La Ballet royal de la nuit : Louis XIV en Soleil

Louis XIV SoleilFrance Musique. Mardi 25 aoĂ»t 2015 : le Ballet royal de la nuit. Cavalli. Ercole Amante. Rossi : Orfeo. Correspondances. SĂ©bastien DaucĂ©, direction. En direct de La Chaise Dieu. Au dĂ©marrage, la production intitulĂ©e diffĂ©remment avait Ă©tĂ© crĂ©Ă©e au festival Musique et MĂ©moire, dès l’Ă©tĂ© 2013, lors de la rĂ©sidence de l’ensemble Correspondances en Haute-SaĂ´ne : Fabrice Creux directeur de Musique et MĂ©moire avait eu l’intuition juste et Ă©tonnamment visionnaire s’agissant d’un programme aujourd’hui repris dans diffĂ©rents lieux dont Ambronay et plus rĂ©cemment en ouverture du festival estival Ă  Saintes le 10 juillet dernier. A la Chaise Dieu, le spectacle s’est rodĂ©, Ă©toffĂ©, fluidifiĂ©, mais son dispositif originel a Ă©tĂ© permis grâce Ă  un accompagnement sans Ă©quivalent en France, en Haute-SaĂ´ne. A La Chaise-Dieu, devenu “le concert royal de la nuit”, le spectacle rassemble un plateau de jeunes chanteurs parmi le plus douĂ©s de l’heure (Lucile Richardot qui chante avec Les Arts Florissants ou Dagmar Saskova, mezzo incandescente formĂ©e au Centre de musique baroque de Versailles).

Louis XIV, aux origines du mythe solaire

Après la Fronde, Mazarin commande un ballet politique qui jette les fondations de la mythologie solaire de Lousi XIV

Le Soleil se lève à Paris en 1653

mazarin-portrait-par-philipep-de-champaigne-presentation-gout-de-mazarin-classiquenews-le-ballet-royal-de-la-nuit-orfeo-de-luigi-rossi-ercole-amante-de-cavalliContrairement Ă  son titre, le Ballet royal de la nuit favorise par un effet de contraste que le baroque aime cultiver, l’Ă©mergence du Soleil, et symboliquement, cĂ©lèbre l’omnipotence du Roi, le très jeune Louis XIV (qui n’a que 15 ans ; Lully q’il rencontre Ă  nouveau pour l’occasion n’en a que 21)… DĂ©but 1653, le Ballet royal de la nuit fut dansĂ© Ă  5 reprises par le jeune Dauphin, futur Louis XIV, dans la salle du Petit Bourbon au Louvre. Mazarin, revenu au pouvoir après les Ă©vĂ©nements violents de La Fronde entendait ainsi par un ballet spectaculaire, scĂ©nographiĂ© l’image du pouvoir royal, dĂ©sormais fastueux, avec en son centre, telle l’axe d’une constellation de planètes, le jeune prĂ©tendant au trĂ´ne. AssimilĂ© au Soleil, l’astre rayonnant et pilier du monde, le monarque est comme adoubĂ© par un spectacle qui cĂ©lèbre sa toute puissance. Mettre en scène la royautĂ© est le dessein de Mazarin, repris et amplifiĂ© après lui par le Roi-Soleil lui-mĂŞme. Le ballet royal de la nuit exprime donc une prise de conscience du politique et aussi la maturation de l’image royale, la prĂ©cision d’un nouvel imaginaire qui sert la propagande monarchique. Le Ballet qui est ici conçu pour la première fois comme un spectacle théâtral, avec vue frontale (et non plus dans un dispositif circulaire, au milieu de l’arène), opère ce changement esthĂ©tique et sociĂ©tal majeur : car tous les nobles comme le roi, dansent dans un spectacle codifiĂ© qui rĂ©tablit l’ordre hiĂ©rarchique voulu par le Roi et le Cardinal, soumettre les anciens frondeurs en les valorisant dans un protocole et une Ă©tiquette qui en vĂ©ritĂ© les tient en laisse. Toute la symbolique nocturne et crĂ©pusculaire du Ballet, son argument et l’enchaĂ®nement des 4 sĂ©quences (ou “veilles”) avec grand ballet final, cĂ©lèbre le lever du soleil, c’est Ă  dire, l’avènement du jeune roi. L’aurore sur son char dĂ©clare : “Le Soleil qui me suit, c’est le jeune Louis”, on ne saurait ĂŞtre plus clair.
lully_gravure_450CommandĂ© par Mazarin, le Ballet sert habilement son objectif politique tout en satisfaisant Ă  l’art poĂ©tique (vers de Benserade), chorĂ©graphique, dramatique, musical. Spectacle total avant l’opĂ©ra proprement dit (tragĂ©die en musique inventĂ©e par Jean-Baptiste Lully en 1673, soit 20 ans plus tard), le Ballet aborde tous les genres expressifs (dĂ©lirant, fantasque, comique, burlesque…) y compris satirique car les allusions aux dĂ©fauts physiques ou travers de ceux qui les disent ou paraissent alors quand ils sont lus ou dĂ©clamĂ©s, ne manquent pas. Preuve que la moquerie cynique faisait dĂ©jĂ  bonne figure : les grands y sont Ă©pinglĂ©s sans mĂ©nagement.
Louis XIV jeuneMazarin fut Ă©duquĂ© Ă  Rome au gĂ´ut des Barberini ses protecteurs ; dans leur palais romain, le futur cardinal, affine son goĂ»t pour l’oratorio et l’opĂ©ra, autant de spectacles qu’il ne cessera d’acclimater Ă  Paris pour assoir davantage le pouvoir de Louis XIV. Les genres connus y sont finement associĂ©s comme une synthèse de tout ce que connaissait le Cardinal et qu’il dĂ©sirait voir dans le Ballet, en un seul spectacle. La richesse, les effets mĂŞlĂ©s (emprunts Ă  la mythologie, la comĂ©die des Italiens dans la seconde veille…), tout souligne la nature supĂ©rieure du Roi et prĂ©pare au sacre qui suit. Les futurs opĂ©ras de Lully, dans leur prologue, cĂ©lèbreront encore la nature divine du Souverain, l’apport miraculeux de ses actions…
Aujourd’hui le Ballet nous est connu grâce Ă  l’unique copie rĂ©alisĂ©e par Philidor (77 danses au total), mais lacunaire car le copiste ne prĂ©cise qu’un partie instrumentale/musicale, celle du violon (premier dessus). A l’interprète moderne, le dĂ©fi de reconstituer les parties manquantes pour prĂ©server l’unitĂ© de l’architecture globale et aussi le raffinement de l’exĂ©cution.

