vendredi 23 octobre 2026

CRITIQUE, festival. LISBONNE, 12e Festival « Verao Classico » (Teatro Thalia), le 23 juillet 2026. 1er des 6 concerts « Talent Fest »

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Ce 23 juillet, le Teatro Thalia, écrin baroque niché au cœur de Lisbonne, a vibré à l’occasion du premier concert « Talent Fest » dans le cadre de la 12e édition du Verao Classico Festival & Academia (toujours dirigée, depuis ses débuts et d’une main de maître, par le pianiste portugais Filipe Pinto-Ribeiro). Avant même que les jeunes artistes ne fassent leur apparition, le lieu impose le respect. Ce théâtre privé, édifié au XVIIIe siècle, fut un haut lieu de la vie culturelle lisboète, un refuge pour les arts où se pressaient l’aristocratie et les intellectuels épris de beauté. Ses pierres apparentes, et son acoustique en velours semblent encore imprégnées des murmures de deux siècles de récitals et de drames. Ce soir, pourtant, ce n’est pas à des fantômes du passé que les spectateurs font face, mais à une promesse d’avenir. Le festival portugais – qui se tient chaque été à Lisbonne depuis 2014 (et cette année du 22 juillet au 1er août…) – a encore su tisser la toile d’un événement désormais de stature internationale, mêlant avec une vraie pertinence les concerts « Master Fest », confiés aux professeurs (dont l’ouverture du festival, la veille de cette soirée musicale) – et ces désormais fameux concerts « Talent Fest », dédiés aux étudiants (6 en tout, étalés du 23 au 30 juillet). Et quel lancement pour cette série dédiée à la jeune garde… gage d’un excellent Cru 2026 !

 

La soirée débute avec Allegro vivo de la Sonate pour violon et piano de Debussy, Natalia Lerch (violoniste polonaise) a imposé un jeu d’une diaphanéité saisissante. Avec un archet qui semblait caresser l’air, elle a su capturer l’essence impressionniste du compositeur, portée par un Ricardo Martins au toucher délicat, dont le piano se faisait tantôt écume, tantôt brise. Une entrée en matière qui promettait déjà un voyage technique hors du commun.

La soirée, placée sous le signe de l’éclectisme, a ensuite basculé vers l’âme slave avec Yitian Liu, mezzo-soprano chinoise, qui a livré l’air d’Olga de Eugène Onéguine. Quelle maturité pour une si jeune artiste ! Sa voix, ronde et légèrement cuivrée, a déroulé la mélancolie de Tchaïkovski avec une superbe intelligence dramatique, accompagnée par un Matthias Samuil qui a su se faire complice et discret à la fois.

Puis vint le choc du purisme avec la Suite N°4 de Bach, interprétée par la violoncelliste israélienne Yael Shmila. Rarement un instrument n’a paru aussi habité. Sa technique, d’une propreté chirurgicale, n’a jamais sacrifié la chaleur du bois ; chaque courbe mélodique dessinait une architecture parfaite. Un contrepoint saisissant avec la fougue gitane qui a suivi : Victoria Zhang, (toute jeune !) violoniste sino-américaine, qui a littéralement enflammé le Thalia avec les Zigeunerweisen de Sarasate. Sa virtuosité échevelée, ses trilles incandescents et son pizzicato d’une précision diabolique ont soulevé une salle conquise. Ricardo Martins, au piano, a suivi ce tourbillon avec une agilité stupéfiante.

 

 

La voix était à l’honneur et les sopranos se sont succédé avec un brio renversant, à commencer par Elisa Bastos (soprano portugaise) qui a plongé dans l’abîme tragique de « Sola, perduta, abbandonata » extrait de Manon Lescaut de Puccini avec des aigus déchirants de beauté, qui ont révélé une palette expressive rare chez une si jeune interprète. Lora Vangelova (Allemagne) lui a répondu avec la légèreté pétillante de La Zingara de Donizetti, tandis que Donna Lee (Chine) a impressionné par la puissance et la clarté diabolique de « Saper Vorreste » tiré de Un Ballo in maschera de Verdi, chaque note étant un trait d’esprit musical. Enfin, Madalena Oliveira Martins (Portugal), dans l’air tendre de L’Elisir d’Amore, a su insuffler une innocence cristalline, portée par la constance lumineuse de Matthias Samuil au piano.

 

 

Mais ce concert fut aussi une démonstration éclatante des pépites rares de l’orchestre. Le contrebassiste Pedro Carvalho, dans l’Andante du Concerto de Koussevitzky, a fait chanter son instrument avec une rondeur et une expressivité qui défiaient les graves habituels. Son compatriote Francisco Osório, lui, a tissé une Elegia de Bottesini d’une mélancolie envoûtante, le tout soutenu par un João Araújo au piano d’une sensibilité exemplaire.

Et que dire des violonistes ? Leonardo Priori (Italie) a dompté la Sonate N°3 d’Ysaÿe avec une maîtrise redoutable, mêlant prouesses polyphoniques et lyrisme brûlant. Laura Kim (USA) a attaqué l’Allegro molto de la Sonate N°4 de Beethoven avec une énergie juvénile et un mordant rythmique parfaitement maîtrisé. Quant à Anna Gerber (Suisse), elle a conclu la partie instrumentale en apothéose avec la Polonaise de Concert de Wieniawski : un feu d’artifice de doubles cordes, de sauts d’archet et de panache slave, digne des plus grandes scènes. Mention spéciale à Pedro Costa, pianiste collaborateur, dont le soutien fut un véritable pilier pour les deux derniers violonistes.

 

 

Et c’est la violoniste polonaise Julia Majewska qui a mis le point final à cette superbe soirée, portée par la grâce juvénile, avec le célèbre Tzigane de Maurice Ravel. Son violon, tour à tour rauque, langoureux et furieusement virtuose, a capté l’esprit tzigane avec brio. Pedro Costa, au piano, a tissé avec elle un dialogue d’une complicité sidérante, concluant ce marathon musical sur une note de pure ivresse.

Ce premier concert « Talent Fest » n’a pas seulement été une démonstration de technique, mais aussi une leçon d’âme. Ces jeunes artistes venus des quatre coins du monde (Portugal, Chine, Israël, USA, Allemagne, Italie, Suisse, Pologne) ont transformé le vénérable Teatro Thalia en un creuset de passions et d’espoirs. Sous la direction bienveillante des Maestros de la Master Fest, l’avenir de la musique classique est ici, entre ces murs chargés d’histoire… et il est radieux ! Le Verao Classico Festival, par son exigence et sa générosité, confirme son statut d’incontournable de l’été lisboète. Une soirée qui nous promet que les 5 prochains concerts « Talent Fest » – jusqu’au 31 juillet – seront à la hauteur de ce premier éblouissement !…

 

 

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CRITIQUE, festival. LISBONNE, 12e Festival « Verao Classico » (Teatro Thalia), le 23 juillet 2026. 1er Concert des « Talent Fest ». Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu et Andreia Carvalho

 

 

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