Lhote (Pandolfe), Philippe Rouillon (Le roi), Cyrille Lovighi (Le Doyen de la faculté), Olivier Ayault (Le Surintendant des plaisirs), Vadim Artamonov (Le Premier Ministre), Chœur de l’Opéra national de Paris, Ching-Lien Wu (chef de chœur), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Carlo Rizzi, direction. Mariame Clément, mise en scène. A l’affiche de l’Opéra national de Paris jusqu’au 28 avril 2022.

CD Ă©vĂ©nement, annonce. MER(S) : Elgar / Chausson / Joncières par Marie-Nicole Lemieux, contralto / Orch Nat Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel – 1 cd ERATO

lemieux-MERS-erato-cd-homepage-concerts-cd-critique-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. MER(S) : Elgar / Chausson / Joncières par Marie-Nicole Lemieux, contralto / Orch Nat Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel – 1 cd ERATO. Somptueux programme sur le thème marin et ici selon l’esthĂ©tique et les fantasmes propres Ă  la fin et l’extrĂŞme fin du XIXè, wagnĂ©rienne et post wagnĂ©rienne. Le disque est avant tout une immersion majeure dans l’orchestre hollywoodien fin de siècle / Belle-Époque, celle de Richard Strauss, de Puccini, et bientĂ´t de Ravel… C’est d’abord sur le plan chronologique, la première mondiale de la MER, ode – symphonie du très wagnĂ©rien Victorin Joncières dont on connaĂ®t bien la Symphonie romantique, rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ©e : ici la partition de 1881 pour choeur, mezzo et grand orchestre dĂ©ploie des effluves vaporeuses, celle des facettes de l’ocĂ©an, tout Ă  tour, qui berce, fascine et hypnotise, emporte, foudroie et enveloppe… mer tueuse et mer sirène, l’ocĂ©an selon Joncières est un animal indomptable d’une puissance poĂ©tique manifeste, qui profite ici de ses avancĂ©es après son opĂ©ra triomphal Dimitri de 1876.

MN Lemieux chante Elgar, Chausson, Joncières
Extases marines…

Toute aussi wagnérienne est la lyre d’Ernest Chausson qui dans le triptyque du Poème de l’amour et de la mer (1892), de la décennie suivante, déploie une plus grande révérence à Wagner tout en la renouvelant totalement : la délicatesse picturale de l’orchestre renforce néanmoins la profonde langueur dépressive de l’écriture qui plonge dans les tréfonds de l’âme humaine (la mort de l’amour)… Enfin, en anglais, et sublimés par la formidable musique de Sir Edward Elgar, le plus impérial des compositeurs du british empire, les 5 poèmes symphoniques ou SEA PICTURES de 1899, offrent une flamboyante fresque orchestrale inspirée des éléments océaniques dont le premier, « Berceuse de la mer » (Sea slumber song), le plus enivré et extatique, exprime un émerveillement perpétuel… La voix ample, chaude, si charnelle et maternelle de Marie-Nicole Lemieux, en guest star, apporte ce grain humain fraternel souvent irrésistible. Critique complète à venir le jour de la parution du cd MER(S) Elgar / Chausson / Joncières par Marie-Nicole Lemieux, Orch Nat Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel, le 13 sept 2019.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, annonce. MER(S) : Elgar / Chausson / Joncières par Marie-Nicole Lemieux, contralo / l’Orch Nat Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel – 1 cd ERATO – CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrĂ©e 2019

Symphonie n°1 de Sibelius (1899)

arte_logo_2013ARTE, jeudi 11 avril 2019, 5h. SIBELIUS : Symphonie n°1. Concert symphonique enregistré en 2015, l’année des 150 ans de Jean Sibelius (1865-1957), le plus grand compositeur symphonique en Europe, dans la première moitié du XXè, avec Ravel et Debussy, R Strauss et Mahler.
sibelius-jeune-portrait-classiquenewsL’opus 39 de Sibelius est l’oeuvre d’un jeune compositeur de 34 ans qui achève son premier opus symphonique début 1899, suscitant une admiration telle qu’il obtient une rente de l’état finnois à vie. Heureux créateur, reconnu pour son talent… Déjà dans la forme classique de ce premier coup de génie, s’affirment des ruptures de ton, des éclairs romantiques fulgurants qui bousculent l’écoulement tranquille. L’Adagio initial (premier volet du mouvement I, précédant l’Allegro energico) fait valoir de superbes effets de timbres, emblèmes d’une orchestration raffinée et puissante. L’Andante qui suit, exprime une mélodie particulièrement orginale et mélancolique, avec dans l’alliance frémissante des cors et des cordes, une claire référence à la forêt magique de Wagner (Siegfried : murmures de la forêt), même si Sibelius s’est toujours précautionneusement écarté du compositeur germanique. L’Allegro est un scherzo où triomphe et s’embrase la volupté du trio central (pour les vents). A la façon d’une rhapsodie (« quasi una fantasia »), le Finale en mi mineur cumule les contrastes de rythmes et de caractères avec une irrépressible énergie, celle d’une conclusion enfin énoncée qui délivre sa vérité comme la clé d’un rébus enfin résolu. Toute l’oeuvre de Sibelius tend à quesitonner la forme et le développement symphonique ; comment (orchestration / couleurs), vers où ? (sens, architecture)… Sibelius cherche la clé d’un déroulement essentiel et organiquement cohérent. C’est pourquoi, dès ce premier essai de 1899, il ouvre des perspectives aussi personnelles qu’un Mahler. Mais à l’inverse de ce dernier, et par tempérament, Sibelius se replie de plus en plus vers un schéma serré, court, synthétique, au point que sa dernière symphonie, enchaînant les mouvements (créée en 1923 à Helsinki), totalise moins de 30 mn…

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arte_logo_2013LIRE aussi notre critique de la Symphonie n°1 de Jean Sibelius, récemment enregistrée par Santtu-Maias ROUVALI :
http://www.classiquenews.com/cd-critique-sibelius-symphonie-n1-en-saga-gothenburg-symphony-santtu-matias-rouvali-1-cd-alpha-2018/