lundi 12 octobre 2026

CRITIQUE, opéra (en version concertante). NAPLES, Teatro di San Carlo, le 11 oct 2026. HAENDEL : Alcina. M-A. Sicilia, F. Fagioli, V. Abrahamyan, E. Morley… Orchestre du Teatro di San Carlo, Iván López-Reynoso (direction)

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Mike Smith
Mike Smith
Mike écrit des chroniques de spectacles, en particulier pour la danse et à l'opéra. Il est basé au Royaume-Uni, mais travaille à l'International. Il est également journaliste de voyage. Il enseigne l'histoire ancienne et le journalisme à l'Université de Cardiff, au Pays de Galles. Mike Smith est également rédacteur en chef d'Arts Scene in Wales (asiw.co.uk).
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C’est un véritable triomphe qu’a connu le Teatro di San Carlo de Naples, hier soir, à l’occasion de la deuxième (et dernière) représentation napolitaine de « Alcina » de Georg Friedrich Haendel. Pour sa première mise à l’affiche du chef d’oeuvre du grand compositeur saxon, le prestigieux théâtre lyrique italien a choisi la formule exigeante et épurée de la version de concert. Un choix audacieux et payant : débarrassée de tout apparat scénique superflu, la partition du dramma musicale – créé à Londres en 1735 – a pu se déployer dans toute sa splendeur, portée par une distribution de très haut vol et une direction musicale d’une superbe intelligence.

 

En fosse, l‘Orchestra del Teatro di San Carlo, placée sous la baguette virevoltante du chef mexicain Iván López-Reynoso, a installé un climat d’une intensité dramatique saisissante. López-Reynoso, fines connaisseur du style baroque, a su imprimer à la partition une pulsation à la fois souple et rigoureuse, dessinant avec une précision d’orfèvre les mille nuances d’une musique qui oscille constamment entre la féerie la plus lumineuse et la mélancolie la plus profonde. Sa lecture, d’une clarté remarquable, a permis de mettre en valeur chaque pupitre, chaque timbre instrumental, dans un équilibre parfait avec les voix.

Mais le véritable miracle de cette soirée est venu de la scène. Privé de la magie des décors et des costumes, le public a été convié à un voyage purement vocal et émotionnel, et l’incarnation des personnages a reposé entièrement sur les épaules des chanteurs.  Annoncée souffrante, Lisette Oropesa a dû céder sa place dans le rôle-titre. C’est finalement Mariangela Sicilia qui a endossé le rôle de la magicienne. Loin d’être un simple remplacement, sa prestation a été une révélation. La soprano italienne a composé une Alcina d’une humanité bouleversante, tour à tour séductrice, impérieuse, puis désespérée à mesure que son empire d’illusions s’effondre. Sa voix, d’une beauté lumineuse, allie un legato somptueux à une colorature d’une agilité confondante, sans jamais tomber dans l’excès. Son interprétation de l’air « Ah ! mio cor » a figé le temps, suspendu à un fil de voix d’une fragilité poignante. Elle a su incarner toute la complexité de ce personnage, de la superbe de la magicienne à la détresse de la femme abandonnée.

Face à elle, le contre-ténor argentin Franco Fagioli a livré une performance de Ruggiero tout simplement magistrale : il est sans conteste l’un des plus grands virtuoses de notre époque. Sa voix, d’une richesse et d’une puissance rares, couvre trois octaves avec une aisance déconcertante. Il a donné au chevalier envoûté une présence magnétique, passant de la langueur amoureuse à la fureur héroïque avec une facilité déconcertante. Ses vocalises dans « Verdi prati » ou « Sta nell’ Ircana » ont suscité des frissons dans la salle, chaque ornement servant l’expression dramatique avec une justesse absolue.

La distribution, entièrement convaincante, a permis de magnifiques moments d’ensemble. Erin Morley a campé une Morgana espiègle et piquante, dont la voix claire et agile a brillé dans ses airs d’une vivacité réjouissante. Varduhi Abrahamyan, en Bradamante, a fait valoir un mezzo-soprano au timbre chaleureux et à la projection solide, donnant à son personnage une dignité et une force émotionnelle remarquables. On n’oubliera pas non plus la performance des trois jeunes talents issus de l’Accademia del Teatro di San Carlo : Sun Tianxuefei, en Oronte, a fait preuve d’une vaillance et d’une musicalité prometteuses ; Sayumi Kaneko, dans le rôle du jeune Oberto, a touché par la pureté de sa voix et sa présence juvénile ; et Yunho Eric Kim, en Melisso, a apporté une base solide et une autorité bienvenue à l’édifice vocal.

 

 

 

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CRITIQUE, opéra (en version concertante). NAPLES, Teatro di San Carlo, le 11 oct 2026. HAENDEL : Alcina. M-A. Sicilia, F. Fagioli, V. Abrahamyan, E. Morley… Orchestre du Teatro di San Carlo, Iván López-Reynoso (direction). Crédit photo (droits réservés)

 

 

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