lundi 12 octobre 2026

CRITIQUE, concert. CANNES, Théâtre Debussy (Palais des Festivals), le 5 juillet 2026. Concert d’Adieux de Benjamin LEVY à la tête de l’Orchestre national de Cannes

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Le 5 juillet restera gravé comme une date de joie et de larmes dans le cœur des mélomanes cannois ! Au Théâtre Debussy du Palais des Festivals, Benjamin Lévy et l‘Orchestre national de Cannes ont offert à un public (venu en nombre !) un Concert d’adieux à la mesure de leur chef : généreux, exigeant, et follement vivant. Après dix ans passés à la tête de l’orchestre – dix années durant lesquelles il a insufflé un élan nouveau empreint de dynamisme et de créativité à la phalange cannoise -, le maestro a tourné une page magnifique pour rejoindre l’Orchestre du Pays Basque à la rentrée 2026. Un concert mémorable qui a été vécu comme un long poème symphonique, émouvant… et inoubliable !

 

« Au revoir, Benjamin ! » : Trois heures d’ivresse musicale pour un départ en apothéose

Ce qui a frappé d’emblée les esprits, c’était cette évidence : Benjamin Lévy n’a pas seulement dirigé un orchestre pendant dix ans, il a créé une famille. Autour de lui, sur scène, se pressaient de nombreux artistes invités, tous des habitués de ces saisons cannoises, tous fidèles au chef qui les avait révélés ou accompagnés. La soirée était leur cadeau d’adieu, leur déclaration d’amour en musique. David Bismuth au piano, les sœurs Lidija et Sanja Bizjak – duo pianistique étincelant –, la soprano Amel Brahim-Djelloul à la voix angélique, l’accordéoniste prodige Félicien Brut, la célèbre violoniste Geneviève Laurenceau, la jeune et lumineuse violoniste Alexandra Soumm, et la superbe mezzo Pauline Sabatier : tous étaient là, comme une grande fratrie artistique, pour dire au revoir à celui qui, pendant dix ans, avait su les inspirer, les écouter, les faire briller. Leur présence, tour à tour en soliste, en duo ou en trio, était la plus belle des preuves de l’impact humain de Benjamin Lévy sur les artistes avec lesquels il a choisi de jouer de la musique.

 

 

 

Un voyage musical à l’image du chef : éclectique, savant et joyeux !

Avec plus de 20 morceaux très différents mis au programme de ce concert d’adieu, la soirée s’annonçait comme un voyage à travers toutes les esthétiques, fidèle à la vision d’un chef qui n’a eu de cesse d’élargir le répertoire de l’Orchestre, explorant des œuvres de toutes époques et de tous horizons. L’hommage s’est d’abord fait dans la douceur et le raffinement avec des extraits symphoniques d’ouvrages de Jean-Philippe Rameau, (Ouverture de Dardanus, L’Entrée de Polymnie extraite des Boréades, L’Orage tiré de Platée…) pour une ouverture baroque d’une clarté et d’une élégance rares, prouvant que cette phalange jouant sur instruments « modernes » pouvait se hisser à la hauteur de / faire preuve de la souplesse de n’importe quel (excellent) ensemble baroque, et également faire un clin d’œil aux racines de la musique française que le maestro a toujours su mettre en valeur.

Puis le programme s’est déployé dans une variété étourdissante. On est passé de l’énergie communicative du Concerto pour deux pianos & cordes de Malcolm Arnold (porté par le jeu complice des Sœurs Bizjak) à la mélancolie envoûtante de la Valse triste de Franz von Vecsey pour piano et violon, sublimée par Alexandra Soumm au violon et l’une des soeurs Bizjak au piano. Le public, suspendu, a savouré les courts joyaux des Pièces pour deux violon de Dimitri Chostakovitch (par Soumm et Laurenceau), avant d’être emporté par la romance éternelle du Salut d’amour (pour violon et piano) d’Elgar – et la poésie aérienne de The Lark ascending de Ralph Vaughan Williams, où Geneviève Laurenceau fit s’élever l’alouette au-dessus de la salle, son violon semblant toucher les cieux.

Mais c’est dans la musique de W. A. Mozart que la soirée a atteint son sommet d’intimité et de complicité. Du 2ᵉ mouvement du 21ème Concerto pour piano, avec sa mélodie infinie portée par David Bismuth, au délicieux Générique « Amour, Gloire & Mozart » (de Cyrille Lehn) en passant par l’air « Dans un bois solitaire » interprété par la mezzo Pauline Sabatier ou celui de « Nehmt meinem Dank » par la soprano franco-algérienne Amel Brahim-Djelloul, chaque note était un cadeau.

