C’est dans l’écrin majestueux du Théâtre Antique de Vaison-la-Romaine, sous un ciel d’été propice aux rêveries, que s’est achevée la 26e édition du festival « Vaison Danses » sur une note de pur ravissement. Pour cette soirée de clôture tant attendue, le Malandain Ballet Biarritz, dirigé par le chorégraphe Thierry Malandain, a offert au public une interprétation saisissante de sa pièce La Pastorale, créée en 2019 pour le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven. Ce spectacle, véritable ode à la beauté et à la puissance évocatrice de la musique, a bouleversé les spectateurs, leur offrant une expérience sensorielle et spirituelle inoubliable.
Sur les notes des Ruines d’Athènes de Ludwig van Beethoven, les 22 danseurs de la compagnie biarotte évoluent dans un dispositif scénographique d’une grande force : des structures tubulaires formant des cages ou des carrés, représentant l’enfermement, les contraintes du monde terrestre. On assiste alors à un combat intérieur, une danse puissante, presque douloureuse, où le personnage central, interprété par le lumineux Hugo Layer, qui se débat dans cet espace étriqué. Ce premier acte, sombre et intense, est une démonstration éclatante du génie chorégraphique de Malandain, qui parvient à faire jaillir une beauté poignante de la contrainte physique.
Puis, dans un contraste saisissant qui a littéralement fait basculer la soirée, l’assemblage métallique s’élève dans les cintres du Théâtre Antique. La scène, baignée d’une lumière éclatante, s’ouvre alors sur un monde d’une beauté idéale. Vêtus de tuniques blanches, les danseurs évoluent avec une grâce et une harmonie qui semblent tout droit sorties des frises de la Grèce antique. Sur les notes enjouées de la Symphonie Pastorale, du même Beethoven, la troupe se métamorphose en cortège de nymphes et de jeunes dieux, exécutant des rondes parfaites et des lignes épurées. Le voyage initiatique, guidé par quatre figures spirituelles, conduit le héros vers un état d’harmonie absolue, une Arcadie ressuscitée sous les étoiles de Vaison.
L’œuvre se conclut par une ultime partie, sur les notes de la Cantate op. 112 (toujours de Beethoven), presque mystique et où les costumes couleur chair suggèrent la nudité et la transcendance. Le personnage central, après avoir connu la douleur puis l’extase, semble atteindre une forme de libération, comme si la mort elle-même était transcendée par la beauté de l’art. La performance, d’une durée de 75 minutes sans entracte, a démontré une fois de plus la cohésion et la virtuosité exceptionnelle de cette compagnie, saluée comme l’une des meilleures de la scène chorégraphique française.
Le public, conquis et transporté, a réservé aux artistes un accueil triomphal. En proposant une œuvre qui, selon les mots du chorégraphe, invoque « l’antiquité hellénique, comme lieu de nostalgie et de perfection artistique », Thierry Malandain a offert au festival Vaison Danses un moment de grâce absolue. Il a rappelé, par la beauté pure de sa danse, que la musique de Beethoven est un éternel appel à l’harmonie.
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CRITIQUE, festival. VAISON-LA-ROMAINE, 26ème Festival « Vaison Danses » (Théâtre Antique), le 26 juillet 2022. « La Pastorale » par le Malandain Ballet Biarritz. Crédit photo (c) Olivier Houaix





