Festival exemplaire en Haute-Saône... Recentré sur la notion créative pour les interprètes comme pour les publics, de "résidence", le festival Musique et Mémoire confirme son excellence dans le paysage des festivals français: non plus affiche de grands noms ...
Et pour la grande scène finale (O giusto cielo) où Lucia paraît (ondes aériennes de l'harmonica de verre en préambule puis en dialogue), "La Dessay" chante tout sans resquiller avec une franchise évidente... mais sans guère de trouble, de vertiges, d'éclat tragique. La voix est agile, et pourtant sans fièvre ni délire: une coquette qui frissonne et se pâme, pas une amoureuse détruite devenue folle...
Robin Joly au-delà d'une simple restitution comprenant nombre de libertés recréatives qui s'avèrent souvent bénéfiques "ose" recomposer par le jeu des rythmes et la riche palette des instruments, une dramaturgie musicale. Le faste et le raffinement des danses à la Cour des Valois n'en ont que plus d'éclat...
Intensité dramatique, recherche d'atmosphère et de climats psychologiques (début de la cantate), mais aussi fureur (tempête instrumentale qui en rappelle bien d'autres .... héritées du Grand Siècle), avant que ne paraisse la vestale païenne... la révélation est totale: le jeune Dukas dévoile une maestria étonnante dans le format lyrique, et sa Velléda, dévoilée dans sa parure orchestrale (création mondiale) par le Palazzetto Bru Zane à Venise, est un nouveau joyau musical qui annonce Ariane et
Jouer Rameau à Caracas avec les instrumentistes du Simon Bolivar Youth Orchestra : tel est le dernier défi (réussi) du claveciniste et chef d'orchestre, Bruno Procipio...
Evoquons non sans regrets l'incohérence de la production en rien subtile ni troublante quand par exemple, tout le mystère de l'amour inspire le climat du I: la rencontre puis les duos entre la courtisane et son jeune prétendant sont pourtant ciselés par un Verdi d'une rare finesse psychologique. Hélas, ici, Dessay, surexcitée et planante...
Hors contexte (musical et scénique), le texte d'un livret d'opéra peut-il être mesuré, compris comme une oeuvre littéraire à part entière? Les règles, rythmes, structures dictés pas la nécessité théâtrale permettent-ils un essor purement poétique et littéraire du livret d'opéra?