Le génie de Benjamin Lévy est aussi d’avoir su tisser un fil d’humour et de connivence avec le public, présentant chaque pièce avec le didactisme souriant qu’on lui connaît, prenant le public par la main comme il l’a toujours fait, rendant la musique savante accessible et joyeuse. La fête s’est ensuite muée en un hommage à la légèreté et à la joie de vivre, chères au cœur du chef, avec un programme porté d’abord par les notes populaires du Rosier de Mme Husson de Paul Misraki (ici arrangé par Cyrille Lehn : un disque « Pagnol » avec l’ONC dirigé par Benjamin Lévy sortira à la rentrée, de même qu’un autre intitulé « Croisette » avec la participation de Pauline Sabatier…), puis de l’irrésistible Ouverture de Pas sur la bouche de Maurice Yvain.

La deuxième partie a repris sur ces notes pétillantes, en offrant au public les joyaux de l’opérette avec l’Ouverture de Gosse de Riches, et une chanson extraite de Ta Bouche, du même Maurice Yvain, où Pauline Sabatier a brillé dans le célèbre « Non, non jamais les hommes« . Puis, la présence du compositeur Dominique Probst dans la salle a ajouté une dimension toute particulière à l’interprétation de sa pièce « Une journée à Versailles », comme un symbole de la volonté de Benjamin d’explorer tous les répertoires et de créer des ponts entre la musique d’aujourd’hui et celle d’hier, une ambition qui a marqué ses dix années à la tête de l’orchestre. C’est ensuite l’accordéon de Félicien Brut qui a fait tourbillonner la Flambée Montalbanaise de Gus Viseur dans un vertige festif, suivi par le Caprice d’accordéoniste de Thibault Perrine, prouvant une fois encore que l’Orchestre national de Cannes, sous l’impulsion de Benjamin, n’a jamais eu peur des métissages et des audaces – comme en a témoigné aussi, en clôture de concert, ses projets mêlant musiques orientales et occidentales, avec la participation d’Amel Brahim-Djelloul (juste après un étourdissant Duo des fleurs, extrait de Lakmé, délivré aux côtés de Pauline Sabatier !…) dans une chansons d’Idir (Mara D-Yughal), tellement entraînante et endiablée qu’elle a été rapidement reprise en rythme par un public chauffé à blanc… après trois heures de spectacle !

 

 

L’émotion à fleur de peau : les discours et le chant des adieux avec « Parlez moi d’amour » !

L’atmosphère de la soirée était à la fois festive et solennelle. Avant que la musique ne prenne son cours, Anny Courtade, la Présidente de l’Orchestre, avait pris la parole. Dans un discours vibrant et authentique, elle a retracé ces dix années de complicité (dont 7 passées sous la direction générale de Jean-Marie Blanchard, qui reste lui à son poste) , saluant l’engagement sans faille d’un chef qui aura fait rayonner l’orchestre jusqu’à l’obtention du prestigieux label « Orchestre national en région », symbole de l’excellence artistique et de l’ancrage territorial. Ema Veran, adjointe à la Culture (et représentant le Maire de la ville, David Lisnard), a ensuite livré un discours plus convenu mais sincère, saluant l’apport culturel de l’institution musicale à la cité balnéaire, tandis que les nombreux mélomanes réunis dans la salle semblaient partagés entre la fierté et l’émotion des adieux… qui se sont conclues avec le bis « Parlez moi d’amour », repris en chorale par tous les artistes réunis par Benjamin Lévy, l’orchestre… mais aussi tout le public qui a entonné, dans la ferveur et la joie, la célèbre chanson de Jean Lenoir, ici donnée dans un arrangement de l’incontournable Cyrille Lehn.

 

Un héritage, un départ, une promesse…

Benjamin Lévy quitte Cannes, mais il emporte avec lui l’amour d’un public et la fierté d’un orchestre qu’il a mené vers les sommets. Il part pour de nouvelles aventures au Pays Basque, tandis que la cheffe américano-coréenne Holly Hyun Choe – artiste associée de l’Orchestre de chambre de Genève, lauréate du prestigieux Sir Georg Solti Conducting Award 2025, et directrice musicale de l’Orchestre de la radio de Norvège (!) -, prendra la relève à Cannes dés le début de la saison 2026-2027 (en octobre prochain), promettant un nouveau chapitre que l’on espère passionnant pour l’Orchestre. Ce concert d’adieux n’était pas une fin, mais une promesse : celle d’une musique toujours plus vibrante, portée par un chef dont on suivra les aventures avec passion, et par un orchestre qui, sous la baguette d’Holly Hyun Choe, continuera de faire rayonner Cannes. En attendant, encore MERCI Benjamin pour ces dix années de passion, de créativité et de transmission !

 

 

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CRITIQUE, concert. CANNES, Théâtre Debussy (Palais des Festivals), le 5 juillet 2026. Concert d’Adieux de Benjamin LEVY à l’Orchestre national de Cannes. Crédit photographique (c) M. Chatonnier

 

 

 

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