12 séquences, 12 expériences sonores qui relèvent du journal intime – un continent passionnant et d’une richesse aussi insondable qu’ineffable dans le cas du très secret Piotr Illiytch…Ces Saisons admirablement investies et comprises expriment tous les espérances déçues, la résilience viscérale d’un individu au soir de sa vie…
La finesse et la sensibilité du pianiste sud coréen, Yunchan Lim éclairent les 12 stations d’une subtilité rare ; la cohérence de son approche, très habitée se déploie à l’aulne d’une pudeur fluide et riche qui place d’abord au devant du jeu pianistique, l’imagination intérieure et le génie de la divagation libre.
Janvier est d’une introspection heureuse, sereine, lumineuse, haydnienne qui contraste avec la jovialité et le panache facétieux de février ; comme un miroir au fond sans fin et d’une profondeur intime dont l’interprète semble relever le vertige, mars chante comme une rêverie enchantée, personnelle. Yunchan Lim détaille, articule, nuance chaque accent, et dans un rubato libre et très juste. La délicatesse elle aussi enchantée de la barcarolle de juin semble suspendue dans l’air, évanescente et d’un flux naturel qui semble improvisé, jaillissant mais mesuré, d’une infini nostalgie, vacillant entre Schubert et Schumann.
L’urgence d’août électrise son tempo Allegro vivace, qui ne manque ni de relief ni d’impérieuse virtuosité. Ce que contredit la profonde mélancolie d’octobre / Automne, d’une langueur déployée dans la séquence la plus longue des 12 (plus de 5mn50) et dont Yunchan Lim exprime l’infini tristesse, pourtant d’une rare transparence articulée. Certainement le passage le plus habité et le plus intensément vécu par le pianiste qui la présente même comme la « perle des saisons » (non sans pertinence, dans le texte qu’il signe lui-même dans le livret notice du cd) : expression d’un déchirement indicible et d’une impuissance intime.
La verve narrative de novembre / troïka rétablit la conscience de la réalité et d’un temps
présent, concret : le pianiste en dévoile toute l’activité nerveuse, éloquente, élégante grâce à une digitalité orfévrée : du très grand art. L’imagination et l’élégance du pianiste touchent immédiatement s’agissant en particulier de la dernière année de vie d’un être humain… comme il est rappelé dans le texte du livret ; ils confirment la grande maturité intérieure de l’interprète, très juste chez Tchaikovski.
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CRITIQUE CD événement. TCHAÏKOVSKI : les Saisons opus 37a. YUNCHAN LIM, piano (1
cd Decca classics, enregistré en juil et août 2024)
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