lundi 12 octobre 2026

CRITIQUE, festival. 16ème CAP FERRET MUSIC FESTIVAL, la Maison Forestière, le 8 juillet 2026. BEFFA / BONIS / RIMSKI-KORSAKOV par le Quintette « Vents et Merveilles »

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Troisième soirée consécutive au magique Cap Ferret Music Festival… qui n’avait pas, loin s’en faut, épuisé ses surprises ! Le 8 juillet, c’était au tour du Quintette « Vents et Merveilles » de poser ses instruments au bord de l’eau, face à Arcachon qui scintillait au loin comme un joyau posé sur le miroir du bassin. Le ciel, ce soir-là, avait revêtu ses plus belles teintes orangées et mauves, et les bateaux, amarrés ou glissant en silence au large, semblaient eux aussi retenir leur souffle pour écouter.

 

« Vents et Merveilles » : quand la ville dialogue avec la forêt, et que cinq amis musiciens font vibrer le bassin

Un concert qui avait cette particularité d’être animée par le bassoniste Raphaël Angster, véritable maître de cérémonie, qui, avec une érudition joyeuse et un humour décapant, planta le décor de chaque pièce, tissant des liens entre les œuvres, les compositeurs et ce cadre enchanteur. On l’écoutait avec autant de plaisir qu’on écoutait la musique – un régal pour l’esprit autant que pour les oreilles.

En Première partie : Karol Beffa et Mel Bonis furent réunis ! Le programme, d’une ingéniosité diabolique, proposait ainsi un jeu de miroirs entre deux compositeurs que tout semble opposer, mais que les musiciens ont magnifiquement réconciliés. D’un côté, Karol Beffa, compositeur français contemporain (né en 1974), avec son Double Loop pour basson et clarinette, une œuvre en six mouvements urbaine, nerveuse, rythmée, pleine de clins d’œil jazzy et de mécanismes horlogers. De l’autre, Mel Bonis, compositrice romantique méconnue (1858-1937), avec ses Scènes de la Forêt pour piano, cor et flûte traversière, en quatre mouvements d’une poésie pastorale et impressionniste. Les musiciens eurent l’idée géniale d’intercaler les mouvements, créant une alternance ininterrompue entre la ville et la nature, le béton et la sève, le jazz et le romantisme. Et contre toute attente, le mariage fonctionna à merveille ! Les premières notes furent celles émises par la clarinette de Théo Fuhrer et le basson du trublion Angster, qui s’élancèrent dans une danse urbaine et syncopée, comme deux promeneurs pressés dans les rues d’une métropole. Puis vint Crépuscule dans la forêt, le premier mouvement de l’ouvrage de Mel Bonis, et soudain la flûte de Sandrine François fit surgir une clairière enchantée, tandis que le cor d’Alban Beunache murmurait comme le vent dans les feuilles. Retour ensuite à la ville avec Beffa, avec des rythmes plus heurtés, presque mécaniques – dont on entendait le bruit des engins et des pas pressés. Avec le second mouvement de la pièce de Bonis, Le Réveil des oiseaux, la flûte se fit rossignol, le piano de Marie Stoecklé devint rosée matinale, et le cor, chêne centenaire… et ainsi de suite, jusqu’à l’apaisement final, où la nature sembla l’emporter – comme une respiration après l’agitation citadine…

Ce dialogue, présenté par Raphaël Angster avec des anecdotes savoureuses sur Beffa (un ancien enfant prodige) et sur Mel Bonis (cette femme qui dut composer dans l’ombre de son mari), captiva le public, qui découvrait avec émerveillement cette résonance inattendue entre deux mondes.

 

 

Deuxième partie : le Quintette de Rimski-Korsakov, un chef-d’œuvre russe face au Bassin d’Arcachon

Puis vint le moment tant attendu : les cinq amis se retrouvèrent réunis pour interpréter le somptueux Quintette en si bémol majeur de Nikolaï Rimski-Korsakov. Œuvre rare, écrite en 1876 pour piano, flûte, clarinette, cor et basson, elle est un véritable joyau du répertoire, mêlant la couleur orchestrale du grand maître russe à l’intimité de la musique de chambre. Dès l’Allegro con brio, on fut saisi par la puissance et la clarté du jeu des musiciens. La flûte de Sandrine François, limpide comme une source, dialoguait avec la clarinette veloutée de Théo Fuhrer, tandis que le basson d’Angster, le cor de Beunache et le piano de Stoecklé tissaient un tapis sonore d’une richesse incroyable. L’Andante qui suivit fut un moment de pure poésie, d’une mélancolie envoûtante, comme une mélodie russe chantée au bord de la Volga – mais c’était bien le bassin d’Arcachon qui s’étendait devant nous, et les bateaux au loin semblaient voguer au rythme de cette musique. Le Scherzo fut un tourbillon de virtuosité, les cinq instruments se répondant avec une précision d’horloger et une joie contagieuse. Et le Finale, éclatant et triomphal, souleva l’enthousiasme du public ferret-capien, qui se mit debout pour applaudir. La cohésion du quintette était absolue, chacun jouant avec un talent immense mais surtout avec une amitié qui transpirait dans chaque note. On sentait que ces musiciens, issus de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, n’étaient pas seulement des collègues – ils étaient des âmes sœurs.

Trois soirs, trois concerts, trois émotions radicalement différentes. Le Cap Ferret Music Festival nous a prouvé, une fois de plus, que la musique de chambre n’a pas besoin de grandes salles pour toucher les cœurs – il lui suffit d’un lieu magnifique, d’artistes passionnés et d’un public attentif. Ce 8 juillet, avec les « Vents et Merveilles« , nous avons vécu un moment d’équilibre parfait entre l’érudition et la légèreté, la ville et la nature, la tradition et la modernité. Et quand, après un bis (une reprise du quintette), le silence retomba sur le bassin, qu’Arcachon brillait au loin comme une étoile, et que les bateaux reprirent doucement leur ballet silencieux, on sut qu’on venait de vivre quelque chose d’irremplaçable…

 

 

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CRITIQUE, festival. 16ème CAP FERRET MUSIC FESTIVAL, la Maison Forestière, le 8 juillet 2026. BEFFA / BONIS / RIMSKI-KORSAKOV par le Quintette « Vents et Merveilles ». Crédit photographique (c)  Laurent Wangermez

 

 

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