 

 

Rossi et Cavalli

 

 

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Mazarin-mignardCorrespondances a choisi non pas de reconstituer le Ballet seul (51 danses originelles ont Ă©tĂ© prĂ©servĂ©es), entreprise difficile sans connaĂ®tre le dĂ©roulement prĂ©cis et les composantes prĂ©cises du faste originel. Les textes de Benserade et les danses françaises sont donc ici associĂ©es Ă  l’opĂ©ra italien, tel qu’il fut favorisĂ© par Mazarin lui-mĂŞme (portrait ci contre par Philippe de Champaigne) : extraits des fameux et lĂ©gendaires Orfeo de Luigi Rossi et Ercole Amante de Cavalli, tous deux, ouvrages commandĂ©s et conçus pour la Cour de France et jouĂ©s Ă  Paris, respectivement en 1647 puis 1662. En constituant l’ordinaire culturel de la Cour entre Italie et France, les composantes mĂŞmes du goĂ»t que Mazarin transmet Ă  Louis XIV, (ci dessus en danseur, apparaissant en Soleil dans le Ballet royal de la nuit, fĂ©vrier 1653), la combinaison fonctionne ainsi idĂ©alement. Du Ballet de la Nuit Ă  Cavalli, le drame emprunte les mĂŞmes rĂ©fĂ©rences, mythologiques bien sĂ»r puisque dans la seconde veille, oĂą la comĂ©die muette voit les italiens parodier la tragĂ©die d’Alcmène, laquelle violĂ©e par Jupiter, enfante… Hercule. Ce dernier, hĂ©ros central de l’opĂ©ra du vĂ©nitien Cavalli lequel met en scène les mĂŞmes figures et allĂ©gories prĂ©sentes dans le Ballet de 1653 : la Lune, VĂ©nus, les Grâces, le sommeil…
LĂ©guĂ© par Louis XIII, le ballet de cour est ainsi magnifiĂ© sous l’adolescence de Louis XIV et fixe dĂ©jĂ  l’imaginaire et la mythologie solaire du plus grand roi de l’univers…

 

 

 

 

déroulement

 

Première veille : La Nuit
Les heures, chasseur, paysans, Ă©gyptiens, boutiques

Seconde veille : Vénus et les Grâces
Vénus, les 3 Grâces, les italiens et Cintia (chanté en italien)

Troisième veille : Hercule amoureux
La lune, Endimion, Hercule, Vénus et les Grâces, Junon, sacrificateurs, loups garous et sorcières, Déjanire

Quatrième veille : Orphée
Le sommeil, le silence, le dieu des songes, Eurydice, Apollon et les Dryades

Grand Ballet : le Soleil
rĂ©cit de l’Aurore, choeur des planètes, duo d’Hercule et de la BeautĂ©

 

 

 

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Mardi 25 aoĂ»t 2015: le Ballet royal de la nuit, Ercole Amante, Orfeo. Correspondances. SĂ©bastien DaucĂ©, direction. En direct de La Chaise Dieu. Le Ballet de cour sous Louis XIII, dansĂ© par le jeune Dauphin futur Louis XIV, âgĂ© de 15 ans, magnifiĂ© par le goĂ»t du mĂ©cène commanditaire de l’oeuvre, Mazarin (Paris, 1653).