CD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (Orchestre Victor Hugo / JF Verdier (1 cd Klarthe records, 2015)

WEBER-concertos-symphonie-orchestre-victor-hugo-verdier--1-cd-klarthe-records-critique-cd-review-par-classiquenewsCD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (Orchestre Victor Hugo / JF Verdier (1 cd Klarthe records, 2015). VoilĂ  un programme passionnant en ce qu’il s’intĂ©resse Ă  l’exploration instrumentale de Weber, en particulier Ă  travers ses rencontres avec des instrumentistes d’envergure Ă  Munich en 1811
 On oublie trop souvent l’essai symphonique de l’auteur du FreischĂŒtz (1821), opĂ©ra fantastique qui doit sa puissance onirique Ă  son Ă©criture orchestrale. Ici, la verve et l’imagination dont fait preuve Carl Maria dans son premier opus symphonique, Ă©tonne et saisit l’écoute. Ce nouvel opus discographique est Ă  classer au nombre des meilleures rĂ©alisations de l’Orchestre Victor Hugo et son directeur musical Jean-François Verdier qui dĂ©ploient une implication communicative dans chaque Ă©pisode, symphonique et concertant, Ă©clairant chez Weber, cette intelligence critique, exploratrice de nouvelles sonoritĂ©s instrumentales autant que climatiques.

weber portrait par classiquenews OBERON EURYANTHE opera par classiquenews Carl-Maria-von-WeberCarl Maria von Weber y gagne un nouveau visage, celui d’un apprenti sorcier, amateur de timbres associĂ©s, souvent inĂ©dits. Ainsi l’apport de cette Symphonie n°1
 L’élĂšve de l’abbĂ© Vogler Ă  Vienne s’y montre douĂ© pour les Ă©vocations frĂ©missantes, aussi dignes de Schubert que de Mendelssohn. Le futur directeur de l’OpĂ©ra allemand Ă  Dresde dĂ©montre une rĂ©elle facilitĂ© dramatique, hautement thĂ©Ăątrale mĂȘme qui innerve son Ă©criture symphonique, ce dĂšs le premier mouvement, Ă  la fois solennel et palpitant, d’une Ă©vidente grandeur, jamais dĂ©monstrative. DatĂ©e de 1807 (mais publiĂ©e en 1812, et trĂšs critiquĂ©e par son auteur, plus investi dans l’opĂ©ra), c’est Ă  dire oeuvre de jeunesse, la Symphonie n°1 rayonne d’un sentiment de conquĂȘte et de jubilation qui Ă©lectrise mĂȘme une Ă©criture brillante (en ut), dont le second mouvement indique le sens de la coloration et d’une certaine intĂ©rioritĂ© pastorale (solos instrumentaux dont le hautbois). DĂ©bridĂ©e, dĂ©cousue, la Symphonie n’a pas il est vrai l’ossature ni la cohĂ©rence architecturĂ©e de ses ouvertures d’opĂ©ras.

  
 
 

WEBER, symphoniste concertant expérimental

  
 
 

CLIC D'OR macaron 200Plus mĂ»re, l’écriture du Concerto pour clarinette n°2, affirme un tempĂ©rament virtuose qui cĂ©lĂšbre alors le talent d’un clarinettiste devenu ami, rencontrĂ© en 1811 Ă  Munich, Heinrich BĂ€rmann (mort en 1847) dont l’instrument Ă  10 clĂ©s lui permettait de faire briller une technique vĂ©loce Ă  la sonoritĂ© moelleuse, y compris dans les passages les plus redoutables (suraigus / trĂšs graves). L’opus 74 crĂ©Ă© en novembre 1811, explore grĂące au soliste au jeu vertigineux autant qu’enchanteur, toutes les facettes expressives de la clarinette, qu’il associe amoureusement et sensuellement aux timbres de l’orchestre (cor et basson en particulier). L’intĂ©rioritĂ© et la profondeur du jeu de Nicolas Baldeyrou Ă©clairent la souple Ă©lĂ©gance, Ă  la fois noble et enivrĂ©e du mouvement central (Romanza) ; la couleur et le caractĂšre parfaitement Ă©noncĂ©s Ă©cartent dĂ©finitivement l’éclat viennois et son essence virtuose vers un sentiment rayonnant et intĂ©rieur, totalement
 souverainement romantique (et qui s’apparente dans le chant de plus en plus extatique de la clarinette Ă  un vaste lamento d’opĂ©ra). Le Rondo (alla Polacca) frappe lui aussi par sa forte caractĂ©risation. L’accord entre le soliste et l’orchestre est idĂ©al.

Le Concerto pour cor magnifiquement ciselĂ© et articulĂ© par le soliste David Guerrier confirme que le label Klarthe est bien celui des grandes personnalitĂ©s solistiques, capables de marquer l’écriture concertante par leur engagement et leur vision, un geste singulier et recrĂ©atif d’une grande portĂ©e poĂ©tique ; il informe aussi que Weber connaĂźt bien le caractĂšre chantant de l’instrument pour lequel il crĂ©e des modulations et des passages harmoniques d’une souple profondeur (mouvement central : Andante con moto) ; on distinguera surtout l’éloquence typĂ©e, d’un tempĂ©rament inouĂŻ du dernier mouvement lui aussi « alla Polacca », oĂč le soliste Ă©poustoufle par sa virtuositĂ© trĂšs incarnĂ©e et personnelle.

La recherche de couleur et de sonoritĂ© magicienne se dĂ©ploie dans l’Adagio et rondo pour harmonica de verre d’une noblesse suspendue grĂące au talent du soliste ici (Thomas Bloch), d’une sensibilitĂ© Ă©vanescente et iridescente mĂȘme comme l’est ce diptyque en tout point enivrant (1811). Weber fait preuve d’une curiositĂ© quasi expĂ©rimentale, jouant avec le son flĂ»tĂ© et d’orgue, comme un carillon lointain aux teintes filigranĂ©es auxquelles rĂ©pond l’orchestre lui aussi diaphane (en particulier dans les rĂ©ponses de la premiĂšre moitiĂ© du Rondo / Allegretto final). RĂ©jouissant et original programme.

  
 
 

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CD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (cor, clarinette)
 Orchestre Victor Hugo. Jean-François Verdier, direction (1 cd Klarthe records, enregistrement rĂ©alisĂ© en dĂ©cembre 2015)

Carl Maria von Weber :
Symphonie n°1 en do majeur, op.19
Concertino en mi mineur pour cor et orchestre, op.45 (David Guerrier, cor)
Adagio et rondo en fa pour glass harmonica et orchestre (Thomas Bloch, glass harmonica)
Concerto n°2 en mi bémol majeur pour clarinette et orchestre, op.74 (Nicolas Baldeyrou, clarinette)
Orchestre Victor Hugo
Jean-François Verdier, direction

  
 
 

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