dimanche 18 octobre 2026

CRITIQUE CD événement. « MUJER FATAL, portrait of a woman ». Aigul Akhmetshina, mezzo-soprano. Antonio Pappano, piano (1 cd Decca classics, juin 2025-avril 2026)

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Pour son 2ème album chez Decca, la formidable mezzo née en Oural, Aigul Akhmetshina envoûte les sens, incarnant dans ce portrait de femme fatale, un être multiple, riche, ambivalent, tendre et passionné, fragile et puissant. Ce caractère entier, complexe est permis par l’ampleur d’une voix unique qui maîtrise, et l’art de la nuance, et la justesse des expressions tragiques et tendres. L’aplomb de la diseuse autant que la fulgurance de la tragédienne sont exceptionnels. Une réussite totale que le programme édité par Decca illustre de la meilleure des façons et dans une succession d’airs, d’une remarquable cohérence.

 

Le premier air composé par Elena Roussanova, donne le titre du récital « MUJER FATAL », la Belle Otero dont le texte qui célèbre la puissance de l’amour permet au timbre charnel, cuivré, aux phrasés filigranés de la mezzo ouralienne d’affirmer son art… divin et irrésistible.  Même autorité convaincante dans les deux mélodies dans la langue de Cervantes justement, deux des 5 Canciones negras de Montsalvatge, comme enchantées, enivrées, d’une justesse de ton idéale, d’autant que le piano du chef Antonio Pappano accompagne en complice lui aussi inspiré, le chant ardent, précis, fin de l’indiscutable diseuse. Y compris dans la berceuse, elle aussi étoilée « Canción de cuna para dormir a un negrito »… aisance filée d’un legato souverain, timbre de velours, mais relief du texte toujours : la diva enchante littéralement. Sa Carmen, applaudie au Met et à Paris, affleure la saveur un rien canaille de son « Besame mucho » de Consuelo Velazquez : ardente, puissante, et même provocante.

Plus précis et finement timbré, son Bizet (d’après Hugo : les sublimes « Adieux de l’hôtesse arabe ») hier chanté et avec quel aplomb par Bartoli, gagne une profondeur électrique grâce à l’ampleur de son médium et de ses graves aussi ronds que larges : ainsi surgit et même irradie un thème souvent tabou, mais qui fait de Hugo, un visionnaire : le désir féminin… ici pour un  »Bel étranger, beau jeune homme blanc, bel oiseau passager »… La voix enchante davantage encore, telle une sirène fugace au chant aussi ardent que fin, comme irradié dans la non moins sublime « vocalise étude » de Ravel, pour voix et piano, en forme d’habanera… Même ampleur expressive et élasticité suave dans « Je te veux » de Poulenc. Romantique, d’une tragédie souterraine et voluptueuse, son Tchaikovski perce l’âme par son intensité ; le Rimski Korsakov hypnotise par son orientalisme éperdu, suave, d’une tendresse flottante, aux aigus perçants, comme envoûtés.

En anglais, Gershwin séduit tout autant, ample mais finement suave ; Bernstein est tout autant inspiré, incarné, révélant deux registres opposés : l’expansif »Lucky to be me », et le plus tendre, évanescent « Somewhere »… Enivré, enchanté et d’une justesse expressive idéale est « Speak low » de Weill, enfin le dernier Britten « Tell me the Truth about love » : écrit comme une petite seynette, tel un monologue, semble gloser mais avec sagesse sur la vérité de l’amour. Soliloque proche de la confession délirante à laquelle la divine diseuse apporte tout son art puissant et fin à la fois, et plus que jamais, irrésistible.

Parcours très bien conçu et qui ferait au concert, un programme plus qu’enthousiasmant, captivant.

 

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CRITIQUE CD événement. « MUJER FATAL, portrait of a woman ». Aigul Akhmetshina, mezzo-soprano. Antonio Pappano, piano (1 cd Decca classics, enregistrement réalisé à Londres, juin 2025-avril 2026) – CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026
PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur : DG DECCA : https://store.deutschegrammophon.com/en-en/products/aigul-akhmetshina-antonio-pappano-mujer-fatal-118212

 

 

vidéo
Roussanova: Mujer Fatal · Aigul Akhmetshina · Antonio Pappano – juin 2026)

TRACKLIST / programme :
Elena Roussanova: Mujer Fatal
Xavier Montsalvatge: No. 1 Cuba Dentro de un Piano, from “Cinco canciónes negras”
Xavier Montsalvatge: No. 5 Canción de cuna para dormir a un negrito, from “Cinco canciónes negras”
Carlos Guastavino: La Rosa y el Sauce
Carlos Gardel: El Día Que Me Quieras
Consuelo Velázquez: Bésame Mucho
Bizet: Adieux de l’hôtesse arabe, Op.21 No.4
Ravel: Vocalise-étude en forme de Habanera, M.51
Satie: Je te veux
Mily Balakirev: I Loved Him
Tchaikovsky: None but the Lonely Heart, Op.6 No.6
Rimsky-Korsakov: No. 2 The Nightingale and the Rose, from “4 Romances, Op.2”
Mark Minkov: No. 5 Landscape, from “The Crying Guitar”
George Gershwin & Ira Gershwin: The Man I Love, from “Lady be Good”
Bernstein: Lucky to be Me, from “On the Town”
Bernstein: Somewhere, from “West Side Story”
Kurt Weill: Speak Low, from “A Touch of Venus”
Britten: Tell me the truth about love, from “Cabaret Songs”

 

 

 

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